Algerie terreur ou la quadrature du cercle

Bien naïfs ont été les Algériens qui ont cru les pages sanglantes pour toujours tournées. Et fort présomptueux le Pouvoir qui faisait état de terrorisme résiduel. Sauf s’il évoquait les résidus de chair, d’os et de ferraille laissés par l’explosion des voitures piégées. Le referendum dit de réconciliation nationale a eu beau obtenir un peu plus de 100% de « oui » le Pouvoir avait fait comme si la paix pouvait se décréter de façon unilatérale. Il avait oublié qu’en guerre comme en amour, il faut toujours être deux. Or, les combattants de la foi, les acteurs de la guerre sainte (qui djihadent contre leur propre peuple) avaient annoncé la couleur : la politique de réconciliation ne les engageait pas. Et viennent d’en faire la preuve par 30 (morts) et 180 (blessés.)

Pourtant, l’islam a presque partout en Algérie étendu ses tentacules. Le Pouvoir a décidé d’ériger la plus grande mosquée de l’Afrique. Dans les administrations, 90% du personnel féminin porte le voile. Le même pourcentage de lycéennes, de passantes. Le code de la famille a été à peine écorné. Le ramadan demeure obligatoire sinon gratuit. Le taux de décibels des haut-parleurs des mosquées n’a pas diminué (poussé au maximum, il ne peut plus augmenter.) Bref, surtout depuis les (as)sommations sans frais sinon sans dégâts notifiées par Allah aux Algériens au moyen des inondations de Bab el Oued et du tremblement de terre de Boumerdès, jamais le peuple ne s’est montré aussi pieux. (Excepté, comme toujours, certains Kabyles génétiquement mécréants.)

Tout se passe comme s’il suffisait de maintenir le pays dans la pratique islamique pour mettre fin au terrorisme. Pendant ce temps, le taux de chômage réel (pas l’officiel) demeure énorme et affecte surtout les moins de trente ans. L’ancienne soupape que constituait l’émigration est obstruée. Un bidonville évacué est aussitôt reconstitué un peu plus loin. Les efforts des Chinois ne sont pas parvenus à atténuer la crise du logement. La vie est de plus en plus chère (en termes de coût, pas de valeur.) Tout récemment, le lait reconstitué à partir de poudre de lait s’est mis à manquer alors que, pour la majorité des familles, il constitue un aliment essentiel. Les gens de là-bas pensent et disent que la corruption, générale, s’exerce au grand jour. Le scandale de la banque Khalifa a défrayé la chronique judiciaire et provoqué des nausées pendant tout le premier trimestre 2007. D’autres affaires de détournement ont affecté des banques publiques et privées. En même temps, jamais les inégalités de revenus, de situation n’ont été aussi révoltantes. Des nouveaux riches dépensent en une nuit dans des hôtels de grand standing et des boîtes de nuit l’équivalent de deux mois de Smig, avec un argent gagné par l’affairisme.

Le discours officiel est toujours aussi optimiste : on fera défiler des plans de relance, construira deux millions de logements sociaux, on éliminera peu à peu le chômage, on réformera l’école, la justice, on remettra les entreprises publiques à niveau. Plus que jamais c’est la politique du demain on rasera gratis.

Sur ce terreau de la misère sociale et de l’indigence intellectuelle, les islamistes n’ont aucun mal à recruter des jeunes prêts au suicide avec une voiture piégée. L’école publique leur a appris que ceux qui meurent pour la cause d’Allah ne sont pas réellement morts et que le paradis les attend, un paradis riche en toutes sortes de jouissances éternelles, morales, matérielles et charnelles.

Le terrorisme va déchaîner la répression, les Autorités ne pourront pas faire autrement. Elles obtiendront peut-être un répit mais la violence reprendra. La solution durable consiste à couper l’herbe sous les pieds des terroristes mais c’est une entreprise tout à fait hasardeuse. Les Pouvoirs en place sont-ils prêts à éliminer les injustices, les inégalités, la corruption. Disposent-ils des compétences nécessaires pour développer l’économie du pays sans compter sur les seules recettes provenant des hydrocarbures ?’ Sont-ils capables de produire un chef qui dira : « L’emprise de la religion sur la société, Basta ! Voilà ce qu’elle a donnée » Un chef qui aura le courage de parler vrai ; de convaincre la population que la laïcité et la modernité sont les seules solutions de fond à la misère et au terrorisme. En l’état actuel des mentalités, pareil discours n’a aucune probabilité d’être tenu, aucune chance d’être entendu. C’est pourquoi on peut parler de quadrature du cercle.

Hocine Benhamza

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