Attention, chaud devant : les jeunes sont dans la rue !

La Seine Saint Denis remet ça, avant-gardiste comme toujours et particulière dans ses actes.

Cela ressemble à s’y méprendre à la mobilisation record d’il y a deux ans lors des mouvements anti-CPE (contrat première embauche).
La méthode par contre est un peu brouillonne, à l’image de nos jeunes des quartiers, qui ont toujours eu besoin des extrêmes pour se faire entendre. Manque de confiance en soi ou manque de reconnaissance de la part de l’opinion publique, ils s’organisent maladroitement en effusions de slogans parfois périmés et en banderoles improvisées.

Leurs revendications sont quant à elles vraiment réelles : les suppressions de postes par milliers prévues pour la rentrée 2008 ne sont pas sorties de la tête de nos lycéens débordant d’énergie. Elles sont officielles. Et passées quasiment inaperçues avant que les lycéens de Bobigny, Drancy, St Denis ne s’en emparent.

En effet, une ou deux grèves d’enseignants seulement ont précédé ce mouvement. Mais qui a dit qu’un enseignant dans la rue avait de l’importance ? Tous autant que nous sommes avons le même réflexe, face à notre écran de télévision et devant notre plâtrée de pâtes, de dénigrer les profs mécontents filmés par les caméras de TF1 : Enfoirés de fonctionnaires, jamais contents, toujours à se plaindre … Mais comme on dit en kabyle, « ala win yewten d win yettewten i_yezran tiyita amek-itt. [1].

Un jeune dans la rue par contre ça fait plus peur. Ça interpelle, ça interroge !
Bien sûr il restera toujours les quelques durs à cuire qui mépriseront cette bouffée d’air frais de jeunesse comme ils se méprisent au fond de ne l’être plus et qui vous diront que tout ceci n’est qu’une question d’éducation… A croire que Mai 68 est un joyau de cinéma ou un succès de série B …

Nos jeunes, ça ils l’ont compris. Faut être dehors, nombreux et arpenter le bitume. Alors ils vont de Feyder à Epinay jusqu’au lycée voisin les « débaucher », les sortir de cours. Pareil pour St-Denis, ils sortent de Paul Eluard et vont chercher les copains du LP voisin. De Coste à Bobigny, ils vont à Louise Michel chercher les cousins. Pour aller plus vite, ils arpenteront plutôt le 301 que le pavé balbynien.

Hier, jeudi 27 mars, la mobilisation fut exemplaire. Des centaines de milliers de manifestants, élèves, profs, parents étaient dans la rue à Paris. Et les banderoles sus citées se déployaient sublimement devant nos écrans de télé hier soir au JT.

Aujourd’hui encore, le mouvement est reparti. Des entrées de lycées sont investies, voire bloquées, des délégations envoyées pour expliquer avec leurs mots le pourquoi du comment de ce mouvement. Et ça marche ! En quelques heures, des milliers de lycéens se sont joints à cette cohue et ils s’expriment nos jeunes, ils s’expriment, ils améliorent même leur vocabulaire quand des adultes s’adressent à eux.

Nous regretterons juste l’inclusion de certains désœuvrés qui ne viennent que pour casser et piller ; mais ceux là on les reconnaît à leur visage couvert et leur tête enturbannée. Les jeunes eux-mêmes s’en éloignent. Ils ne sont pas là pour ça, ils ne sont là que pour montrer leur mécontentement.

Le mouvement prend de l’ampleur, il commence à sortir de la Seine Saint Denis et de l’Ile de France. Espérons juste que la jeunesse ne reste pas trop dehors car c’est à force de ne pas être entendu que la désillusion s’installe.

Tayirat

Notes

[1Nul ne sait autant de la douleur que celui qui frappe et celui qui encaisse

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