Bouteflika à Alger : retour de l’Enfer

Il revient de chez Satan, et il a une mission à accomplir

Le président Abdelaziz Bouteflika est revenu à Alger après avoir passé plus d’un mois en France, entre hôpital et maison de repos. Lors de son triomphal retour dans les rues de la capitale algérienne le 31 décembre dernier, il est apparu bien vivant, n’hésitant pas a plonger dans la foule qui l’acclamait. Mais ne nous y trompons pas. Abdelaziz Bouteflika a bien frôlé la mort. Il l’a même contemplé en face et a failli ne pas en revenir.

KabyleS.com, grâce à quelques tchipas bien placées, a réussi à placer ces dernières semaines des micros a l’entrée de l’Enfer. Nous vous livrons ci-dessous et en toute exclusivité, le contenu de ces bandes, lesquelles ont enregistrées un surprenant entretien entre M. Bouteflika et M. Chaytan (également connu sous le nom de M. Diable selon sa carte de visite francophone) :

Bouteflika : He ho, y a quelqu’un ? C’est quoi ce bazar ? Même pas une garde d’honneur ou un ministre des Affaires étrangères pour m’accueillir ? Qu’est ce que c’est que ce bled pourri ? J’avais pas de visite officielle prévue au Malawi que je sache ?

Chaytan : Dis-donc, mon petit, je te conseillerais de parler sur un autre ton. Tu es à l’entrée de l’Enfer ici, et moi je suis le maitre des lieux, Chaytan, alias Iblis, alias Diable, Satan etc, etc.

Bouteflika : Alors ca y est, je suis mort ? Bon, ben, laisse-moi rentrer, je suis sûr qu’il y a plein de vieux amis à moi dans ton bistrot.

Chaytan : Ah, désolé, mais l’Enfer c’est un club privé. Une VIP Room. On n’y rentre pas comme dans un moulin. C’est réservé aux gens vraiment très méchants. Comme nous avons un afflux de demandes de visa en ce moment, nous n’avons pas encore eu le temps de traiter ton dossier. Alors voilà ce que je te propose : on va régler ça tout de suite, tu vas défendre ton cas devant un jury qui décidera de te donner ou non ta carte de résidence infernale. Cela va sans dire, je serai le président du jury. Les deux autres membres seront de vieilles connaissances : Houari Boumediene et Hassan II, qui occupent des places de choix, ici, en Enfer.

(Boumediene et Hassan II font leur apparition dans le sas d’entrée de l’Enfer)

Boumediene : Tiens, salut Boutbout ! Ca fait un bail hein ! Bah t’as pas beaucoup grandi depuis la dernière fois, mon ami ! Par contre question cheveux, c’est plus ce que c’était du temps ou t’étais mon ministre préféré. Enfin bon, passons, on n’est pas ici pour rigoler.

Chaytan : Commençons tout de suite. Abdelaziz Bouteflika, quels arguments à faire valoir pour justifier votre entrée en Enfer avez-vous à nous proposer ?

Bouteflika : Bah, euh, j’ai toujours été méchant. Depuis que je suis gamin et que j’étais déjà une terreur dans les hammams d’Oujda. Et franchement, ma carrière d’adulte n’est pas mal non plus. J’ai réussi à ne pratiquement rien faire pendant la guerre d’indépendance et à me retrouver du côté des vainqueurs, avec un statut de héros et un poste de ministre. En 1962, j’ai participé activement à la prise du pouvoir de l’armée des frontières. En 1965 j’ai participé encore plus activement au coup d’Etat de mon ami Boumediene, ici présent. Après, durant ma carrière de ministre des Affaires étrangères, je n’ai pas arrêté de défendre tous les terroristes arabes du monde ainsi que tous les régimes les plus pourris de la planète. Une fois que mon protecteur Boumediene est parti vous rejoindre en ces lieux, je suis parti à mon tour magouiller pendant vingt ans chez ces pervers de prince du Golfe arabo-persique. Et notez bien que je magouillais non pas avec de l’argent obtenu à la sueur de mon front (comme du temps où je sévissais dans les hammams d’Oujda) mais bien avec de l’argent consciencieusement volé à l’état et aux citoyens algériens du temps où j’étais ministre. La suite vous la connaissez : je deviens président-dictateur d’une république pourrie suite à deux élections grotesques et truquées, j’organise l’escroquerie Khalifa Bank, je musèle la presse, j’amnistie des bouchers psychopathes, et je fais massacrer 126 Kabyles sans armes. Je pense que c’est un beau palmarès, non ?

Hassan II : Bof, franchement, ca c’est à la portée de tout le monde.

Bouteflika : Oh, toi le Marocain, commence pas à m’emmer…

Chaytan : Ca suffit vous deux, on n’est pas au souk ici ! T’en pense quoi Boumboum ?

