Dialogue en fumée…

Je vous demande de vous transporter dans un café à Cergy. Pour ceux qui connaissent Cergy, ils n’auront aucun mal… pour les autres, voilà à quoi cela ressemble : Un café au premier étage d’un bâtiment au milieu d’un centre commercial dans une banlieue parisienne et dans une cité dont la laideur célèbre l’apogée architecturelle des années 80. Le café pourrait s’appeler « le rendez-vous des voyous » ou bien « Le Saint plus rien à espérer » ou encore « le café des remords ». Mais le patron ou le gérant ont simplement choisi de mettre le prix des consommations à la place d’un nom.

On arrive dans ce café vers 08h00 du matin. Mon ex-amie était étudiante et moi un touriste. Mon amie était obsédée par une question : « comment… tu vois notre futur ? ». Une question qu’elle posait toujours en regardant derrière elle. Et je répondais avec confiance : « Que puis-je ajouter à cette glorieuse nuit où le vent de l’amour a soufflé de tous les horizons, sauf à travers cette fenêtre maudite de ta chambre. Puis-je un jour espérer trouver un amour qui se répand en moi aussi rapidement que l’eczéma qui se répand sur ta poitrine ? Et où… où trouverais-je une femme qui possède une multi-personnalité comme la tienne. J’aurais l’impression de coucher avec une femme différente chaque nuit et parfois une demi-douzaine dans la même nuit ? Allons ! » Je pris sa main dans la mienne qui est toujours un geste qui sert de tampon de la sincérité des propos. Je la regardais avec les yeux d’un chien à la fourrière et dont personne ne voudrait.

Soudain, un couple de Français d’un âge obscur, c’est-à-dire la quarantaine vient à mon secours. Ils prennent place à une table à proximité de la nôtre. Sans dire un mot, ils sortent chacun leur journal. L’un le Figaro, l’autre le Parisien. Le jeune serveur vient et prends leur commande. Quelques instants plus tard, il revient avec un café au lait et un croissant pour le monsieur ; un café noir et un pain au chocolat pour la dame. Ils posent leur journal et finissent précipitamment leurs déjeuners. Ils sortent en synchronisation leurs paquets de cigarettes. La dame sort un paquet de Marlboro Light et le monsieur, un paquet de Marlboro rouge. La dame est plus rapide, elle sort une cigarette nerveusement et l’allume aussitôt en regardant le monsieur dans les yeux. Le monsieur fait de même et va à la rencontre de son regard. Et là, là commence un dialogue écrit en fumée.

La dame tire sur la cigarette avec une certaine rage et écrit :
- « Dis-moi ! Qu’est-ce que je fais avec un con comme toi ? » en montrant le chemin du cendrier a la cigarette.
- « Je me le demande aussi conasse. » Lui répond le monsieur en croisant les bras.
- « J’ai gaspillé les meilleures années de ma vie avec toi ! » réplique-t-elle sous un autre nuage de fumée.
- « C’est déjà grâce à moi que tu as une vie ! » le monsieur choisissant d’écrire cela à travers ses narines.
- « Et cela se croit un homme en plus. » Écrit-elle en regardant le cendrier.
- « Même si je l’étais, tu serais incapable de le reconnaitre. » Écrit-il en débarrassant sa cigarette de sa cendre.
- « Paie les consommations et ferme ta gueule ! » écrit la dame en mettant ses coudes sur la table.
- « Si je pouvais, je t’écraserais comme ça ! » écrit le monsieur en écrasant son mégot.
- « Même cela est au-dessus de tes capacités. Regarde comme on fait ! » écrit la dame en écrasant violemment son mégot.

Le couple se lève et se dirige silencieusement vers le comptoir.

Mon ex-amie me redemande encore si on a un futur ensemble toujours en regardant derrière elle. Je me lève et me dirige vers le comptoir en lui disant : « oui, quand tu seras confortable avec ton passé. »

Hmimi O’Vrahem

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