Éducation en Algérie : encore un effort pour être complètement abrutis !

On connait la boutade, célèbre en Kabylie, qui veut que « l’école algérienne forme des analphabètes trilingues », ne maîtrisant que très imparfaitement l’arabe, le français et le kabyle. Heureusement, grâce à la reforme imposée par le ministre de l’éducation nationale, le bien nommé Benbouzid, les écoles d’Algérie formeront maintenant des crétins unilingues. On n’arrête pas le progrès.

On se souvient que depuis 2002, un certain espoir s’était empare des « progressistes algériens » autoproclamés. C’est en effet cette année là que la commission de M. Benzaghou, avait rendu publics ses travaux et conclusions, très officiellement diligentés par le président Bouteflika. Benzaghou et ses collègues proposaient une réforme du système scolaire afin qu’il prépare enfin l’élève à s’adapter au monde moderne. Dans les grandes lignes, la commission demandait plus de matières d’éveil personnel (art et culture), plus de langues de communication internationales (anglais, français) et une baisse de l’influence de la religion sur les programmes.

Rappelons qu’à l’heure actuelle le système scolaire algérien est une usine à produire des sous-qualifiés. Seuls 8% d’une classe d’âge décrochent le baccalauréat. On sait qu’en France l’objectif, presque atteint, est de 80% d’une classe d’âge au bac. Les dirigeants algériens, qui passent l’essentiel de leur temps à essayer de singer l’ancienne métropole, ont dû oublier le 0 après le 8 lorsqu’ils ont déterminé leur politique éducative. Oubli d’ailleurs étrange de la part d’un état arabiste, puisqu’il paraît que ce sont les Arabes qui ont inventé le zéro.

Dans un premier temps, Abdelaziz Bouteflika a fait mine de suivre les recommandations de sa commission. La musique et le dessin ont été réintégrés dans les programmes scolaires, d’où ils avaient été chasses pas les islamistes. On évoquait la suppression du « baccalauréat option charia » et l’introduction du français plus tôt dans le parcours scolaire de l’enfant. Mais comme d’habitude avec le pouvoir algérien, toutes ces réformettes cosmétiques n’étaient mises en vitrine que pour appâter les gogos « moudirnistes » du « hizb fransa ». Le ministre Benbouzid vient d’annoncer le véritable contenu des reformes, et il y aurait matière à rire, si ce n’était pas si tragique.

Là où la commission Benzaghou demandait « plus de français et d’anglais », Benbouzid répond « plus d’arabe » (l’enseignement d’arabe passe de 1 554 à 1 740 heures dans le primaire). Quand Benzaghou dit « plus de sciences », Benbouzid rétorque « plus d’histoire » (doublement du volume horaire de l’histoire dans le primaire). Précision pour les naïfs : en Algérie, histoire ne veut pas dire étude critique et raisonnée du passé, mais embrigadement et bourrage de crâne nationaliste, où trône la Sainte-Trinité algérienne : Oqba ibn Naafa (pillard bédouin), Abd-el-Kader (goumier de luxe) et Houari Boumediene (dictateur stalinien). Et finalement, lorsque Benzaghou suggère à demi-mot la « désislamisation » de l’enseignement, Benbouzid annonce que l’instruction religieuse sera renforcée, au point de devenir une matière obligatoire au bac en 2008, même dans les filières scientifiques.

Les choix du ministre sont sages et courageux. En effet, comment ne pas saluer la détermination d’un homme qui, malgré les épreuves, persévère sur la voie glorieuse du sabotage des cerveaux des enfants de ses compatriotes ? Alors que des chercheurs arabes annoncent dans l’ Arab Human Development Report que l’arabe n’est plus depuis bien longtemps une langue de connaissance, que chaque année plus de livres sont traduits en grec (la Grèce étant un petit pays de 11 millions d’habitants) que dans tout le monde arabe (300 millions de personnes, de la Mauritanie à Oman) et que davantage de livres sont publiés par an en Espagne (42,3 millions d’habitants) que dans l’ensemble du monde arabe (dans lequel, au passage, plus de la moitié des livres publiés sont à caractère religieux), l’état algérien cherche à arabiser toujours plus ses enfants.

En effet, quels besoins ont-ils d’apprendre le français et l’anglais (sans même parler de tamazight, ces borborygmes incompréhensibles et barbares) ? Absolument aucun. L’anglais ou le français sont des langues utiles pour s’initier à la science, la philosophie et la littérature. Des matières qui ouvrent des portes vers le monde moderne, celui de l’initiative et de la liberté de pensée. Mais pas de ça chez nous ! L’Algérie a fait depuis 1962 le choix de se détourner du monde moderne (Amérique du Nord, Europe, Asie) et de se tourner vers le monde arabe.

En toute logique, Benbouzid propose encore plus d’arabe à l’école afin de dresser définitivement ces quelques Algériens qui chercheraient malgré tout à se raccrocher comme ils le peuvent au monde moderne (via la parabole, l’internet, les écoles privées…). Et, comme il le dit lui-même, il ne fait « qu’appliquer les décisions prises en conseil des ministres », c’est-à-dire des décisions validées par le premier ministre Ouyahia et le président Bouteflika, lesquels ne font eux-mêmes que perpétuer la bonne vieille politique algérienne instaurée lors de la création de cet état en 1962.

La logique Benbouzidienne repose sur une démonstration imparable :
1 – L’Algérie n’est pas un pays qui favorise la science et la liberté de pensée, c’est un pays arabe.
2 – Pour être un vrai pays arabe, il faut que les gens y parlent arabe. Enseignons donc l’arabe à l’école, même les gosses qui ne sont pas arabes au départ le deviendront.
3 – Pour nourrir les cerveaux d’enfants ainsi transformés en cerveaux arabes, il faut trouver des livres en arabe. Manque de chance, il y a très peu de livres en arabe qui ne parlent pas de religion. Pas grave, on leur refourguera des livres religieux.
4 – Pour rentabiliser l’arabisation de l’école, on augmente les heures de cours de religion, afin que les enfants aient l’occasion de lire et apprendre par cœur des livres en arabe, parlant de la religion des Arabes.
5 – Plus les Algériens qui passent par l’école n’y apprennent que langue arabe et religion islamique, plus l’Algérie devient un pays arabe.

La boucle est bouclée, on peut repartir pour un tour. Encore un effort, grâce au travail acharné de l’état algérien, ce pays atteindra bientôt, comme cela semble être son but, le niveau de développement intellectuel de l’Arabie Saoudite (islamisme à tous les étages) allié au niveau matériel de l’Egypte (dont le PIB par tête est actuellement de près de moitié inferieur au PIB par tête algérien, mais que les Algériens continuent d’admirer comme un « leader à imiter »).

Le plus tragique dans cette histoire est que l’on n’entend guère les organisations à composante kabyle, les FFS, RCD, MAK, aarchs dialoguistes ou non, UDR, protester contre ce saccage mental. Apparemment il y a des choses plus importantes pour eux que la transformation d’enfants kabyles en mutants arabo-islamistes. Comme le fait de savoir qui sera vice-président de l’APW de Tizi-Ouzou après le prochain renversement d’alliances partisanes par exemple. Ca c’est vraiment important. Heureusement qu’ils ont le sens des priorités. Sans eux, la Kabylie serait perdue.

Hocine Benhamza

 

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