Algérie : pouvoir illégitime, population désemparée

Autonomie de la Kabylie et décomposition du régime algérien

1962-2007 : Colonisation intérieure et fiasco national

Livrée depuis plus de 40 ans aux mains perverses d’un gang inamovible avide de pouvoir et de luxe, l’Algérie continue son chemin de croix. Malgré de nombreux soubresauts populaires, s’étant soldés quasi systématiquement pas des massacres, ce petit groupe, organisé en clans régionaux, qui se partagent le pouvoir réel et le gâteau, reste solidement accroché aux manettes du pouvoir.

Un pouvoir plus que jamais illégitime, une population plus que jamais désemparée et un pays plus que jamais à la recherche de son identité.

Résultat d’une politique offensive d’arabisation et de falsification de l’Histoire, le marasme dans lequel se débat l’Algérie depuis des décennies malgré ses richesses, tant naturelles que culturelles, est le terreau qui a permis l’émergence d’organisations terroristes dont la violence n’a d’égale que l’ignorance de leurs leaders. Instrumentalisés par le régime pour se maintenir, les islamistes ont été (et sont toujours) les « idiots utiles » que cherchaient les dignitaires du pouvoir, non seulement pour perpétuer leur emprise sur le pays, mais également pour étouffer toute opposition démocratique.

En assassinant lâchement les intellectuels, les artistes, les journalistes et les citoyens opposés à leurs vues, les islamistes évitaient au pouvoir de faire le sale boulot, servant même, dans certains cas, de paravent au régime. Ainsi, en se débarrassant des démocrates, le pouvoir créait le clivage rêvé dans le contexte international actuel : nationalistes arabo-musulmans contre islamistes.

En imposant ce clivage spécieux et réducteur, le pouvoir se paraît des habits de « rempart » contre le « fascisme vert ». Et se voyait donc soutenu par une communauté internationale en lutte contre le terrorisme islamiste. Ce jeu de dupes a fait une victime de taille : le peuple algérien, qui se voyait piégé et contraint de choisir entre la peste et le choléra. Une partie de la population ne choisira jamais : c’est « l’autre Algérie ».

Une région symbolise la résistance à cette dure réalité : la Kabylie. Dernière région d’Algérie à avoir été soumise par le colonisateur français, initiatrice de la revendication indépendantiste algérienne par l’intermédiaire de l’organisation « l’Etoile Nord-Africaine », bastion du nationalisme algérien et à l’avant-garde du combat contre la France pendant la guerre, son irrédentisme à continué à s’exprimer après la « libération ». Trahie par ses frères d’armes originaires des autres régions, la Kabylie voyait l’Algérie se construire non seulement sans elle, mais surtout contre elle.

Le premier président de l’Algérie « indépendante », Ahmed Ben Bella, aussi cultivé et politisé que ses chaussettes, ne beuglait-il pas, face à une foule encore euphorique : « nous sommes des arabes, nous sommes des arabes, nous sommes des arabes !« , faisant preuve d’un négationnisme révoltant.

Ainsi, des dissidents du FLN, emmenés par Hocine Aït-Ahmed, n’ont pas hésité à prendre les armes contre le nouveau pouvoir et ce, dès 1963. Malgré leur échec retentissant, ceux-ci continueront le combat mais sur le terrain politique, en créant le Front des Forces Socialistes (FFS).

Suivent le coup d’état et l’interminable règne de Mohammed Boukharrouba (Houari Boumediene) qui, après s’être débarrassé du fantoche Ben Bella en 1965, faisait subir une dictature implacable au peuple algérien : ce sont les années de plombs, jusqu’en 1979.

C’est pendant cette période que les militants de la cause identitaire berbère activaient et tentaient de conscientiser la population en Kabylie et à Alger, notamment dans les universités.

Avec succès car le « Printemps Berbère » éclatait en avril 1980, à la suite de l’interdiction de la conférence que devait tenir l’écrivain Mouloud Mammeri à Tizi-Ouzou. Durement réprimés, ces évènements vaudront à leurs animateurs des séjours en prison, agrémentés de séances de torture (Arezki Aït-Larbi, Saïd Doumane, Ferhat Mehenni…). La question identitaire investissait le devant de la scène politique en Kabylie et ne devait plus la quitter.

La grève du cartable en 1994, l’assassinat du chanteur Lounès Matoub en 1998 et les émeutes qui ont suivis, le « printemps noir » d’avril 2001, qui a vu 126 jeunes kabyles périr sous les balles de gendarmes protégés par une justice aux ordres éloignaient inexorablement la Kabylie du giron du pouvoir.

Point d’orgue de cet enchaînement de révoltes : la marche du 14 juin 2001 sur Alger, qui a vu près de 3 millions de kabyles se mouvoir dans l’unité dans les rues de la capitale pour protester contre le pouvoir, consacrait l’émergence de la Kabylie sur la scène politique nationale.