Boumediene : Mmmm… c’est un cas délicat, très délicat. Effectivement, la carrière de mon ami Boutef montre une prédisposition naturelle à faire le mal et à échafauder des coups toujours plus fourrés les uns que les autres. Mais n’empêche que je ne trouve pas tout ça suffisamment satanique. Tu dis que t’es un président-dictateur, mais moi je trouve que t’es vachement mou. La dictature algérienne n’est plus ce qu’elle était. Vous connaissez tous ma modestie, je déteste me mettre en avant, mais tout de même je suis obligé de rappeler que de mon temps, le moindre type qui regardait mon portrait de travers dans la rue se faisait kidnapper par la Sécurité Militaire et on n’en entendait plus parler. Aujourd’hui je vois que t’invite même des Kabyles dégueulasses et mal rasés, avec en plus une grande gueule qui pue l’oignon, à négocier avec ton premier ministre. Je sais bien que c’est pour mieux les entuber, mais ça fait mauvais genre. Si j’étais encore là, hop, un bon peloton d’exécution et on n’en parlerait plus.

Bouteflika : Bah oui, je sais bien, mais faut comprendre, les temps changent. Faut paraître présentable devant la communauté internationale, la France, les Etats-Unis…

Hassan II : Taratata ! Qu’est ce que c’est que ce baratin ? T’es pas un vrai méchant, toi. Regarde moi, en 1959, j’ai personnellement dirigé la répression contre les Berbères du Rif. Entre 5 000 et 8 000 morts disent les historiens, ça fait un paquet de cadavres. Et bien ça ne m’a jamais empêché d’aller serrer la paluche de mon pote Chirac ou d’être traité en ami par les Américains. Sans compter que, juste pour le plaisir, j’ai remis une couche de répression dans le Rif en 1984, et personne n’a rien dit non plus. Alors avec tes 126 Kabyles, tu me fais doucement rigoler, t’es qu’un apprenti, un petit joueur, un petit bras…

Chaytan : Bon, Hassan, merci pour l’exposé, mais ça suffit les blagues vaseuses sur l’anatomie de M. Bouteflika. Par contre l’argument de la faiblesse de la répression en Kabylie est très sérieux.

Bouteflika : Mais j’ai bien insisté sur le fait que leur baragouin ne serait jamais langue officielle, quand même !

Boumediene : C’est vrai, mais tu l’as tout de même inscrit dans notre belle Constitution comme langue nationale. Je sais très bien que ça ne veut rien dire et que ça n’engage à rien, mais n’empêche que c’est une preuve de faiblesse de ta part. Et moi ça me débecte de voir ce dialecte de cul-terreux mentionné dans le texte le plus important d’Algérie. Regarde au Maroc, ils ne sont pas allés aussi loin, eux.

Hassan II : Bah c’est normal, mon fiston je l’ai bien éduqué moi ! Et puis mon cher Boutef, pour un dictateur je trouve que t’es un peu léger, si je peux me permettre. Regarde-moi, je suis monté sur le trône en 1961 et j’en suis parti, les pieds devants, en 1999. Fait le calcul : 38 ans à botter les fesses des Marocains, des Sahraouis et occasionnellement des Algériens. ! Même mon ancien homologue Boumediene, ici présent, a tenu 13 ans après son putsch. Toi ca ne fait que six ans que t’es à la tête de la Ripoublique démocratique et couscoussière d’Algérie et tu voudrais déjà t’asseoir à la table des grands carnivores ? Moi je trouve ça un peu court, six ans, comme carrière de dictateur. Je te le dis et je te le répète : t’es un petit.

Chaytan : Bon, si tout le monde a fini d’exposer ses arguments, je propose que le jury délibère immédiatement pour statuer sur le cas du sieur Bouteflika Abdelaziz.

(On entend Chaytan, Boumediene et Hassan II chuchoter entre eux pendant plusieurs minutes.)

Chaytan : Hum, hum. Alors voilà ce que le jury ad-hoc d’admission en Enfer a décidé : le sieur Bouteflika Abdelaziz n’est pas admis à pénétrer le premier cercle de l’Enfer. Ni les autres d’ailleurs. Certes, les jurés conviennent qu’il présente un joli début de carrière de méchant dictateur, mais celle-ci a été trop courte pour pouvoir véritablement l’admettre parmi nous. La carte de résidence infernale lui est donc refusée. Cependant, eu égard aux qualités certaines du candidat, et afin de lui éviter le supplice d’une éternité au Paradis à s’ennuyer ferme aux côtés de Gandhi et de Mère Theresa, nous laissons au sieur Bouteflika Abdelaziz une seconde chance. Nous allons en effet annuler son certificat de décès et le renvoyer sur Terre, afin qu’il continue à faire le maximum de mal possible, en Algérie et ailleurs. S’il y parvient, il sera, à l’heure de sa seconde mort, définitivement accueilli par l’Enfer et tous ses démons.

Boumediene : C’est moi qui ai défendu ta cause. Allez, à la revoyure mon pote, reprends toi que diable ! Repense à l’époque où on dictatorisait si bien tous les deux ! Du nerf quoi, je sais que tu peux le faire. Et rappelle-toi, si jamais tu ne sais pas sur qui taper, dis toi que y a toujours les Kabyles à portée de main. Conseil d’ami.

(Fin brutale de l’enregistrement. D’après les médecins, c’est à ce moment précis que le président Bouteflika est revenu à lui dans sa chambre d’hôpital, au Val de Grâce. La suite est dans les journaux.)

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