Don Aqecut : Le message aux Kabyles

« Ketchini rouh nek adh qqimegh »

Dans son message d’outre-Atlantique adressé aux Kabyles, Don Aqecut se garda de prévenir les manifestants du 20 avril, qu’il avait invités à marcher, de son absence parmi eux, malgré l’engagement qu’il avait pris à la télévision. Il n’estima pas non plus nécessaire de s’en expliquer devant les militants appelés à se mobiliser en masse pour donner consistance à l’intense activité diplomatique qu’il déployait à l’étranger. En homme averti de la nature humaine, Don Aqecut savait que le meilleur des chefs courrait à sa perte dès qu’il se lançait dans des justifications et, pire encore, dans des excuses devant des troupes qui attendent l’arme au pied des ordres clairs. En lieu et place des excuses, il tricota quelques formules, supposées remuer les tréfonds de l’âme kabyle, afin de doper l’enthousiasme des jeunes et faire oublier son absence. En outre, il allait suppléer à cette absence physique, en chargeant le chouari de son âne de portraits géants en plastique que les manants kabyles allaient porter en tête des marches.

Son message, tout comme son attitude, furent diversement appréciés. Les plus sceptiques des anciens rappelèrent aux plus jeunes qu’en 1994, déjà, il avait soustrait ses enfants au boycott scolaire pour lequel il avait activement milité. Mais ses plus fervents soutiens mirent en avant le caractère historique de ce 20 avril 2011 et firent valoir que l’heure n’était pas aux tergiversations au moment précis où tous les moulins à vents avaient déclenché une offensive sans précédent contre Don Aqecut en personne, devenu l’icône du peuple kabyle. En conséquence, ils se devaient d’apporter, précisément à la personne de Don Aqecut, un soutien sans faille. Les plus audacieux n’hésitèrent pas à affirmer que, dans cette conjoncture, le drapeau amazigh passait en arrière-plan derrière le portrait en plastique de Don Aqecut devenu leur véritable emblème.

Hélas ! Cet enthousiasme ne fut pas partagé par tous. Pour la manifestation devant célébrer Printemps Berbère et Printemps Noir réunis et, par dessus tout, signer la suprématie de Don Aqecut sur la scène politique kabyle, ils n’étaient que quelques centaines à avoir répondu à un appel martelé une année durant par une campagne de préparation dans laquelle Don Aqecut en personne n’avait pas ménagé sa peine…
Tout autre individu que Don Aqecut se serait effondré devant cet échec cuisant. Pas lui.
Du jour où un conseiller à la communication lui avait expliqué qu’un événement en politique ne valait que par la représentation qui en était donnée à l’opinion, car cet événement n’existait dans la conscience collective qu’à travers les récits qui en étaient faits, Don Aqecut surmontait les obstacles les plus hauts, traversait les épreuves les plus dures sans même s’y arrêter. De ce principe dont il n’était pas très sûr d’avoir saisi toutes les nuances, Don Aqecut en avait retenu une version simplifiée : sur n’importe quel événement, il pouvait dire n’importe quoi. L’essentiel étant, non le fait lui-même, mais ce qu’on en disait. Il pouvait ainsi transfigurer un échec retentissant en une victoire tout aussi retentissante, il lui suffisait pour cela d’avoir le toupet d’affirmer avec vigueur que l’événement dont il parlait était un immense succès.

