Bougie en 1885

« Quelle charmante petite ville que Bougie ! Au fond d’une rade, la plus sûre de l’Algérie, ses maisons roses et blanches s’élèvent en amphithéâtre dans un encadrement de montagnes qui séduit dès le premier abord.

Presque toutes possèdent un jardin ou bien sont munies d’un large balcon, garni de plantes grimpantes et de vases de fleurs, d’où la vue s’étend au loin sur la mer. Partout, dans les rues, on respire l’enivrante senteur des orangers fleuris. J’ai vu pour la première fois ici un bananier à la large fleur épanouie, poussant en pleine terre devant la porte d’un café. Les environs immédiats de la ville sont couverts de jardins plantés d’énormes oliviers, de citronniers, de mandariniers et d’orangers qui produisent des fruits délicieux.

Il est surprenant que les habitants n’aient pas songé à utiliser les avantages de leur situation pour développer les orangeries et faire, au moyen de leurs fruits, concurrence à Blida. On croirait, du reste, qu’ils ne sont pas animés de ce besoin d’action, de cette fièvre de progrès qui caractérise les autres Algériens. La ville, qui ne compte que 5,086 habitants, est stationnaire depuis quelques années. Il y a lieu d’espérer pourtant que cette situation se modifiera d’une manière avantageuse lorsque le chemin de fer, dont la construction a été votée, aura réuni Bougie au réseau algérien. La ligne nouvelle qui se soudera à Beni-Mansour à celle d’Alger à Constantine, apportera sur les quais d’embarquement tous les produits de la vallée du Sahel depuis Bouira jusqu’à la mer, ceux de la fertile Medjana et une partie de ceux de la plaine de Sétif. Le mouvement commercial de Bougie ne peut donc manquer de s’accroître avec le développement prévu de la colonisation dans toute cette région, et la facilité des transports qu’inaugurera d’ici à peu d’années la voie ferrée. »

par Ernest Fallot, 20 août 1885

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