Une marche qui constitue un tournant dans l’histoire de la Kabylie : les kabyles se sont révélés au niveau international en tant que peuple à part entière. Le divorce entre le pouvoir algérien et la Kabylie se matérialisait de façon spectaculaire. La question de l’autonomie de la Kabylie est désormais au centre du débat politique kabyle.

En effet, l’autonomie de la Kabylie serait le début de la décomposition du régime algérien et, à ce titre, ce mouvement tant brocardé par les ayatollahs de l’arabo-islamisme réussirait là ou ont échoué tous ceux qui n’ont pas hésité à mettre leur « kabylité » dans leur poche, voire à la poubelle, pour offrir des gages de nationalisme : détruire le régime. Cela démontre que l’autonomie de la Kabylie n’est pas une fin en soi mais un moyen : celui d’obtenir la démocratisation du pays tout entier.

Car les partisans de l’autonomie kabyle ne doivent pas oublier l’Algérie. Les kabyles sont aussi algériens que ceux qui les qualifient de « danger intérieur » ou qui parlent de « mythe » kabyle mais des algériens dignes, pas des algériens haineux et intolérants.

Les kabyles seront plus utiles à leur pays en s’affirmant dans leur identité. Au fond, les kabyles qui se nient ou se renient sont méprisés par le reste des algériens et utilisés par le pouvoir. Personne ne peut respecter un individu prêt à tout, y compris à mépriser sa propre identité, pour plaire et se faire une place dans la communauté.

Les kabyles sont respectés lorsqu’ils luttent pour leur dignité, pas lorsqu’ils jouent les « idiots utiles » du régime. La Kabylie doit cesser d’être le terrain de jeu du pouvoir et de la guerre des clans. Pour cela, l’influence de ces officines en Kabylie doit être réduite au maximum : un statut d’autonomie peut jouer ce rôle de protection.

Cependant, la necessité de l’autonomie n’est pas seulement dictée par des considérations identitaires ou par l’urgence de se mettre à l’abris de la violence multiforme de l’état central. La prise en charge des besoins sociaux de la population (qui est une priorité) et le développement économique de la région, rendent indispensable cette évolution institutionnelle.

Cette courte chronologie de l’histoire algérienne nous montre à quel point l’Algérie est loin d’être décolonisée. Nous plaçons notre combat dans le sillage des combattants kabyles de la guerre de libération. Le gang qui a confisqué l’Algérie aux algériens, qui s’enrichit à leurs dépends, qui parasite la vie politique du pays, qui se sert de l’armée et de ses liens étroits avec l’ancienne puissance coloniale et certains despotes orientaux pour se maintenir et terroriser tous les citoyens récalcitrants, est la cause de tous les maux de l’Algérie.

Ils peuvent assassiner, emprisonner, intimider, menacer, torturer ou confisquer les passeport (Arezki Aït-Larbi, Mohamed Benchicou…) : un jour, ils devront répondre de leurs actes devant la justice, nationale ou internationale et rendre ce pays à ses propriétaires : ses habitants.

Ce gang, vestige colonial, est le dernier obsctacle à l’indépendance du pays.

Le collectif « L’Autre Algérie » propose de rompre avec l’héritage jacobin français, de mettre fin aux liens pernicieux avec certains régimes orientaux pour l’arrimer à sa sphère géographique et construire un état à l’image et au service de son peuple.

Nous respectons la France et son peuple mais la France est la France, avec un modèle hérité de son histoire. L’Algérie est l’Algérie et nous devons partir de la réalité du pays pour construire l’état et ne pas copier bêtement la France, comme le font ceux qui ont paradoxalement fait métier de lui cracher systématiquement à la figure.

La fameuse Algérie algérienne appelée de leurs voeux par tous les combattants authentiques de la guerre de libération sera alors une réalité.

La propagande du pouvoir a fait croire au peuple qu’un pays, c’est une surface peuplée de moutons avec un berger qui décide de leur sort.

Rien n’interdit qu’il y ait plusieurs centres de décisions. L’Algérie doit se mettre au service de ses habitants et ce sont eux qui vont la dessiner, construire un modèle original, fidèle à la réalité du pays.

La construction nationale ne doit pas se faire contre une partie du pays, quelle qu’elle soit. Elle doit faire en sorte que chacun se sente chez lui. C’est cela la « libération nationale » telle que nous la concevons.

Si certains, notamment ceux qui soutiennent le pouvoir par conviction, orgueil ou fierté nationalistes, sont satisfaits de la gestion du pays, tant mieux pour eux. Mais ils doivent accepter le fait que d’autres ne le sont pas et se battent pour une Kabylie autonome dans une Algérie libre et plurielle : c’est l’autre Algérie.

Le collectif « l’autre Algérie » milite pour le parachèvement de l’indépendance algérienne en luttant contre le pouvoir algérien, vestige colonial, ennemi de l’Algérie réelle, celle des autochtones.

COLLECTIF « L’AUTRE ALGERIE »Retour ligne manuel
Arezki BAKIR et Nafa KIRECHE

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