Comprendre la crise financière (essayer de…)

Nous, Kabyles, sommes accoutumés à sous-estimer ce qui vient de chez nous. Cependant, vous me permettrez, cette fois, de me référer à une parabole autochtone pour tenter de faire comprendre la crise financière qui menace les assises du capitalisme actuel.

Un paysan est allé demander à un voisin de lui prêter 1.000 douros en attendant la vente de la récolte d’huile. « Va chercher sur mon armoire à provisions [1]. Tu y trouveras la somme désirée. Dès que tu pourras le faire, tu la remettras à sa place sans que j’aie à te la réclamer. »

L’emprunteur vendit sa récolte mais omit de restituer le prêt. L’année suivante, il se trouva à court d’argent et alla de nouveau solliciter son créancier. « Retourne à l’endroit où tu avais pris de l’argent et sers-toi. » L’emprunteur y alla et trouva l’emplacement vide. Il s’empressa d’en informer le prêteur. « Si tu avais restitué le précédent prêt, tu aurais trouvé une fois de plus de quoi te dépanner. »

Bien évidemment, cette parabole est simplificatrice, mais, sur le fond, la crise a commencé par une histoire de prêts imprudemment consentis et non remboursés. De gros investisseurs américains avaient lancé de vastes programmes de construction de logements et les ont vendus à crédit à des ménages sans trop se préoccuper de leur solvabilité. Les anuités de remboursement étaient assorties d’un taux d’intérêt variable. Il est rapidement apparu que de nombreux acquéreurs ne pouvaient plus honorer leurs échéances. Les maisons étaient hypothéquées. Les acquéreurs défaillants en ont été expulsés, perdant ainsi leur mise initiale. L’organisme prêteur avait, en théorie, le droit de revendre les maisons ainsi récupérées mais, compte tenu de la faiblesse de la demande solvable, elles ne trouvèrent pas suffisamment d’acquéreurs. Or, dans l’activité bâtiment, le promoteur immobilier ne travaille pas avec son propre argent. Il emprunte auprès de banques et rembourse avec l’argent de ses clients. Il travaille aussi avec le crédit que lui consentent ses fournisseurs. Lorsque les acheteurs ne peuvent plus payer leurs dettes, tous les opérateurs qui se trouvent en amont perdent de l’argent. Quand les pertes dépassent un certain montant, c’est la mise en faillite.

En résumé, la crise est d’abord apparue à cause d’un excédent de la valeur des constructions sur les capacités de paiement des acheteurs.

Nous allons maintenant introduire la différence entre économie réelle et économie financière. La première concerne la quantité de main d’œuvre, les matières premières, les équipements, la production de biens et de services ayant une existence concrète. La seconde comprend les seules opérations sur les capitaux et les instruments qui les représentent, tels les actions, les obligations, les fonds divers. Ces instruments sont matérialisés par des jeux d’écriture au niveau des banques et autres établissements financiers. Nous verrons qu’il y a des interactions entre les deux domaines.

Selon un vieil adage, le crédit est l’âme du commerce. Il est toujours valable mais la règle d’or consiste à éviter l’apparition de déséquilibres durables entre les crédits octroyés et la capacité de remboursement des emprunteurs. Depuis une bonne dizaine d’années, les ventes à crédit et les prêts aux ménages et aux entreprises ont atteint des montants colossaux, créant ainsi une prospérité factice et fragile. Les opérateurs du marché financier ont cessé de faire la différence entre les créances garanties et les créances douteuse. Ils se sont mis à faire circuler en bourse des titres où se mélangeaient les opérations saines et les malsaines. C’est ce qu’on appelle la titrisation. Ceux qui achètent ces titres ne savent plus ce qu’ils détiennent en réalité. Il suffit alors que des défaillances d’emprunteurs atteignent un certain montant pour provoquer des faillites en chaîne (ce qu’on appelle de façon imagée un effet domino.) Retour ligne automatique
Dans les pays capitalistes, la règle de base est le libre jeu du marché. Cependant, lorsque les faillites risquent de devenir trop importantes, les Etats interviennent ! l’argent public (celui des contribuables) vient au secours de l’argent privé (celui des entreprises et des banques.)

Les Etats sont obligés d’intervenir, faute de quoi c’est tout le système capitaliste qui s’écroule. Nous retombons sur les connexions entre économie financière et économie réelle. Les dérèglements du système financier entraînent des restrictions en matière de crédit aux entreprises et aux particuliers. La production diminue, la consommation également. Le chômage s’accroit et aggrave la diminution de la consommation. La société entre alors dans un cercle vicieux d’appauvrissement qui, bien entendu, affecte surtout les catégories les plus défavorisées. Alors, contrairement à leur idéologie, les pouvoirs publics des Etats capitalistes se mettent à intervenir pour corriger les défaillances du marché libre.

Les crises économiques datent de plusieurs siècles. Karl Marx les a analysées avec beaucoup de lucidité. Longtemps les politiciens ont cru que l’appropriation collective des moyens de production serait la bonne solution, la garantie de sociétés prospères pour tous et équitables. L’histoire des dernières décennies a montré que le communisme n’est pas la solution idéale. Les restrictions aux libertés ne se sont pas accompagnées du bien être pour la majorité des populations. Le retour au capitalisme n’a pas mieux réglé les problèmes des anciens pays communistes. En définitive, le débat reste ouvert. Le système politique et économique reste à inventer qui saura concilier la prospérité matérielle, la justice sociale, la fin de tours sortes d’aliénation. L’espèce humaine le mérite-t-elle ?

Hocine Benhamza

Notes

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