Aït Ahmed Hocine : Un mépris vipérin pour la Kabylie

M. Hocine Aït Ahmed de Lausanne et les cabinets qu’il désigne à sa guise pour son parti d’ici continuent infatigablement leur travail de sape en Kabylie.

En soutien à l’agression des salafistes contre la population d’Aghriv, le FFS rend publique le 18 août 2010 une déclaration où il prend fait et cause des intégristes islamistes dans leur offensive contre la région.

Florilège de la déclaration du FFS :

“La fédération FFS de Tizi-Ouzou, préoccupée par l’évolution dangereuse de l’affaire de la mosquée d’Aghribs, condamne fermement la violation d’une procédure légale de construction d’une mosquée et la violence perpétrée contre la population de la commune des Aghribs”.

Pour M. Aït Ahmed et son parti, la furia des intégristes venus d’ailleurs pour implanter une tête de pont à Aγriv n’est qu’une

“grossière manipulation orchestrée de toute pièce par des pyromanes aux ordres qui veulent, encore une fois, entraîner toute la région dans le chaos”.

Jouant fort à propos la carte d’un légalisme douteux, le FFS explique

“qu’il a été fait appel à une association religieuse légalement constituée et seule habilitée à formaliser un dossier et engager les procédures réglementaires d’affectation d’un terrain domanial et d’obtention d’un permis de construire”.

Mais à contrario de ce blanc seing accordé – sans voir et sans savoir – aux intégristes islamistes, le FFS fustige la détermination et le courage des citoyens d’Aghriv en les traitant

“d’actes barbares perpétrés lors de confrontations orchestrées et ayant entraîné des dommages corporels sur des citoyens”.

M. Aït Ahmed qui est installé en Suisse depuis 46 ans a choisi d’y rester définitivement bien qu’aucune raison ne l’y oblige depuis 1990. Lui et sa famille y jouissent de toutes les commodités et coulent des jours heureux en toute quiétude. Grand bien leur fasse. Cependant, lui qui s’érige en Kabylie fervent défenseur d’une pauvre « association religieuse légalement constituée » n’a eu aucune réaction lorsque le 29 novembre 2009, le peuple suisse a décidé par référendum d’interdire la construction de minarets sur le territoire de la Confédération. Est-ce à dire que ce qui est bon pour les citoyens des cantons suisses (chaque canton a une souveraineté interne et une constitution) ne peut pas l’être pour un canton de Kabylie où, en l’occurrence, c’est le Comité du village souverain qui s’oppose à la construction sur son territoire d’un repaire d’intégristes dont tout le monde connait les objectifs et les moyens d’y parvenir.

Mais à dire vrai, l’attitude adversative de M. Aït Ahmed envers la Kabylie est aussi vieille que lui-même. Ses prises de positions antagoniques avec les aspirations de la population kabyle ont jalonné son parcours politique tortueux.

Depuis sa furtive et brève incursion au pays, au début des années 90, à chaque fois que le peuple kabyle décide de participer aux élections pour arracher un peu de représentation politique, le FFS appelle au boycottage ; et à l’inverse, lorsque la Kabylie, échaudée, appelle au boycott pour signifier son refus de jouer le rôle de mascotte démocratique au profit du régime, il mobilise ses troupes et s’octroie quelques postes municipaux et de députés sans coup férir, étant seul en lice avec un collège électoral composé de ses propres militants et des niches composées des membres des services de sécurité et de l’armée, présents en grand nombre dans la région.

Mais bien avant, cet antagonisme envers la Kabylie que cultive le chef de ce parti ne date pas d’hier.

Après avoir laissé sur le carreau plus de 400 valeureux combattants en 1963-64, il s’est aménagé une retraite paisible en Suisse en abandonnant dans une détresse complète les familles des victimes de son aventureuse entreprise.

En 1966, il attaque l’Académie berbère, une association culturelle créée par Abdelkader Rahmani. Sans aucune raison, Il décrète que cette association « est un coup de poignard dans le dos du FFS », lui qui a abandonné complètement son parti après l’avoir saigné de ses meilleurs éléments.

Toujours tristement opportuniste, il se réconcilie avec Ben Bella en 1985 au mépris des victimes de ce dernier, dans le but de récupérer le combat des enfants de martyrs et celui des créateurs de la première ligue des droits de l’homme qui ont été traduits par devant la Cour de sûreté de l’État de Médéa.

Sa mégalomanie et son impudence l’ont poussé jusqu’à choisir le jour de l’ouverture du 1er congrès du RCD pour visiter l’Algérie après un quart de siècle de planque en Suisse. Par ce geste, M. Aït-Ahmed voulait dénier à la jeunesse kabyle le droit de créer un parti politique et s’ériger en mandarin de la Kabylie.

À sa descente d’avion le 15 décembre 1989, on n’a pas vu M. Aït-Ahmed se baisser pour embrasser le sol de la mère patrie. Non, il a demandé avec agacement et à plusieurs reprises « où sont les journalistes ». Les téléspectateurs ont été stupéfaits de découvrir un narcissisme rare de la part d’un soi-disant opposant au régime censé revenir en sauveur de la patrie en danger.

Un peu plus tard, au moment où les intégristes islamistes exécutaient à la chaîne l’intelligentsia algérienne, majoritairement kabyle, il scelle, à l’étranger, un contrat avec les mandataires attitrés de ces crimes. Sur le même élan, il a traité dédaigneusement de « milices du pouvoir » les groupes de légitime défense (GLD) qui s’étaient constitués, en premier lieu en Kabylie, pour défendre leur honneur et leur vie contre la furie du terrorisme islamiste.

