Crise au sein des mouvements berbères

Congrès Mondial Amazigh : A qui profite la déchirure ?

Il y a quelques jours, j’étais à Québec (Canada), une belle ville qui venait de célébrer cette année, son 400e anniversaire, où s’est tenu le Sommet des chefs d’États et de gouvernement des pays francophones.

Parallèlement à ce sommet inter-états, il s’est tenu un autre sommet, celui des peuples autochtones ayant le français comme langue de partage. J’ai pris part en tant que militant de la cause amazighe.

Des Kanak de Nouvelle Calédonie, des Amérindiens de Guyane, des Ma’ohi de Polynésie, des Inuits, des Innus, des Cris et Wendake du Québec, des Berbères d’Afrique du Nord et du Sahel, des Batwa, des Peuls, des M’bororo d’Afrique centrale et autres peuples étaient au rendez-vous de ce 2e Congrès des peuples autochtones francophones pour discuter des problèmes dans leurs pays respectifs et interpeller à l’occasion leurs chefs d’Etats réunis à Québec pour l’application de la Déclaration des Nations unies sur les peuples premiers adoptée en septembre 2007 par l’Assemblée générale de l’ONU. C’était cela, le but et le message du sommet auquel j’ai pris part.

Lors de ce Sommet, un des participants, membre d’une ONG internationale basée en Europe, mais, néanmoins, militant pour la cause et connaissant bien les Amazighs m’a accosté durant la pause, en marge des travaux, en voulant savoir ce qui se passe au sein du Congrès mondial amazigh. Certainement qu’il a eu vent des dissensions dans cette association à travers Internet. J’étais alors dans la gène ne sachant quoi répondre. Bien évidemment, j’ai tenté, tant bien que mal, de minimiser le conflit interne du CMA, et par là, de rassurer l’étranger sur le combat légitime pour notre identité, faisant fi des problèmes internes propres à toutes les organisations du monde.

Cette interpellation ne m’a pas laissé indifférent, même si j’ai décidé, de ne pas intervenir dans le débat agité tel un brouhaha au sein du CMA.

En tant qu’ancien vice président du C.M.A. (de 1999 à 2005), je dois rappeler pour la mémoire et l’avenir que j’ai démissionné de cette organisation à la veille du 4e congrès général de Nador en août 2005 par une lettre rendue publique par voie de presse. Dans cette lettre reprise par quelques quotidiens nationaux, j’avais tiré la sonnette d’alarme quant à la gestion bédouine et la mainmise sur le CMA par une personne qui voulait contrôler cette ONG comme une épicerie du coin. Bien évidemment, à cette époque, personne ne m’avait écouté. Je me suis retrouvé seul face à un ordre établi. Et bien sur, quant on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage, comme disait l’adage. Pour être clair, le président en exercice du CMA – ancien, actuel et … probablement futur président ( ?) – avait, génialement, trouvé un prétexte fallacieux pour « geler mes activités » pour ensuite m’exclure, en violation des statuts, pour, tenez-vous bien, « mon appartenance à un parti politique ». C’était à la période de la chasse aux sorcières, où, une autre organisation, le mouvement des archs avait pris la décision d’exclure les délégués ayant un lien organique avec un parti politique. C’était scandaleux d’en arriver là et insultant pour la démocratie. Car au nom de quel principe et logique démocratique peut-on interdire aux militants de s’engager politiquement ? Peut-être parce que les militants politiques sont incorruptibles et que les mauvaises langues veulent les diaboliser afin d’avoir un contrôle sur tout mouvement de la société. Et le CMA ne peut échapper à la règle tout comme le mouvement des archs…

Revenons à la situation actuelle qui prévaut au sein du CMA. Le comble dans tout cela, c’est que tous les membres actuels du CMA – les deux clans qui s’affrontent maintenant et surtout les membres qui s’acharnent contre le président actuel – étaient tous complices de mon exclusion, parce qu’ils y trouvaient, leurs comptes. Mais comme dit l’adage : les loups affamés se dévorent entre eux quand …

Hélas, malheureusement, dans tout ce cirque kafkaïen qui mine l’honorable jeune organisation née spontanément à Saint Rome de Dolan en 1995, par guerre de communiqués, c’est la cause amazighe qui est frappée de plein fouet, surtout, envers les ONG amies et autres partenaires crédibles et sérieux qui suivent de près notre cause de l’extérieur. Je parle par connaissance de cause.

Trop d’imposteurs et d’usurpateurs, sans parcours militant, ont émergé par intrusion dans le mouvement amazigh ces dernières années, au moment où les militants sincères et crédibles s’éclipsent ou se mettent à l’écart pour des raisons diverses. Et c’est ce qui profite aux aventuriers et opportunistes de tout acabit.

Pour ma part, je refuse et je refuserai de nager dans une eau trouble comme le font certains. Je ne soutiens aucun clan au détriment d’un autre. Ni moi, ni aucun autre membre de l’Association que je préside ne prendra part au congrès de Meknes, ni à celui de Tizi Ouzou.

Par contre, je plaide pour une rencontre bilan qui devrait regrouper tous ceux qui ont occupé des postes de responsabilités au sein du CMA depuis sa création, à ce jour, pour avoir une bonne visibilité à l’avenir. C’est une question d’éthique et de morale. A contrario, il revient aux membres fondateurs de sortir de leur coquille pour se réunir et décider d’une sortie honorable afin de mettre le sigle CMA au musée. C’est ainsi qu’on rendra service au mouvement amazigh et à l’histoire. Ce jour-là, on rendra à César ce qui appartient à César…

Moh Si Belkacem
Militant de la cause amazighe
Ancien vice président du CMA.

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