Avons-nous perdu tout sens de l’honneur ?

A la suite de l’affaire Redeker, nombreuses sont les voix qui commencent à s’élever pour reconnaître le droit de critique, mais dans le respect des religions et des sensibilités.

Mezri Haddad dans son édito du Figaro du 6 octobre dernier nous dit :

« Jeter l’anathème sur l’ensemble des musulmans est une faute, y répondre par une fatwa obscurantiste est un crime – Je ne suis pas sûr que la tribune de Robert Redeker ait été une contribution sereine à la controverse que le Pape Benoit XVI a eu le mérite d’initier ».

Rania de Jordanie dans son entretien au même journal du 7 Octobre ajoute dans le même sens :

« Nous devons être vigilants quand on parle de religion. C’est un sujet particulier. On doit en respecter le caractère sacré. Dire que l’on ne peut pas critiquer une religion est une erreur. On doit pouvoir débattre. Mais il y a une différence entre un débat objectif sophistiqué et de pures insultes. Je m’oppose à toute personne qui insulte la religion parce que cela insulte les croyants en cette foi. Ce n’est pas une attitude responsable et cela va à l’encontre de la décence. »

Ces discours reviennent à reconnaître le droit de critique tout en le cantonnant à un discours policé, dans lequel le blasphème serait interdit.

Nous savons que l’OCI (organisation de la conférence islamique) veut faire rétablir ce délit par l’ONU, ce à quoi l’ONU s’oppose puisque il est en opposition avec la Charte des Droits de l’Homme, dans laquelle liberté d’expression et liberté de conscience sont expressément stipulées comme libertés fondamentales. Il faut d’ailleurs rappeler que tous les pays musulmans adhérents de l’ONU se sont engagés à respecter cette Charte !

En France le dernier mort pour blasphème fut le Chevalier de La Barre… Voltaire en fit l’une de ses plus violentes diatribes contre le totalitarisme du pouvoir politique et religieux.

Par la suite la Révolution Française a aboli les privilèges de l’aristocratie et de l’Église et elle a posé les principes de la liberté de conscience et d’expression avec la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793.

Comment imaginer que nous allons renier ces philosophes, ces combats livrés par nos ancêtres, nos morts, pour respecter la soi-disant sensibilité de ceux qui n’hésitent pas égorger ou à emprisonner leurs opposants, à lapider leurs femmes, à torturer , à discriminer ceux qui ne sont pas de la même religion ?

Certains ne manqueront pas de dire qu’en parlant ainsi, je fais l’amalgame entre musulmans modérés et radicaux. Mais je n’ai pas beaucoup vu de musulmans modérés se démarquer de ces pratiques indignes commises au nom de leur livre Saint. D’aucun me rétorqueront qu’ils n’ont pas le droit de s’en indigner au nom de l’interdiction de critique et du délit de blasphème.

Par quelle distorsion de l’esprit ceux qui veulent nous imposer des discours policés sans critique de la religion pour ne pas heurter leur sensibilité , veulent-ils nous voir supprimer une liberté élémentaire qui nous permet justement de faire en sorte que ces actes barbares soient interdits, condamnés et éradiqués ! Et cette liberté est justement la liberté de critiquer la religion, ou de blasphémer …

On ne peut pas vouloir une chose et son contraire … Et vouloir faire renaître le délit de blasphème ou imposer la langue de bois sur les débats politico-religieux revient exactement à abroger une liberté qui permet d’éradiquer la barbarie commise au nom de la religion .

Elisabeth Richard

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire