Autonomie de la Kabylie, Ferhat Mehenni et le MAK : une énigme

Si l’identité kabyle s’est forgée autour de certaines traditions et des résistances aux différents envahisseurs, celle-ci s’est soumise à l’épreuve du temps et de l’histoire et doit aujourd’hui être redéfinie. En effet, à l’heure de la modernité, force est de constater que certaines coutumes toujours en vigueur doivent être passée au tamis de la critique.

Être Kabyle au 21e siècle :

Si l’identité kabyle s’est forgée autour de certaines traditions et des résistances aux différents envahisseurs, celle-ci s’est soumise à l’épreuve du temps et de l’histoire et doit aujourd’hui être redéfinie. En effet, à l’heure de la modernité, force est de constater que certaines coutumes toujours en vigueur doivent être passée au tamis de la critique.

Par exemple, il faut signaler que cette région cultive certains paradoxes qui la place à l”avant-garde de la lutte pour la démocratie et à l’arrière-garde sur d’autres questions comme l’émancipation des femmes, toujours interdites d’héritage et écartées des comités de village et des lieux de décision en général. Certains espaces publics restent également réservés aux hommes…

Peuple d’émigration, à l’intérieur comme à l’extérieur du territoire algérien, les kabyles aiment à sortir de leur terroir pour se frotter au monde extérieur entraînant chez eux une volonté de se fondre dans le monde qui les entoure et explique en partie leur attachement aux valeurs de tolérance et d’ouverture sur le monde. Etre kabyle, c’est donc une volonté de s’ouvrir aux valeurs universelles.

Le pouvoir algérien : un mur entre la Kabylie et le reste du monde :

Le régime algérien, digne héritier du pouvoir colonial français qu’il perpétue, gouverne selon la formule qui a fait ses preuves : diviser pour mieux régner.
Se positionnant sur une idéologie arabo-islamiste dont il n’utilise que le pire, le pouvoir algérien n’a eu de cesse que de dénoncer les kabyles comme les diviseurs d’une nation qu’il ne concevait que comme une surface peuplée de moutons dociles.

Ainsi, en isolant la Kabylie du reste des algériens mais surtout du reste du monde, ils empêchaient la région de s’ouvrir sur l’extérieur mais surtout la propagation de leurs revendications portant sur la démocratisation du pays et la dénonciation de la junte militaire. L’objectif du pouvoir est pour l’instant atteint : tout comme l’essence d’un fleuve est de se jeter dans l’océan, la vocation d’un peuple est de se mouvoir dans les valeurs universelles ce qui est interdit, à l’heure actuelle, à notre peuple.
Tout l’enjeu est de briser le mur qui sépare la Kabylie du reste du monde : le pouvoir algérien. Pour cela une seule arme : la prise en main de notre destin.

Élites kabyles – peuple kabyle : l’éternelle incompréhension :

Ce rapport est marqué par une réalité constante : le sentiment de trahison des kabyles à chaque fois qu’ils ont suivis en masse leurs élites. Depuis l’indépendance, les kabyles se sont toujours rassemblés autour des mots d’ordre de leurs élites mais force est de constater que les espoirs suscités ont toujours été déçus.

Plusieurs exemples illustrent le phénomène : le MCB, fruit du printemps berbère, dont la vocation était de porter la revendication identitaire du peuple kabyle, a éclaté en plusieurs courants, aux mains de personnages plus soucieux de leurs intérêts politiques que de ceux du peuple kabyle.

Autre exemple frappant : le mouvement citoyen des aarchs qui a suivis la tragédie du printemps noir. Sucitant un immense espoir, avec pour point d’orgue la marche du 14 juin 2001 sur Alger, certains de ses représentants ont pris la responsabilité historique de trahir la mémoire des martyrs en allant goûter à la soupe empoisonnée du pouvoir que leur tendait Abdelaziz Bouteflika par l’intermédiaire de son premier ministre Ahmed Ouyahia.

Si le pouvoir divise l’Algérie pour mieux régner, il divise également la Kabylie pour mieux la réprimer.

Les élites kabyles n’ont jamais su porter les revendications du peuple kabyle et le fossé continue de se creuser, créant un climat de méfiance qui obscurcit l’avenir de la région.Toutefois, quelques exceptions confirment la règle : Mouloud Mammeri et Lounès Matoub, sentinelles éternelles de la conscience berbère de la région, ont joué un rôle déterminant et décisif, le premier en conscientisant les élites, le second, en touchant le coeur du peuple.

