Camus, les Arabes, les Kabyles, et … Feraoun

Il est beaucoup question d’Albert Camus en ce moment. Cinquantenaire oblige. Au demeurant, l’écrivain le mérite amplement. Mais pourquoi diable Camus qui si jeune avait écrit en 1939 la magnifique série de reportages sur la misère en Kabylie utilise-t-il exclusivement le mot « Arabes » pour désigner les Algériens indigènes, y compris lorsqu’il parle de ses homologues écrivains ? Dans une intervention qu’il fit à Paris à l’invitation de « l’Algérienne » le 13 novembre 1958, évoquant le problème algérien à travers le travail fait par l’école des écrivains algériens, il ne voit dans la liste de noms qu’il énonce dans cet ordre « Mammeri , Feraoun, Dib, et un certain nombre d’autres » que des « noms arabes » !

Il nous a paru amusant de reproduire à ce sujet un passage désopilant d’une lettre ouverte de Mouloud Feraoun consacrée également au problème algérien et adressée précisément à Camus deux mois auparavant, soit en septembre 1958. Le voici :


« […] Sachez pourtant que je suis instituteur « arabe », que j’ai toujours vécu au cœur du pays et depuis quatre ans au centre du drame. Le mot « arabe » n’est d’ailleurs pas très exact. Pourquoi ne pas préciser après tout ?

Il me revient à la mémoire une anecdote qui remonte au 9 mai 1945. C’était en Alsace. Pour annoncer les événements qui, la veille, avaient commencé d’ensanglanter le Constantinois, un journal local étalait ce titre en première page et en gros caractères : « Révolte arabe des Kabyles » ! Mettons que vous recevez aujourd’hui une lettre arabe d’un Kabyle et vous avez du même coup toutes les précisions désirables. […] »

Publiée dans une modeste revue d’instituteurs deux mois avant son discours, Camus n’avait visiblement pas lu cette lettre profonde qui va bien au-delà de l’anecdote rapportée ici…

H. Sadi

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