En plein feu des manifestations populaires qui ont suivi l’assassinat de Lounès Matoub, le premier secrétaire d’alors du FFS s’est précipité à la présidence de la République pour s’en démarquer et a même été jusqu’à inventer l’existence d’un Mouvement Armé Berbère (MAB) qui serait derrière ces manifestations.

Au cours de sa campagne électorale pour les présidentielles de 1999, il a déclaré que tamazight ne constituait pas une priorité alors que le MCB s’apprêtait à envoyer un mémorandum relatif à la question identitaire à tous les candidats. Ce coup de poignard dans le dos a annihilé une action politique d’envergure initiée par la jeunesse kabyle.

La duplicité politique de M. Aït-Ahmed a fait faire à deux élus de son parti à Tizi-Ouzou un acte grave en médaillant des gendarmes le 1er novembre 2001 ; ceux-là même qui ordonnaient et cautionnaient leurs hommes de troupes au moment où ils réalisaient des cartons sur des dizaines de jeunes Kabyles.

En 2002, à Lausanne, il a tout fait pour étouffer dans l’œuf la création de l’AKS (Association des Kabyles de Suisse). En désespoir de cause, il a actionné son rejeton de fils, Jugurta, employé dans un journal de la ville, afin de persuader les membres fondateurs de l’AKS de remplacer « Kabyles » par « Algériens » dans l’intitulé de leur association. En vain !

Lorsque même une partie du pouvoir algérien reconnaissait la légitimité du combat entamé par le Mouvement citoyen de Kabylie, le chef du FFS déclare sur une chaîne de télévision intégriste étrangère que les archs étaient une création des « services » algériens dans le seul but de jeter la suspicion sur les hommes qui ont encadré une lutte à laquelle “ni lui, ni son parti en tant qu’entité politique n’ont adhéré”. Fort heureusement, les militants de base de ce parti n’ont pas tous suivi la position du chef et certains l’ont même désavoué publiquement. Décidément, aucun combat mené par la Kabylie ne trouve grâce aux yeux d’Aït-Ahmed. Par contre, il n’a jamais suspendu la lune de miel qu’il entretient avec l’intégrisme qu’il sait ennemi héréditaire de la Kabylie.

Année 2002. Tout le monde sait qu’il n’y a aucun changement notable depuis les élections législatives du 30 mai dernier qui justifie la participation aux élections locales du 10 octobre prochain. Au contraire, des maires FFS sont malmenés par la justice qui les traite comme de vulgaires délinquants. Mais bien avant cette cabale juridico-policière, des présidents d’APC FFS et RCD se plaignaient de la mainmise totale de l’Administration sur la gestion des communes. Les exécutifs communaux ne peuvent faire exécuter la délibération la plus anodine sans le bon vouloir du chef de daïra ou du wali. Or, une des revendications de la plate-forme d’El-Kseur concerne précisément la souveraineté des instances élues.

La précipitation du FFS à accepter de participer à un remake d’élections de la honte selon l’expression des délégués du Mouvement citoyen relève d’une stratégie brumeuse qu’aucun patriote de Kabylie ou d’ailleurs ne peut cautionner. Encore une fois, il s’agit d’un coup de poignard dans le dos du Mouvement citoyen qui n’a pas encore entamé le travail de deuil de ses 128 martyrs et la prise en charge des blessés handicapés.

M. Aït-Ahmed fonde l’action de son parti sur l’opposition farouche aux positions du RCD. Peu lui importe l’ignominie de ses propres positions ou la désaffection de sa base militante et peu lui importe l’avenir du pays. Il est un peu à l’image du renard de la fable qui, désespérant de ne pouvoir atteindre les poules tire sa satisfaction en les effarouchant à travers le grillage avec sa queue. On ne peut pas attendre à mieux de la part de quelqu’un qui s’est détourné du sort du pays depuis son élargissement de la prison d’El-Harrach en 1965.

En 2002, en pleine répression, la Kabylie affligée et meurtrie a assisté à une tentative de bradage des immenses acquis de sa jeunesse, de la part de Aït-Ahmed qui a espéré vendre la théorie imbécile selon laquelle la participation aux élections relève d’une stratégie qui servirait à l’extension de la dissidence citoyenne. Mais il n’a réussi à duper personne, pas même ses propres militants qui ne comprennent pas comment prétendre contribuer à l’extension d’une révolte en l’étouffant à la base ?

Pour 2012, lorsque la presse a prédit la participation du FFS aux législatives avant même la tenue de son Conseil national, Amar Laskri, le nouveau premier secrétaire désigné ad-hoc, s’énerve et s’en prend à “une certaine presse”. Il feint d’ignorer que la politique du FFS est si prévisible que le dernier quidam sait de quoi il retourne dans cette formation politique gérée comme une zaouia par un gourou à partir de l’étranger.

L’explication alambiquée de “choix tactique (…) pour mettre la société en mouvement” de Laskri, parue dans Le Soir d’Algérie du 4 mars 2012 pour justifier la participation du FFS aux Législatives de mai prochain a fini par désespérer le dernier carré des militants sincères qui redoutent l’enterrement de leur parti au lendemain de cette échéance.

Au regard de la situation, ils ont de sérieuses raisons de s’en inquiéter car, non seulement ces élections sont une autre supercherie politique du régime pour pérenniser sa mainmise sur le pays, mais elles augurent un sombre avenir pour le pays et pour la Kabylie en particulier.

De ce fait, la meilleure façon de les discréditer est de les boycotter très largement, ce qui se dessine nettement à travers tout le pays et c’est le moment choisi par le président du “plus vieux parti d’opposition” pour conforter le régime en place et, subséquemment, réaffirmer son mépris de toujours pour le peuple kabyle.

Akli ILENTEX, Le 3 mai 2012

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