Aït-Menguellat prix Nobel de littérature !

Tassadit Yacine coupable de plagiat ?

Décidément, l’improvisation et l’obsession de plaire continueront encore à meubler notre désert culturel et intellectuel. Nous l’avons souvent écrit notamment pour mettre à nu l’imperfection de certains « aaartistes » qui, à défaut de créativité, s’improvisent « rendeurs d’hommages » ou « adaptateurs de chansons » pour justifier la reprise systématique d’œuvres anciennes. Dans notre propos, il était également question d’une élite en déperdition quand elle n’est plus que spectre, du fait d’une médiocrité de plus en plus envahissante au détriment de quelques exceptions qui s’excusent presque d’être encore là…

Il faut d’abord signaler que dans cette atmosphère opaque, cupide à souhait, un outrage à la mémoire et à l’effort titanesque de deux illustres hommes de lettres que furent Mouloud Mammeri et Tahar Djaout, a lieu en Algérie sans qu’aucune voix discordante ne se fasse entendre. Il s’agit en fait de l’ouvrage « Mouloud Mammeri, Entretien avec Tahar Djaout, suivi de : La cité du soleil » [1] qui vient d’être réédité en violation totale de l’éthique, puisque cette oeuvre majeure est, depuis quelques années déjà, en vente dans toutes les librairies d’Algérie sans aucune mention relative à la maison d’édition ni à l’imprimeur à l’origine de sa réédition. Un grave antécédent qui ne semble aucunement gêner nos conférenciers févrieristes es Mammeri. ?…

Que dire du copinage intellectuel qui, par définition, est loin d’être sincère, appauvrit aussi la culture, renverse l’échelle des valeurs et partant, celle du mérite. C’est, justement, ce à quoi nous avons eu droit sur un plateau de télévision, en ce 21ème anniversaire de la disparition de l’illustre auteur de « La colline oubliée », l’Amusnaw Dda L’mulud. Réduit au rang d’agent publicitaire au profit d’un chanteur de basse-cour élevé, lui, au firmament des… Nobels de littérature potentiels ! Nous savions la part de la tartuferie propre à l’ambiance malsaine qui prévaut dans l’univers « intellectuel » algérien et kabyle qui, à bien des égards, a fini par calquer la nature du système corrompu aux affaires. Nous n’avions pas omis, non plus, de souligner un lieu commun, à savoir, le peu de créativité et de production d’une élite minoritaire et marginalisée au profit d’une « pseudo élite » contrefaite qui, pour se mettre en évidence tout en voilant ses lacunes, a recours à la parlote, au copinage, à la compromission, au tape à l’œil, aux faux-semblants… Bien entendu, les médias, souvent plus à l’aise avec cette élite sans œuvres, se chargent d’en relayer les propos dont certains frisent totalement le ridicule quand ils ne méprisent pas carrément l’intelligence.

BRTV le 26 février 2010. Invité en soirée, à l’occasion de la commémoration de la mort de Mouloud Mammeri, M. Hacène Hirèche, berbériste durant les années 80 et ex candidat à la députation algérienne de mai 2007, s’est perdu en sornettes et autres discours très en deçà de la dimension de l’événement et de l’œuvre mammérienne. Jusque-là, rien d’extraordinaire, tant la qualité et le débat contradictoire auront été le parent pauvre de nos médias. Mais, c’était sans compter sur le côté imprévisible et totalement outrancier de cette obsession pathologique de plaire qui pousse beaucoup de nos « hommes de culture des plateaux algériens » à repousser, toujours plus loin, les limites de la balourdise.

Et pour cause, avant de conclure, M. Hirèche, prenant ses airs altiers, affichant derrière ses lunettes, un regard qui se veut sévère, fait une première révélation qui s’apparente à une grave accusation de plagiat à l’encontre de Tassadit Yacine, en insistant sur le fait que le livre Aït-Menguellat chante : « était d’abord un ouvrage de Mammeri qui l’avait entamé avant que la mort ne vienne l’interrompre dans son élan ». Toujours selon M. Hirèche, Tassadit Yacine aurait continué le travail par la suite en s’appropriant tout l’ouvrage. Retour ligne automatique
Est-ce vrai ? Seul l’auteure est en mesure d’apporter la contradiction au scoop de M. Hirèche qui, vraisemblablement noyé dans ses propres élucubrations, lâcha cette autre phrase qui a certainement fait écarquiller les yeux de plus d’un spectateur et qui ne manquera pas d’aller enrichir les annales des déclarations les plus cocasses de la vie publique en Kabylie :

« Je vais vous faire une révélation. Si Mouloud Mammeri était encore vivant, je suis sûr qu’après son travail sur Chikh Mohand, il aurait écrit sur Aït-Menguellat et que cela, je n’en ai aucun doute, aurait permis à Lounis Aït-Menguellat d’être Prix Nobel de Littérature » !!!

Autrement dit, un chanteur, Prix Nobel de quoilittérature grâce à un géant de la littérature sans Nobel !

Il se peut que le ridicule ne tue pas, mais qu’il fasse vivre en ces temps qui courent, c’est sûr et c’est désormais chose confirmée grâce à M. Hirèche qui, ce soir, aura perdu une belle occasion de se taire.

Allas Di Tlelli


Notes

[1(éditions Laphonic, collection Itinéraires, Alger, 1987)

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