Condition et obligations du dhimmi (II)

Le traité imposé aux Banu Nadir prit le nom de dhimma (« protection » humiliante), et ceux qui en furent soumis étaient appelés les dhimmis, les « protégés », parce qu’ils avaient été obligés de céder leur souveraineté et leurs terres contre une « protection » musulmane. Ce traité servit ensuite de modèle et constitua l’un des principes les plus couramment appliqués à tous les peuples sous domination musulmane à travers les siècles : Grecs, Ibères, Caucasiens, Syriens, Asiatiques, etc., de cultures, langues et religions différentes : chrétiens, juifs, hindous, bouddhistes, etc.

Dans les rares cas où les populations conquises, chrétiennes ou juives, avaient le droit de conserver leur religion (en Afrique du Nord, en Andalousie, etc.) elles devaient toujours le faire avec le statut de dhimmi caractérisé par le payement de lourds impôts : la djiziya (capitation versée annuellement) et le kharâj (impôt foncier versée pour continuer à exploiter son propre sol tombé sous administration musulmane). L’existence du non-musulman étant intrinsèquement un fait coupable, le payement de ces deux impôts représentait pour lui le rachat du droit de vivre. « Faveur » de l’islam accordée au non-musulman, « conformément à la volonté d’Allah ».

Toute atteinte d’un non-musulman aux obligations liées à sa situation de dhimmi est passible de mort. En fait, si le non-musulman est laissé en vie, c’est dans l’espoir de le convertir. Mais en attendant, son existence devra être économiquement rentable pour la communauté musulmane, à travers son investissement humain forcé et les lourds prélèvements fiscaux auxquels il sera soumis. Le paysan non-musulman était ainsi dépossédé de sa terre et ne pouvait plus la cultiver que comme un vulgaire métayer par le versement de ce kharâj qui dépendait de ses récoltes. Tout refus, même partiel, de payer ces impôts, était assimilé à une rébellion manifeste qui abolissait le statut de dhimmi et restaurait automatiquement le jihâd avec ce qu’il a d’encore plus cruel. « La moindre critique du statut des dhimmis est rejetée comme suspecte parce qu’elle entame le dogme de la perfection de la loi et du gouvernement islamique. Aussi la louange de la tolérance et de la justice de l’islam, accompagnée de gratitude, s’intègrent-elles dans les obligations exigées du dhimmi. » [1]

A l’origine, seules les populations juives et chrétiennes avaient le « privilège » d’être des dhimmis, car ne pouvaient obtenir ce statut de « protégées », uniquement les religions qui se réclamaient d’un prophète. Juifs et chrétiens sont connus dans l’islam sous l’appellation de « Gens du Livre » parce qu’ils possèdent, des écritures saintes. Cela dénote les connaissances approximatives qu’avait Mahomet et que possède la religion musulmane sur les autres religions. Contrairement à ce qui est souvent dit, il n’y a pas que les religions juive, chrétienne et musulmane, qui revendiquent avoir reçu la Révélation et possèdent des livres saints. Le zoroastrisme, et bien après, le sikhisme, déclarent aussi avoir reçu la Révélation divine, et leurs textes sont également consignés dans des livres qu’ils qualifient de saints : la Thora « al Tawrat » et les Evangiles « al Indjil ». Ainsi, les polythéistes d’Arabie n’avaient pas d’autre choix que « l’islam ou le glaive ». Mais le concept de dhimmi fut par la suite, selon les régions et les époques, élargi aux zoroastriens, bouddhistes, hindous et autres.

Le versement de la djiziya et de la kharâj se faisait généralement lors des cérémonies humiliantes, pour être en conformité avec le Coran (9/29) « Combattez ceux qui ne croient pas en Allah… Et combattez les gens du Livre [juifs et chrétiens], qui n’acceptent pas la religion de la vérité, jusqu’à ce qu’ils acceptent de payer la capitation de leurs propres mains, après s’être humiliés. » (Coran 9/29) ; et rappeler aux « protégés », s’il en était encore besoin, qu’ils sont impurs [2] et inférieurs aux « croyants ». Une situation qui entraînait, généralement, des vagues de conversions en masse, à l’islam, de ceux qui ne voulaient ou ne pouvaient les payer. Selon al Zamakhshari (1075-1144), un commentateur musulman, « la djiziya leur sera prise en les rabaissant et en les humiliant. Il (Le dhimmi) viendra en personne, à pied, en marchant. Quand il payera, il se tiendra debout, pendant que le percepteur sera assis. Le percepteur le tiendra par la nuque, le secouera et dira : paye le djiziya ! Et, pendant qu’il paye, on le frappera [3]sur la nuque. » [4]

Une bonne partie des surfaces agricoles de Jérusalem furent expropriées aux dhimmis dès les premières invasions musulmanes du VIIe siècle. Certains anciens propriétaires étaient devenus de simples métayers. Une situation qui perdura pendant plus de mille ans, c’est-à-dire jusqu’au XVIIe siècle sous l’autorité des sultans turcs.

A suivre…

Geneviève Harland

 

Notes

[1Bat Ye’or in Juifs et Chrétiens sous l’islam, les dhimmis face au défi intégriste, éditions Berg International, Paris, 1994, page 298.

[2« Onze choses sont impures : l’urine, l’excrément, le sperme, les ossements, le sang, le chien, le porc, l’homme et la femme non musulmans, le vin, la bière, la sueur du chameau mangeur d’ordure ». Ayatollah Khomeiny, Principes politiques, philosophiques, sociaux et religieux de , Ed. Libres-Hallier, Paris, 1979.

[3Le dhimmi est frappé parce que considéré par l’islam comme sous-homme.

[4Ibn Warraq, Pourquoi je ne suis pas musulman, chap. 9 : les conquêtes arabes et le statut des sujets non musulmans, page 283, L’Age d’Homme, Lausanne 1999, Suisse.

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