Printemps kabyle commémoration ou réjouissances ?

Les associations et les producteurs se précipitent, c’est à qui fêtera le plus joyeusement le 20 avril et le printemps Noir. Peu d’association commémore, je ne peux en citer qu’une Tikli, qui se décarcasse tous les ans, pour faire des conférences et débattre de ces tristes événements.

Des chanteurs, qui ne se produisent que pendant le Printemps kabyle dit berbère. Des chanteurs incapables de parler de ces événements et qui ne sont là que pour se faire du fric sur le dos de ceux qui ont subi tortures et humiliations. Il est évident que je ne parle pas des militants des années 80, comme Ali Idefalwen ou Malika Domrane. Mais de ceux qui comme Farid Gaya? pour ne citer que lui? ne devrait pas être invité.

Je rapporte ici le propos d’un ancien détenu de Lambèse, qui m’a dit

« on nous mettait dans un trou en plein hiver, tout nu, alors que nous grelottions de froid, les gardes se mettaient au-dessus de nous et nous urinaient dessus. Je me disais au moment où l’urine me brûlait la peau, “c’est chaud” ».

Voici un exemple du vice de ces matons, qui n’étaient pas dans l’obligation d’avoir ce genre de comportement. En ce qui concerne les sévices subis par les emprisonnés d’avril 1980, je vais remettre en ligne, le 20 avril, les lettres de Saïd Doumane, Arezki Aït Larbi, Ferhat Mehenni, afin de vous en donner un aperçu de leur calvaire et encore je suis sure, que tout n’est pas dit. On ne peut pas toujours raconter ce que la raison nous demande d’oublier.

En 2001, plus d’une centaine de jeunes tués, à balles réelles, avec la bénédiction de Bouteflika, « réélué » avec un pourcentage qui ferait rire même le plus tordu des présidents africains. Mais Bouteflika, je le répète a été à bonne école, celle de Boumediene. Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es, dit un vieil adage.

J’en reviens aux Printemps kabyle et au printemps Noir. En 2001 des jeunes kabyles ont écrit « vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes déjà mort ». Quel message plus terrible peut-on écrire, à un âge où normalement on fait des projets d’avenir ?

En 2001, les gendarmes se sont acharnés sur les Kabyles. Les gendarmes-barbouses ont torturés violés, faisant plusieurs milliers d’handicapés, et ce dans la plus stricte légalité.

Ces Kabyles qui ont enduré le pire, ne peuvent même pas porter plainte contre leurs bourreaux. Bouteflika, n’a pas levé le petit doigt pour les inculper, allant même jusqu’à pardonner les crimes. Vous me direz, tant qu’il s’agit des Kabyles, le gouvernement n’en a cure…

Des Kabyles ont eu les yeux crevés, un œil ou deux c’était selon « l’humanité » du gendarme en question, beaucoup de Kabyles ont été castrés, par ces mêmes gendarmes. Je ne peux malheureusement pas parler d’autres sévices subit par ces Kabyles, que la honte empêche de parler.

Pour en revenir à ces associations qui confondent allégrement douleur, souffrance et joie, je leur demande de faire un effort et d’avoir la décence au lieu de faire danser les gens, de leur rappeler ce que représentent réellement les printemps 1980 et 2001.

A ceux qui vont se trémousser sans réfléchir, je vous demande d’avoir une pensée pour ceux qui ont endurés l’horreur. Un peu de respect pour la souffrance de ceux qui ont perdu, honneur et dignité, peut apporter un peu de baume aux cœurs à ceux qui ne peuvent pas sortir de leur cauchemar.

 

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