Élections locales en Kabylie : La couillonnade de trop ?

Une énième élection, les locales du 29 novembre prochain, est quasi imposée aux citoyens qui semblent plus que jamais désarçonnés face à ces joutes qu’ils subissent à satiété depuis des décennies sans que rien ne change dans leur vie, chaque année plus hypothétique et des candidats à chaque élection moins compétents et plus portés par des considérations personnelles et/ou claniques. Une semaine après le coup d’envoi de la campagne électorale, le pouls est au point mort et pour cause, au-delà de la difficulté pour les candidats, toute tendance confondue, à s’assumer face à une population qui n’en veut plus de ces « opportunistes au discours creux et sans lendemains », il y a aussi une profonde crise de confiance qui se traduit par le rejet quasi pavlovien de la chose politique en général ; véritable Cour des Miracles, et des appareils partisans en particulier ; des partis qui sont considérés par le citoyen lambda comme l’excroissance pathologique d’un système honni qui doit son maintient aux affaires grâce, bien sûr, à la rente pétrolière mais aussi à cause de la compromission d’une opposition politique qui n’est, au final, qu’un artifice produit et domestiqué par un régime despotique en mal de reconnaissance, pour lui servir de façade pluraliste, en contrepartie de compromissions sous une trame carriériste et son lot de privilèges indécents notamment en ce qui concerne les députés des deux chambres d’enregistrement du Régime que sont l’APN et la « chambre haute » appelée pompeusement « Sénat »… primes alléchantes, salaires de députés défiant la raison, privilèges financiers et autres qui sont offerts à de pseudo opposants qui ont réussi le pari de transformer d’authentiques mouvements politiques en appareils vidés de leur substance idéologique, de leur militance et rongés par l’ambition personnelle et son corollaire le carriérisme et l’opportunisme primaire qui prennent appui sur le pernicieux tandem « faux discours virulents – vrais reniements politiques factuels ».

Cet état de fait préexistant s’est, en fait, enlisé depuis la cooptation de Bouteflika en 1999 ; l’aubaine du pétrole à plus de 100 $/baril aidant, l’option « acheter la paix sociale » par la corruption et le recrutement-recyclage d’une large clientèle allant de simples citoyens fragilisés par la misère de tous les jours aux dirigeants de partis dits de l’opposition en passant par une clientèle bon marché, avide d’argent et qui, plus est, offre l’avantage de la renommée qui sert la Com. Officielle et par ricochet, la manipulation d’une partie de l’opinion par la surmédiatisation de ces figures connues sur le plan sportif, artistique, politique et autres… s’est, peu à peu, imposée dans l’esprit du régime comme l’un des moyens clés pour réussir une stabilité de façade et donc son propre sursis.

A cela, s’ajoute une gestion des collectivités locales par une pseudo opposition qui n’a absolument rien à envier à celle de l’époque du parti unique tant les méthodes iniques se ressemblent et les résultats très insatisfaisants pour ne pas dire que, dans bien des cas, ils ont été carrément catastrophiques. Cela se traduit souvent, à juste titre d’ailleurs, dans l’esprit du simple électeur, désabusé après chaque mandat électoral, en ces termes : « Si c’est pour reproduire les manigances et les contre-performances du FLN, à quoi bon ce multipartisme et à quoi servent toutes ces élections budgétivores ? ».

Ainsi, on l’aura noté, le citoyen Kabyle ne croit plus à ces joutes électorales ni aux partis politiques qui auront déçu plus d’un, par de multiples positionnements politiques contre-nature, par un fonctionnement interne digne du stalinisme, par des discours virulents vis-à-vis du pouvoir qui se révèlent à chaque fois, à des années lumières des actes et des positions respectant religieusement le « jeu institutionnel » imposé par ce même Pouvoir, comme le fait de siéger dans une APN fantoche pour des considérations purement pécuniaires et, comble de l’indécence, oser reprocher à d’autres « cupides » d’y aller à leur tour ( !)… Le discrédit de l’opposition qui aura totalement perdu le formidable engouement populaire qu’elle avait suscité au début des années 90, est plus que jamais irréversible tant la suffisance, le mépris et la déconnexion des réalités profondes du peuple sont aujourd’hui les principales caractéristiques de partis qui ne sont plus que des coquilles vides de sens et d’identité politique et débordantes de carriéristes et autres candidats abonnés aux mascarades électorales.