Aussi se gaussa-t-il avec une condescendance non dissimulée d’un journal qui avait évalué à 150 le nombre de ses marcheurs en ce 20 avril 2011, un autre qui avait poussé la générosité jusqu’à le créditer du nombre de 800 eut droit aux mêmes sarcasmes. En vertu du principe rappelé plus haut et qui l’avait maintes fois tiré d’embarras, il appliqua, un coefficient correcteur de 100 et annonça sans rire 50.000 marcheurs derrière ses moustaches pour la seule ville de Tizi-Ouzou et 80.000 pour l’ensemble de la Kabylie. Et pour ne laisser place à aucun doute sur ce point, il s’indigna de la nouvelle stratégie adoptée par les moulins à vent qui, au lieu de le « diaboliser », comme par le passé, avaient désormais décidé de déprécier ses actions, voire de les ignorer…

Mais, plus que ces marches, l’initiative qui lui est allée droit au cœur, celle qui à ses yeux valait vraiment la peine d’être mentionnée dans sa conférence de presse, c’est l’installation de comités de son soutien à son GPK, qu’il identifie à un soutien à sa personne. Pour saluer cette initiative-là, la seule dont il fit état avec une joie non contenue, il sut trouver le mot juste : « fantastique ! » s’était-il écrié, avant d’inviter tous les Kabyles à faire de même.

Don Aqecut n’eut pas le temps de se remettre de la fatigue causée par un mois d’avril intense que le mois de mai démarra en trombe avec la coupe d’Algérie de football remportée par la JSK, le premier jour du mois. À l’occasion de cette coupe gagnée dont il tirait pourtant une légitime fierté, Don Aqecut habituellement peu avare en félicitations, ne congratula personne cette fois. Il s’estimait en effet en situation de recevoir les félicitations et non d’en présenter. Toutefois, celles-ci n’étant venues de nulle part, il décida de marquer son territoire d’une autre manière, toujours solennelle, en « dédiant cette victoire sportive aux victimes du Printemps Noir ». Pourtant, ce qui aurait dû être le comble de sa joie à l’aube de ce joli mois de mai s’est transformé en martyre lorsque, installé devant son poste de télévision, impatient de savourer le moment où d’hardis serviteurs allaient subrepticement déployer dans les tribunes du stade du 5 juillet d’Alger son portrait en plastique, l’arbitre siffla la fin de la partie sans que l’événement qu’il attendait ardemment ne se produisit, il vit au contraire apparaître sur l’écran de son téléviseur, non son sourire benoît mais celui, sardonique, du Nain l’Usurpateur qui, hissé sur un caisson, tout momifié, trouvait encore suffisamment d’énergie en lui pour officier à la cérémonie de remise de Sa Coupe à lui. Il se sentit amèrement dépossédé. Les vigiles du Nain l’Usurpateur ayant confisqué à l’entrée du stade toute banderole subversive, la désillusion de Don Aqecut fut cruelle lorsqu’il apprit plus tard que ses serviteurs, pragmatiques, ne furent pas mécontents d’avoir été délestés de leur encombrant et lourd fardeau, son portrait géant plastifié !

Mais le Nain l’Usurpateur ne perdait rien pour attendre. Don Aqecut avait catégoriquement rejeté la révision constitutionnelle proposée par le Nain l’Usurpateur à qui il a nié toute légitimité pour organiser un quelconque référendum en dehors du référendum sur l’autonomie de sa Province. Dans sa conférence de presse, Don Aqecut avait prévenu le Nain l’Usurpateur que s’il s’entêtait dans son refus d’organiser un tel scrutin « nous organiserons nous-mêmes le référendum ! » avait-il asséné.

Et les mises en garde de Don Aqecut ne sont pas paroles en l’air. Il l’a encore prouvé tout récemment avec la suite qu’il a réservée à ses engagements pris sur sa participation aux manifestations du 20 avril 2011. Pour le référendum, il a élaboré dans le plus grand secret un plan tout aussi diabolique. Par le même canal dont la fiabilité ne lui a jamais fait défaut, le chouari de son âne, il fera parvenir en Kabylie un énorme bulletin de vote, plus grand encore que son portrait en plastique, plus géant qu’une aile de moulin à vent, d’une dimension si démesurée que toutes les tricheries du Nain l’Usurpateur ne pourront rien changer à l’issue du référendum qui le sacrera, lui, Don Aqecut d’Illula, Premier du nom, Roi de Kabylie.

à suivre…

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