Conduire en Algérie

« Ils n’en mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. » [1] ou « des Algériens cinglés du volant »

Cent kilomètres de pseudo autoroute entre Alger et Tizi Ouzou. Vitesse limitée à 80 – du moins selon les panneaux. 80 quoi ? Ce n’est pas précisé.
S’il s’agit de kilomètres, c’est trop peu. De miles ? Un mile = 1609 mètres soit 80 x 1609 = 128,72 km. Peut-être était-ce pour ne pas désorienter nos amis (?) moyen-orientaux habitués au mile de leur ancien colonisateur ? Ou alors des verstes (une verste = 1067 mètres, soit 80 x 1067 = 858,36 km en souvenir de l’époque où nous faisions amis / amis avec l’Union soviétique ?

On peut penser à la lieue du Moyen-Âge ; elle mesure 4 km soit 80 x 4 = 320 km. C’est un peu beaucoup sauf à penser à ceux de nos milliardaires qui roulent en Maserati, Dieu merci on commence à en voir. Ou bien en souvenir des bottes de sept lieues mais nos concitoyens chaussent plutôt des claquettes. Selon toute vraisemblance, nos Ponts et Chaussées disposaient d’un stock de panneaux de 80 dont ils ne savaient que faire, alors ils les ont plantés sur l’autoroute. Vainement, car la seule limitation de vitesse respectée est celle qui dépend de la puissance de chaque véhicule.

Notre autoroute comporte souvent trois voies, parfois deux. Certains conducteurs annexent la bande d’arrêt d’urgence. J’en ai souvent croisé qui l’empruntaient à contresens.

La distance de sécurité est de 2 à 3 mètres par temps sec. Grace au ciel il l’est la plupart du temps. Sur route mouillée, l’écart peut atteindre une dizaine de mètres.

La file de gauche est occupée par des véhicules rapides (voitures légères mais parfois autocars et camions de 10 tonnes.) Si vous vous avisez de garder une distance de sécurité, des appels répétés de phares ou de furieux coups de klaxons vous mettent en demeure d’accélérer ou de changer de file. A défaut, on vous double à droite et on vous fait une queue de poisson (l’autoroute est le seul endroit où le poisson est abondant et gratuit.)

Certains conducteurs roulent sur la file de gauche puis soudain coupent en oblique les deux autres files et gagnent une sortie de l’autoroute.
Il n’est donc pas surprenant que le nombre d‘accidents soit élevé.

Sur les 100 km, un premier barrage à Boudouaou, un deuxième à Si Mustapha, un troisième à l’entrée de Tadmaït, un quatrième au niveau de Boukhalfa. Ralentir à chaque fois, une bonne demi-heure en tout.
Quand il n’y a pas d’accident, le trajet prend 1h.45 à 2 heures. Le moindre accident provoque des kilomètres de bouchon. D’abord sur la voie concernée mais aussi sur la voie parallèle car les conducteurs ralentissent, parfois s’arrêtent pour voir le spectacle (les distractions sont si rares.)

En cas de panne, inutile de chercher une borne téléphonique pour appeler du secours, il n’y en a pas.

Où faut-il chercher les causes de cette anarchie ? Permis de conduire délivré trop facilement ? Défaut de civisme ? Education de base défaillante ? Sanctions inexistantes ou insuffisantes ? Sommes-nous passés sans transition du quatre pieds au quatre roues ? Toujours est-il que la conduite en Algérie n’est pas une partie de plaisir.

Hocine Benhamza

Notes

[1 Jean de La Fontaine (Les animaux malades de la peste.)

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