Ce discrédit populaire sans appel qui s’est traduit, sans discontinuer depuis « la dernière fraude du siècle », en 1999, qui aura parachuté l’actuel locataire de la présidence algérienne, par une abstention systématique de près de 80% des électeurs Kabyles et ce, lors de toutes les élections de ces 15 dernières années, est en soi, un échec, voire un rejet populaire de cette opposition qui, jadis, mobilisait jusqu’aux bébés et vieillards des hautes montagnes. Suffisantes et méprisantes, à ce jour et malgré un tel décor, ces mêmes formations continuent de revendiquer un ancrage imaginaire qui, ce qu’elles ne disent pas, ne s’appuie guère que sur leurs parts respectives dans les 10 à 20% de la population qui votent encore pour des considérations qui, souvent, n’ont aucun lien avec la politique, encore moins avec un quelconque souci pour l’intérêt général. Le copinage, le villagisme, l’intérêt personnel et toutes les considérations de même acabit, constituent l’essentiel des motivations de ces 20% des électeurs qui continuent de se rendre aux urnes qui ne doivent leur existence qu’à une classe politique en déliquescence avancée et à des opportunistes sans scrupules, qui se déclinent tantôt sous la bannière de « candidats indépendants », tantôt sous des sigles aussi différents qu’improbables comme le FLN, le RND, le HMS (Hamas), le MPA, le P… etc.

Contrairement à ce que clament les apparatchiks du RCD et du FFS, l’abstention kabyle ne s’explique pas que par les pratiques frauduleuses du pouvoir ; ce qui est un argument qui aura fait son temps et qui ne convainc plus personne et pour cause, bien que cet argument soit juste, il est loin d’expliquer la forte désertion citoyenne des partis et des urnes notamment à l’occasion des élections locales qui, on le sait tous, sont, en Kabylie, hors de portée des velléités frauduleuses du Pouvoir pour la simple raison que dans ce pays, Tamurt n’est-ce pas, la surveillance vigilante et systématique des citoyens même quand ceux-ci ne votent pas, empêche la moindre tentative de détourner la moindre voix. Il faut ajouter que depuis 15 ans, à chaque élection, ces mêmes appareils partisans éprouvent des difficultés, de plus en plus insurmontables, à confectionner leurs listes de candidats aux élections locales tant est si bien qu’on recourt à des pratiques qui étaient inimaginables dans ces chapelles partisanes durant les années 90 : le cas des éléments qui furent exclus pour fautes graves et qui se retrouvent aujourd’hui, comme par enchantement, têtes de liste, le cas également de militants impopulaires car médiocres et arrogants et à l’origine de la disparition de leur propre sigle dans leur propres communes et qui chapeautent quand même les listes de leurs partis, le recours à des femmes en guise de remplissage des listes et dont les photos ne sont même pas visibles sur les affiches comme c’est le cas de la liste RCD dans la commune de Boghni où les 05 femmes soi-disant candidates ne sont pas visibles, le cas des femmes voilées dans les listes RCD qui, toute honte bue, continuera quand même de se revendiquer, certes par opportunisme, de la laïcité, le cas aussi des candidats qui intègrent leurs propres épouses dans leurs propres listes afin de respecter la parité exigée par la loi, donc par le système… cet échantillon de situations qui sont autant de coup de sophisme en faveur du non-sens est édifiant ! Serait-il aussi de trop de signaler que durant ces mêmes 15 dernières années, le RCD comme le FFS ne peuvent même pas être présents dans toutes les communes de Tizi-Ouzou et de Béjaïa, leur unique fief d’antan, car dans les autres départements de Kabylie, il y a longtemps qu’ils ne couvrent plus le territoire… Un tel aperçu est un revers sans appel pour ces appareils et leurs apparatchiks, cela n’en réjouit personne mais il est préférable de regarder la vérité dans toute sa nudité, la maquiller pour se déresponsabiliser ne fait qu’empirer les choses, celui de la Kabylie étant déjà dans le rouge.

Ainsi, le vide qui consacre l’échec cuisant du FFS et du RCD qui furent, il y a juste 15 ans, les seuls maîtres des lieux en Kabylie, est pris d’assaut par les sigles du Pouvoir qui, dès 2007, avait déjà entamé la récupération de quelques assemblées locales (APC), mais aussi par un islamisme rampant qui ne s’avoue jamais vaincu malgré ses innombrables revers électoraux en Kabylie qui, quoi qu’elle ne vote plus, elle n’en demeure pas moins insensible, pour ne pas dire totalement imperméable à l’islamisme sous toute ses déclinaisons ; ce que le parti nahnahiste ainsi que tous les mouvements islamistes, en piètres élèves, ne semblent pas assimiler puisque, bien qu’ils soient incapables de comprendre les raisons de leur rejet épidermique par la Kabylie, ils ne persistent pas moins à user de tous les moyens, y compris la violence, le mensonge, l’intimidation… pour arriver enfin à tromper la vigilance de ces montagnes orgueilleuses, véritable bastion de la laïcité et de la lutte démocratique.

