De la véritable gloire de la philosophie

J’ai à lutter, me direz-vous, contre cette foule d’obstacles que vous m’avez signalés. Ajoutez : Et surtout contre moi-même. Vous êtes pour vous un obstacle bien grand ; vous ne savez ce que vous voulez ; vous vous entendez mieux à louer la vertu qu’à la pratiquer ; vous voyez où réside le bonheur, et vous n’osez pas l’atteindre. Or, ce qui vous arrête, je vais vous le dire, car vous me paraissez bien peu vous en douter.

C’est qu’ils sont grands à vos yeux, les biens que vous allez quitter ; c’est que, tout en aspirant à la sécurité qui va être votre partage, vous êtes encore sous le charme de cette vie d’éclat qu’il faut abandonner, et au sortir de laquelle vous vous imaginez ne rencontrer que ténèbres et que méprise.

Erreur, Lucilius : de votre vie à celle du sage, on ne descend pas, on monte. Autant la lumière diffère de la clarté, puisqu’elle a sa source en elle-même, et que la clarté est produite par un éclat étranger, autant ces deux vies diffèrent entre elles. L’une, brillant reflet d’une lumière extérieure, s’éclipse sur-le-champ, dès qu’on vient à l’intercepter ; l’autre tire d’elle-même sa splendeur.

L’étude de la philosophie vous donnera la gloire et la célébrité. J’en atteste Epicure. Il écrivait à Idoménée ; il voulait d’une vie de représentation, ramener à la solide, à la véritable gloire, ce ministre d’un pouvoir inflexible, alors chargé des plus grands intérêts : « Si la gloire est votre mobile, mes lettres vous en donneront plus que ces grandeurs que vous encensez et qu’on encense en vous. » Et n’a-t-il pas dit vrai ? Qui connaîtrait Idoménée, si son nom ne s’était rencontré dans les lettres d’Épicure ? Tous ces grands, ces satrapes, ce potentat lui-même dont l’éclat rejaillissait sur le ministre, tous ont disparu dans le gouffre de l’oubli.

Les épîtres de Cicéron ne laisseront point périr le nom d’Atticus. En vain Atticus eût eu pour gendre Agrippa ; en vain Tibère eût épousé sa petite-fille ; en vain Drusus César eût été son arrière-petit-fils ; parmi ces noms illustres, le sien resterait ignoré, s’il n’eût été consacré par Cicéron. Les flots amoncelés du temps passeront sur nos têtes, mais quelques génies s’élèveront encore au-dessus de l’abîme, et, bien que destinés à partager le même néant, ils lutteront contre l’oubli et ne. céderont qu’après de longs efforts.

La promesse que put faire Épicure à Idoménée, je vous la fais, cher Lucilius. J’aurai quelque crédit auprès de la postérité ; je puis étendre à d’autres noms la durée qui attend le mien. Notre Virgile a promis une gloire immortelle à deux héros, et il la leur a donnée : Couple heureux ! si mes vers vivent dans la mémoire, ’ Tant qu’à son roc divin euchainant la victoire. L’immortel Capitole asservira les rois, Tant que le sang d’Énée y prescrira des lois, A vos noms réunis on donnera des larmes.

Tous ces hommes que la fortune a produits sur la scène, qu’elle a faits les organes et les agents du pouvoir d’autrui, tous, pendant leur faveur, ont joui d’une grande considération ; tous ont vu leurs portes assiégées de flatteurs ; une fois tombés, l’oubli en a fait prompte justice. L’admiration qu’inspire le génie s’accroit avec le temps ; mais la postérité ne borne pas ses hommages à lui seul ; elle accueille avec transport les noms qu’il a attachés au sien.

Puisque Idoménée s’est présenté sous ma plume, il paiera cet honneur ; il acquittera le tribut de ma lettre. C’est à lui qu’Épicure adresse cette célèbre maxime, pour le détourner d’enrichir Pythoclès par la route battue et semée d’écueils : « Voulez-vous enrichir Pythoclès, n’ajoutez point à ses richesses, ôtez à ses désirs. » Maxime trop claire pour être commentée, trop positive pour qu’on y puisse suppléer. Seulement, je vous en avertis, ne croyez pas qu’elle concerne les seules richesses ; vous pouvez l’appliquer à tout, sans qu’elle perde de sa justesse. Voulez-vous rendre Pythoclès honorable, n’ajoutez pas à ses honneurs, ôtez à ses désirs. Voulez-vous rendre Pythoclès perpétuellement heureux, n’ajoutez pas à ses jouissances, ôtez à ses désirs. Voulez-vous donner à Pythoclès la vieillesse et une vie pleine, n’ajoutez pas à ses années, mais ôtez, ôtez à ses désirs.

De telles maximes, pourquoi les attribuer à Épicure ? Elles sont à tout le monde. On devrait, selon moi, adopter pour la philosophie l’usage quel’on suit au sénat. Un sénateur ouvre-t-il un avis dont une partie me convienne, je l’invite à la détacher du reste, et j’y adhère. Mais un autre motif me porte encore à citer les belles maximes d’Épicure. Il en est qui les adoptent dans l’espoir criminel d’en faire un manteau à leurs vices ; je veux leur apprendre que, partout où ils iront, ils seront forcés de vivre honnêtement. Prêts à entrer dans les jardins d’Épicure, ils voient sur la porte cette inscription : « passant, voici l’heureux séjour où la volupté est le souverain bien. » Le gardien de ces lieux leur prépare un accueil affable, hospitalier ; il leur sert de la farine détrempée, de l’eau en abondance. « N’êtes-vous pas bien traités ? Dans ces jardins, on n’irrite pas la faim, on l’apaise ; on n’allume pas la soif par les boissons elles-mêmes, on l’éteint de la manière la plus naturelle et la moins coûteuse. »

Voilà les voluptés au sein desquelles j’ai vieilli. Encore, je ne parle que de ces besoins auxquels on ne peut donner le change, et que l’on ne fait taire qu’en leur accordant quelque chose .Quant aux désirs contraires à la nature, que l’on peut distraire, corriger, étouffer même, je n’ai qu’une chose à vous dire : Tel désir n’est pas naturel, n’est pas nécessaire ; vous ne lui devez rien. Si vous lui faites quelque sacrifice, c’est que vous le voulez bien. Le ventre, au contraire, est sourd à la raison ; il exige, il crie ; et cependant ce n’est pas un créancier onéreux ; on s’en débarrasse à peu de frais ; il suffit de lui donner ce qu’on lui doit, et non pas tout ce qu’on peut.

Sénèque Lettres à Lucilius . Lettre XXI

1 Commentaire

  1. tant q vous n’ecrivez pas en amazigh, vous n’arriverai jamais á exprimer vos idées parfaitment, puisque vous utilisez une langue empruntée, vous serai infiniment esclave des autres.
    vous niez votre passé, present et future en denigrant les quelque verbes phrases et mots kavyle que les vieux et les vieilles nous ont appris. vous vous mutilez inconsciemment.
    dites moi, pourquoi lounes ecris ses chansons avec une recherches bien approfondis. tu crois qu’il utilise tout le vocabulaire de son village, non, il emprunte beaucoup dans le parlé d’autres regions. son message est claire, il aurait pu chanter facil .
    je ne suis nulmebt contre les langue etrangeres, mais se chercher la perfection dans les langues des autres, et laisser la sienne dans les cavernes, est un manque de respect a soit, et sa culture .
    sorry for being straight .

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