L’autonomie : une passerelle vers le monde :

Pour s’ouvrir au monde et aux valeurs universelles, tout en restant fidèle à notre identité historique, une seule solution : contourner l’obstacle du pouvoir algérien, qui souhaite faire de la Kabylie une région sans histoire et sans avenir. Pour cela, l’arme de l’autonomie doit être brandie sans complexes et avec détermination par tous les kabyles souhaitant le rester. L’objectif étant de détruire les frontières hermétiques que le pouvoir a tissé autour de l’Algérie et non d’en construire de nouvelles.

Comme le chantait Lounès Matoub dans son dernier opus : “détruire l’Algérie actuelle pour en construire une nouvelle sur de nouvelles bases : le respect des peuples qui la compose.” L’autonomie de la Kabylie entraînerait inéluctablement la décomposition du pouvoir algérien. A ce titre, elle constituerait le socle de cette nouvelle construction.

Quant aux débats sur l’alimentation des kabyles en cas d’autonomie, nous rappelons que les olives sont meilleures pour la santé que les soupes empoisonnées du pouvoir. Ceux qui réduisent les kabyles à des tubes digestifs oublient une chose : est-ce vraiment le pouvoir qui nourrit la Kabylie ?

Ferhat Mehenni et le MAK : une énigme :

Lorsqu’en 2001, à la suite des évènements du printemps noir, Ferhat Mehenni lance publiquement la revendication autonomiste et crée une structure chargé de la porter politiquement, le MAK, celui-ci brise un tabou majeur et permet un débat salutaire sur la nécessaire réforme de l’appareil administratif algérien.

Cependant, 6 ans après cette proclamation publique, force est de constater que cette revendication n’avance pas et le bilan est implacable : le MAK est absent du terrain et l’idée d’autonomie peine à s’implanter en Kabylie. Ceci nous amène à nous poser des questions sur ce qu’il convient de qualifier d’échec, même relatif :
Le MAK a-t-il une stratégie à moyen et long terme pour accéder à cet objectif

La cause autonomiste est-elle trop identifiée au personnage de Ferhat Mehenni, qui possède autant d’admirateurs que de détracteurs ?
Les autonomistes sont-ils organisés ?

Pourquoi les autres figures de la revendication autonomistes, à savoir Abdenour Abdeslam, Hacène Hirèche, Malika Baraka, Salem Chaker, Saïd Doumane, Hocine Benhamza etc. semblent rester en retrait ?

Les relais en Kabylie sont-ils suffisamment formés et ont-ils les épaules assez larges pour diffuser cette idée parmi la population ?

Les autonomistes déclarés, vivant en Kabylie, ne courent-ils pas des risques inconsidérés face aux pressions du pouvoir et de ses relais dans la région ?
Nous ne pouvons répondre à ces questions mais le délitement de cette revendication nous oblige à trouver des réponses au plus vite.

Indépendance de la Kabylie : un non-sens historique et géographique :

Dernière conscience vivante de l’héritage historique nord-africain, la vocation de la Kabylie n’est pas de se replier sur elle-même en ignorant son environnement géographique. Cette région est le miroir qui renvoie à tous les habitants de l’Afrique du nord leur passé berbère. Ceci explique le sentiment ambivalent des arabophones algériens face à leurs compatriotes kabyles fait de rejet et d’admiration.

La Kabylie doit donc entraîner le reste de l’Algérie vers la réconciliation avec l’histoire qui sera la seule condition d’une authentique réconciliation nationale. L’indépendance couperait les kabyles de ce qui est une part d’eux-mêmes : l’Algérie. L’autonomie les relierait à leur identité et au reste de l’Algérie.

Conclusion :

En aucun cas l’autonomie ne doit être considérée comme une fin en soi : c’est avant tout le moyen, l’instrument qui permettra à la Kabylie de trouver sa place dans sa sphère géographique.

Le nationalisme algérien, c’est être Arabe et Algérien. L’indépendance, c’est n’être que Kabyle. L’autonomie, c’est être Kabyle, Algérien et citoyen d’un monde qui nous tend les bras.

Par Arezki BAKIR et Nafa KIRECHE

2 Commentaires

  1. Se couper de l’Algérie,serait un suicide collectif pour les kabyles,,une guerre civile entre kabyles,serait inévitable,et finirait par l’écrasement et l’éviction des indépendantiste,et donnera une Kabylie paralysée et hésitante,une autonomie donnerait des kabyles algériens,et leurs évolution dans leurs milieu naturel qu’est l’Algérie leur apporterai toute la stabilité,et plus de force ,force qui agira en faveur de la culture amazihg dans toute l’Algérie et tout le Maghreb

  2. Le nationalisme algérien, c’est être Arabe et Algérien(jeu de mot). L’indépendance, c’est n’être que Kabyle(subjectif). L’autonomie, c’est être Kabyle, Algérien et citoyen d’un monde qui nous tend les bras(utopie).

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