Certains militants du MAK s’avèrent dangereux pour l’unité de la Kabylie

Je suis un athée d’origine maraboutique. Je ne me sens pas à l’aise au milieu des miens parce que le système maraboutique qui fait leur fierté me paraît être une entreprise d’escroquerie que je ne peux cautionner. Je me dis que seul le désir de perpétuer leurs privilèges (plus virtuels que réels) et leur noblesse usurpée empêchent les jeunes « marabouts » d’aujourd’hui de s’unir à leur intelligence et à leur raison pour extirper de leur cœur et de leur cerveau cette religion devenue, à l’instar des autres religions monothéistes, source de problèmes et de malentendus entre les humains. Athée, donc et renégat du maraboutisme, n’ayant, de surcroit, pas foi dans l’État algérien et ses dirigeants dont je sais l’inaptitude à faire le bonheur de leur peuple et particulièrement de sa composante frondeuse que sont les Kabyles, j’aurais dû applaudir avec beaucoup d’enthousiasme cette idée d’autonomie et adhérer au Mak sans attendre. Pourquoi n’ai-je pas applaudi ? Pourquoi n’ai-je pas adhéré au Mak ? Je n’ai pas de réponse définitive.

Il m’arrive de me dire que c’est par peur des lendemains incertains vers lesquels je n’aurais pas manqué d’embarquer mes auditeurs car, comme fervent militant du Mak, j’aurais trouvé des arguments pour faire encarter toutes les femmes et tous les hommes de mon entourage. Quels arguments ? Tous les arguments en faveur du régime politique fédéral plus quelques beaux discours de ma mauvaise foi. Quelques fois, mon envie d’adhérer pour exprimer ma gratitude au passé glorieux du Ferhat chanteur, Le Ferhat des Imazighen Imoula, le chevalier sans peur et sans reproches qui défiait la sécurité militaire algérienne, se heurte au présent sans relief du Ferhat exilé, frileux et craintif au point de vouloir revoir sa mère en Tunisie plutôt que dans le pays que son mari a libéré au prix de sa vie.

Quand j’ai fini de repousser tous mes doutes sur la capacité du Mak à libérer le peuple kabyle du pouvoir central d’Alger, des peurs m’assaillent. Mass Ferhat et sa Kabylie autonome oublieront-ils mes origines maraboutiques ou voudront-ils me chasser vers le Maroc ou l’Arabie saoudite ? Maintes fois, j’ai entendu des militants du MAK déclarer que ce sont les marabouts qui empoisonnent la Kabylie. Pourtant, depuis quelques décennies la propagation de l’islam et de l’arabe ne sont plus les domaines réservés des marabouts. Après les Égyptiens et les Palestiniens ce sont des Algériens arabophones qui sont venus formater la Kabylie aux normes arabo-musulmanes. Pourquoi alors continue-t-on à stigmatiser une catégorie de Kabyles étrangère à l’aliénation orchestrée par le pouvoir d’Alger ? Parmi les autres peurs qui font mes cauchemars, celle de voir la Kabylie devenir le nouvel Israël des États arabes et islamiques.

Je développe. Si l’autonomie, qui grandirait sûrement en indépendance, de la Kabylie est un succès enviable, avec une démocratie exemplaire, des Droits de l’Homme garantis, une économie prospère, l’Algérie voisine l’obligerait à construire une frontière infranchissable pour juguler le flux des réfugiés. Nos cousins d’Alger et des autres régions seront persécutés et spoliés de leurs biens en représailles. Ils regagneront la terre de leurs ancêtres par millions, les poches vides, le sang kabyle mais la langue arabe, et l’exigüité de la Kabylie posera un gros problème. Si l’autonomie (jouons le jeu et ne disons pas indépendance) de la Kabylie est un échec (tout athée que je suis, j’ai failli ajouter qu’à Dieu ne plaise malgré mon scepticisme), si la Kabylie n’a fait que régionaliser tous les problèmes et toutes les tares de l’Algérie arabo-musulmane, le flux migratoire se fera dans le sens inverse et il n’y aura pas un seul Kabyle qui ne souhaitera pas faire allégeance au khalifa arabo-islamique d’Alger quand bien même ce serait au prix du renoncement à ce qui caractérise le peuple Kabyle : la langue kabyle.

Je rêve d’être citoyen amazighe et de vivre pleinement mon amazighité et peu m’importe où en Afrique du Nord, je rêve d’avoir des papiers d’identité écrits dans la langue de mes ancêtres, de vivre publiquement mon athéisme sans devoir me cacher pour manger en temps de carême, de pouvoir exprimer mes opinions sans crainte, d’avoir une vie culturelle riche avec le pouvoir d’acheter des livres et des disques. Je rêve d’aimer librement, de me libérer de la pudibonderie islamique pour câliner ma belle y compris dans les lieux publics si je le veux. Mais pourrais-je le faire dans la république de Ferhat ? Il épargne tant l’islam que son silence me paraît être une complaisance envers lui pour ne pas dire une adhésion à ses principes. Qu’en sera-t-il des droits des femmes dans la république du Mak ? J’aime mon peuple parce que je m’aime moi qui en fais partie. Ce n’est pas narcissique. Si je ne m’aimais pas je me serais suicidé et mon peuple serait mort avec moi. J’aime donc mon peuple et par conséquent je nous souhaite un meilleur devenir mais je ne sais pas par quel chemin il faudra aller vers cet avenir. Est-ce par le chemin long et tortueux d’une Algérie libérée de tous les impérialismes et rendue enfin à elle-même, toute belle, parée de ces bijoux inestimables que sont la liberté et la démocratie, affranchie des dogmes négateurs des valeurs et des sentiments humains, apaisée et réconciliée avec son histoire et son identité culturelle, ou est-ce par celui, court mais imprévisible d’une Kabylie qu’on arracherait à la grande communauté amazighe comme on arracherait un œuf de son nid pour une couveuse sans garantie. Je ne sais que penser. Je donne raison aux plus pressés de vouloir en finir avec cet état léthargique dans lequel nous croupissons depuis l’indépendance mais aussi à ceux qui refusent d’être contraints d’occuper un réduit dans leur propre appartement confisqué. N’étant pas fin politique, je ne sais pas analyser les choses de la politique ; cette tare à démêler les écheveaux des stratégies et tactiques politiques me plonge dans une perplexité angoissante. J’envie tous les téméraires qui foncent sans peur de rien tout en me méfiant des impulsifs et des irresponsables. Je souhaite de tout mon cœur que la prochaine commémoration du trentième anniversaire du printemps 80 ne fauchera pas les vies de quelques enfants kabyles. J’ai peur pour eux. Depuis quelques années, c’est avec des cadavres d’enfants que l’élite kabyle construit les tribunes depuis lesquelles elle lance ses discours. C’est quoi la schizophrénie docteur ?

Le passager

1 Commentaire

  1. Arrêtez de comparer la kabylie à israel. Israel a volé la terre des gens qui y vivaient depuis toujours tandis que la kabylie a toujours été la terre des kabyles !

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