Brésil 2014 : Equipe arabe / fans kabyles

Que dire d’un match de football si ce n’était que du football, sinon qu’on peut aimer une équipe et ne pas aimer une autre et qu’à la fin, ça reste, ni plus ni moins, un match de football, un sport qui passionne les foules, qui apporte un peu de bonheur dans la vie des peuples qui, souvent, ne connaissent que misères, injustices et asservissement.

Sauf que depuis toujours, tout ce qui passionne démesurément les foules est une lame à double tranchants dans le sens où, cette passion excessive, tout en injectant un peu de lumière dans la noirceur des vies des peuples, agit en même temps sur ces mêmes peuples comme une substance dopante au point où l’irrationnel prend souvent le dessus sur la raison, produisant ainsi des comportements et des attitudes à la limite de la folie et de l’aliénation collective et individuelle.

Cela explique bien évidemment pourquoi depuis la nuit des temps, empereurs, Césars, rois jusqu’aux dictateurs, régimes tyranniques et despotes les plus décriés dans le monde contemporain, recourent systématiquement à cette « drogue des foules » qui change et se diversifie selon les époques, pour manipuler les peuples dans leur quête d’un double effet : faire oublier aux sujets et/ou gouvernés, le temps d’une victoire même mal acquise et sans grande portée, la misère qui sert de décor à leurs vie et à celle de leur progéniture, tout en profitant de l’aubaine pour grignoter quelques points dans la courbe de popularité de ces tyrans de tout acabit qui, présentement, associent, à travers des médias qui servent leur propagande, leur image à tout athlète, équipe sportive ou autre qui réalise la moindre performance.

Pire, dans certains cas, la manipulation va au-delà de ces questions d’ordre social et politique puisque, par le même procédé, on arrive aussi à « vendre une religion » et à faire admettre à des individus mais aussi à des peuples entiers la banalité de leur propre reniement identitaire, linguistique et culturel…

D’aucuns ont relevé qu’en matière de football (pas seulement) l’équipe nationale algérienne est systématiquement présentée dans les médias, par les représentants de l’État, par les joueurs eux-mêmes dont certains sont Kabyles et Chaouis et par les supporteurs, comme une équipe qui représente la « nation arabe » ! Le cas des Amazighs en général et des Kabyles est, à ce titre, édifiant puisqu’ayant subi 14 années d’un bouteflikisme machiavélique où l’entreprise « arabisation-islamisation-désamazighisation et dékabylisation » a usé, au quotidien, de l’artillerie lourde en terme d’embrigadement des esprits ; les médias lourds, la presse écrite, l’école, les mosquées, les institutions « élues » ayant été tous mis à contribution sur fond de musellement des libertés, d’une absence d’une opposition politique digne et fiable et d’une corruption généralisée, ces Kabyles ont fini par s’accommoder, puis accepter et revendiquer même cette offense à leur propre identité à travers une équipe qui, officiellement et officieusement, représente uniquement les Arabes.

Cette situation ne date pas du dernier match de l’équipe algérienne contre une modeste équipe coréenne qui a pourtant dominé la seconde mi-temps au point où un retournement de situation en sa faveur a failli se produire comme l’attestent, à juste titre, les nombreuses occasions nettes, ratées par excès de précipitation des attaquants asiatiques. Cependant, l’indécence a atteint le non-sens depuis les éliminatoires pour le dernier Mondial sud-africain en 2010 avec un Bouteflika présenté par les médias comme le 12e joueur de l’équipe pendant que des députés soi-disant de l’opposition, gavés eux aussi par le même système, passaient leur temps sur facebook à étaler leur chauvinisme pour la même équipe construite par le pognon et cachant mal un football algérien chaotique…

L’inimaginable fut bien entendu la réquisition par Bouteflika de plusieurs avions aux frais de la princesse et remplis d’une foule hystérique (dont, dit-on, des prisonniers libérés pour l’occasion) qui s’est offert un aller (retour ?) gratis au Soudan (1) pour finir, deux mois plus tard, par une mémorable humiliation en demi-finale de la CAN et un Mondial sud-africain où la médiocrité de l’équipe algérienne n’avait pas suffit pour mettre un peu de décence dans l’esprit d’une foule qui a investi les rues des villes algériennes pour fêter… un match nul contre l’Angleterre !

