Albert Einstein de Kabylie

Récemment une de mes tantes était étonnée d’apprendre que j’ai eu des poussins ; et que j’ai su comment les obtenir sans l’aide d’une femme. Elle trouvait surprenant qu’un Kabyle puisse être aussi « fécond » à part les flatulences avec lesquelles il a bâti sa réputation d’homme. Alors voici la conversation presque… intégrale :

— « Des poussins ! tout seul ? comment as-tu fait… ?
— Pas tout seul ma tante ! avec l’aide d’une poule.
— Mais… mais qui t’a montré ?
— La poule ma tante ! La poule !
— Barka barka ! tu te fous de moi ?
— Pas du tout !
— Alors amek… comment ?
— C’est la poule qui m’a montré comment faire. Un matin, je l’ai trouvé couchée dans un nid de paille et elle m’a interpellé en me disant : « hey toi ! tu veux des petits mon gaillard  ? » j’étais d’abord surpris par sa familiarité et son tutoiement et sans comprendre, je répondis : « oui ».

Elle se leva alors en attrapant sa robe de chambre et ses pantoufles au passage et me fit asseoir dans un coin de la cage. Elle croisa ses jambes pour dissimuler les plumes qu’on pouvait entrevoir et alluma une cigarette. Elle avait des nausées et elle jouait nerveusement avec son vernis à ongles. Elle me regarda longuement en tirant sur sa cigarette et me dit : « tu vois les œufs que tu ramasses tous les jours… j’acquiesçai en silence, tu les mets sous mon ventre et dans trois semaines tu auras des petits. »

J’étais d’abord surpris que les hommes kabyles confient une tache aussi facile à leurs femmes. En général, on laisse les tâches les plus difficiles aux femmes. Ce que fait un homme en une journée, la femme le fait en 53 minutes normalement. Et dans ma hâte, je répondis : « qu’ai-je à gagner dans tout cela ? » Elle se leva en écrasant son mégot et d’un air hautain : « Ne sois pas con ! des petits ! tu auras des petits et moi un repos de trois semaines pour mon pauvre cul, tout le monde gagne. » et elle repartit en vacillant de ses hanches vers son nid.

Ainsi je devins l’Albert Einstein de la Kabylie. L’homme qui peut faire le travail d’une femme et vivre pour le raconter.

Hmimi O’Vrahem

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