Dans ce même gouffre béat créé par une Kabylie qui boude les urnes, la politique et ses sigles car trop longtemps trahie, trop souvent martyrisée et parfois même méprisée, la lie de la société s’y engouffre pour contribuer, elle aussi, à entretenir ce climat délétère qui marginalise les énergies positives et qui brise les ressors de la société et ce, pour entretenir la vaste couillonnade dont les élections organisées par un régime illégitime et foncièrement kabylophobe en sont les pylônes nodaux. Les citoyens se disent atterrés par ce cirque désolant où des analphabètes, des pervers, des corrompus, des trafiquants, de simples ébénistes, des retraités de la sécurité militaire, des pompiers illettrés, des escrocs notoires, des affairistes sans scrupules… s’installent à la première case (Tête de liste) des listes électorales qui sont complétées par des candidats bouche-trous dont les profils laissent, plus d’un, interloqué ! Certains ont été carrément suppliés d’accepter d’y figurer, d’autre sont tout simplement « achetés », quand d’autres s’étonnent encore de voir leurs propres visages sur des affiches dont ils ignorent jusqu’à la signification des sigles qui les chapeautent ! A cela, s’ajoute le fait de mentir sur la profession des candidats têtes de listes et de certains de leurs colistiers, ce qui du reste, est connu des populations qui en rient ! Enfin, une telle faune occupant la scène à la faveur de la désertion du citoyen et de la démission de la compétence, de la probité et des valeurs identitaires et idéologiques, incapable de produire un discours cohérent, des analyses consistantes, un argumentaire fort, se lance, toute honte bue, dans des babilles fadasses qui écœurent une population revenue de tout. Aussi et pour combler un profond vide en termes de compétence, d’intégrité, de popularité et de culture politique, on assiste médusé et parfois même amusé, à des permanences électorales où ne se bousculent que les candidats entre eux-mêmes, ce qui contraste avec une abondance douteuse de posters géants et d’affiches électorales dont la conception graphique laisse à désirer et dont l’affichage sur la moindre élévation murale, privée ou publique, se décline dans une anarchie et un incivisme inquiétant ! La pollution en papiers et l’enlaidissement des villages et des villes atteignent des niveaux qui montrent clairement le peu de cas que se font ces candidats de la 25ème heure de leur propre image et de celle de leurs municipalités plus que jamais tristes de voir, par la grâce du Pouvoir et des reniements locaux, leurs destinées condamnées devant de tels choix périlleux.

On ne le dira jamais assez : face à des élus réduits, par le nouveau code communal promulgué en 2011, à de simples exécutants de simples tâches administratives sous l’autorité des commis de l’État (chef de daïra, wali, ministère de l’Intérieur…) des prérogatives qui auraient pu être léguées à des associations de quartier tant celles-ci ce résument au fait de refaire les trottoirs, l’éclairage public, l’entretien des espaces verts qui, souvent, n’existent même pas (!) l’achat du mobilier des écoles primaires qui offre à certains élus des aubaines de receler leur part du « gâteau », l’établissement des listes des malheureux « bénéficiaires » du filet social qui est, à la fois, un dispositif mis en place par le pouvoir afin d’entretenir la précarité sociale et dont les élus véreux usent pour faire du chantage sur les petites gens pour divers objectifs souvent malsains… L’élu, ce subalterne du chef de daïra et du commissaire de police, aura également à s’occuper, excusez du peu, du nettoyage et de la location des étals dans le marché communal ainsi que de l’attribution des permis de construire après avis favorable de la direction de l’urbanisme qui aura désurbanisé totalement les villes de Kabylie. Prérogative nouvelle accordée aux élus par le nouveau code communal, il s’agit de l’attribution des agréments aux comités de quartiers ; une prérogative aux relents populistes.

Devant une telle inutilité évidente d’un élu local pour la population, car pour sa petite personne, il aura bien des occasions de marchander, en intra-muros, avec les entreprises soumissionnaires l’attribution des marchés, de tirer profit de la moindre situation et, parait-il, de bénéficier désormais d’un salaire défiant la décence et des primes plus qu’alléchantes ! Finalement, tout cela explique, à bien des égards, la frénésie des candidats sans compétence et quasi sans scrupules autour de ces élections qui font fuir population et militants chevronnés.

La question qui taraude l’esprit du citoyen Kabyle moyen se décline sous cette formulation tragique :

Faudrait-il bouder ces mascarades électorales, totalement inutiles et perfides où, en plus, les concurrents sont essentiellement fournis par le sédiment de la société et ce, au risque de permettre au Pire (islamistes, délinquants, pervers…) de s’accaparer cette institution de proximité à travers laquelle il s’adonnera, à cœur joie, durant tout un mandat où il sera dans une contiguïté quotidienne avec les citoyens, à déstructurer ce qui reste des ressors sociétaux, culturels, identitaires et politiques de la Kabylie ?

Faudrait-il, au contraire, faire preuve d’un peu de réalisme et comprendre que bouder ces rendez-vous carnavalesques qui auront lieu avec ou sans les citoyens Kabyles, porte en soi le risque de conséquences imprévisibles et qu’à ce titre, serait-il plus judicieux de s’impliquer, cette fois-ci, pour élire le « moins mauvais » et éloigner le spectre du « Pire » que le Pouvoir vise à y installer et ce, au risque de donner une certaine crédibilité à ces burlesques mises-en-scène électorales ?

Anda-t wevrid…

Allas DI TLELLI

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