Aujourd’hui, nous assistons, au Brésil, au remake de la même recette : nul sur le plan sportif et, hélas, efficace dans ses effets pervers sur le plan politique, culturel, religieux et identitaire, avec, cependant, des éléments nouveaux qui frisent le risible. Ainsi, en plus de la revendication de plus en plus assumée, y compris par les joueurs eux-mêmes, du statut de « représentant des Arabes », en plus de la nouveauté de la présence d’un imam dans l’équipe, ce que ni l’Iran, présent au Brésil, pourtant État intégriste, n’a pas osé faire, ni même l’Arabie Saoudite en 1998, pourtant exportatrice du wahhabisme… en plus également de l’argent du contribuable qui a permis à des milliers d’Algériens de s’offrir Copa Cabana et ses délices charnels pour revenir en Algérie faire la chasse aux non-jeûneurs pendant le mois de ramadan prochain, en plus d’un misérable but contre la Belgique célébré en position de « prière collective » par des joueurs Franco-Algériens qui avaient d’abord espéré une place dans la sélection française avant de se rabattre en dernier recours sur la sélection « représentante des Arabes », qui sert aussi l’image du régime, puisque Bouteflika est systématiquement encensé et glorifié par les joueurs qui, en retour, il faut le dire, ont été fait milliardaires, pour aucune consécration continentale, encore moins mondiale !

En plus de tous ces éléments et de bien d’autres encore, il se trouve qu’après la fin du match, à Porto Alegre, contre la très modeste Corée du Sud – un pays où le football est ce qu’est la liberté à l’islam – qui a été totalement absente lors du premier half mais qui a largement dominé le deuxième, des groupes de Kabyles sont sortis dans les rues pour fêter une victoire tirée par les cheveux et qui les renie explicitement tout de suite puisque la télévision algérienne, avec un speaker digne des commentateurs du IIIeReich, galvanisant les téléspectateurs comme s’il s’agissait du trophée du Mondial que l’Algérie a gagné, vient d’offrir le micro à l’un des éléments de cette équipe d’Algérie, Islam Slimani en l’occurrence, qui, rappelons-le, avait offert son ballon d’or algérien à Bouteflika en 2013, et qui vient de déclarer à la Télévision algérienne, avec une rare hargne :

« Nous sommes au Brésil pour rendre heureux les Arabes ! ».

Sachant que ces joueurs passent leur temps entre les plages sulfureuses de Copa Cabana, la prière derrière leur imam de Staoueli et facebook, la déclaration de ce joueur n’est-elle pas destinée à tous les Kabyles et autres Amazighs qui tentent de refuser, sur les réseaux sociaux, « l’identité arabe » que revendique cette équipe ? Tout porte à le croire et le comble dans tout ça, ce sont tous ces Kabyles dindons de la farce qui jubilent pour une telle équipe qui, de toute façon, ne gagnera rien. Absolument rien, ou alors, leur propre dilution dans l’identité arabe qui commence déjà par le fait de s’opposer aux autres Kabyles qui refusent cela en les traitant de « racistes  » !

L’aliénation évoquée plus haut n’est rien d’autre que cela.

Allas DI TLELLI

Note  :

(1)– Le joueur Kabyle Kamel Ghilas qui avait brandi le drapeau amazigh, au Soudan, après la victoire contre l’Égypte, a été aussitôt écarté de l’équipe nationale en guise de sanction.

L’ambition, la carrière et les intérêts sont tout ce qui compte pour son frère Nabil Ghilas, sélectionné par l’entraineur Vahid Halilhodžić avec sûrement l’exigence d’oublier « le drapeau de son frère aîné Kamel ». De toute évidence, il est heureux de lire son coran dans sa chambre au Brésil, d’écouter les prêches de l’imam de Staoueli et de jouer pour représenter les arabes…

02 frères kabyles, 02 personnalités et 02 démarches antinomiques…

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*