Elles étaient belles, elles étaient brillantes et émancipées

Cinq mois après l’interview qu’elle m’avait accordée, presque, jour pour jour, elle fut lâchement assassinée (15 septembre 2008) en compagnie de sa sœur Sabrina, à Brimingham, dans la banlieue de Londres. Ce soir, j’ai une pensée très forte pour mon amie Yasmine, pour sa sœur, pour ses parents inconsolables depuis.

Suite à la triste nouvelle, j’avais réagis à l’époque par cette pensée que j’aimerai remettre à flot à l’occasion de l’anniversaire de leur disparition. La voici :

C’étaient des femmes libres d’Amizour qui avaient aussi la nationalité anglaise comme d’autres ont la française, et cela, personne n’a le droit de leur dénier leurs origines qu’elles assumaient pleinement dans leurs pays d’accueil ; Yasmine et sa sœur, beaucoup plus conscientes de la question identitaire qu’un Zidane, elles étaient belles certes, mais elles étaient aussi très intelligentes et émancipées mais dignes et viscéralement attachées à leur culture et à leur langue d’origine qu’elle défendaient superbement par leur talents d’artistes ; Yasmine, brillante étudiante en chimie, étant une étoile montante dans la danse, sa sœur, nouvellement inscrite à l’université de Birmingham pour une licence de langue française, était une pianiste et une guitariste ! Dans leurs pratiques artistiques, l’affirmation de leur identité est omniprésente comme le prouve l’interview de Yasmine parue dans le quotidien Le Soir d’Algérie, le mensuel culturel C-News et sur le site kabyles.net.

Certains, sans scrupules, osent, en de pareilles circonstances spéculer et verser dans le mensonge, mais en réalité, pour ne citer que Yasmine que j’ai connu et qui n’avait que 22 ans, elle était déjà de tous les combats et de toutes les causes justes et, rien ne dit que cet assassinat ne serait pas l’œuvre de l’obscurantisme, du racisme, et des ennemis de ces causes justes. Il est difficile de voiler cette sauvagerie en la classant, comme le sous-entend la police anglaise, dans le registre des « actes isolés » qui serait l’œuvre d’un détraqué qui, par on ne sait quel miracle, est d’origine égyptienne ! Pourquoi elles et pas les centaines, voire les milliers d’autres femmes qui habitent dans les mêmes conditions à Londres et ailleurs ?

Pour rappel, Yasmine, une militante convaincue pour la liberté des femmes, était déjà co-organisatrice des Premières Rencontres Laïques Internationales qui se sont tenues à Paris en février 2007. Elle était dynamique, elle était courageuse, elle était émancipée, elle était une femme d’honneur qui œuvrait en faveur de sa culture et de sa langue dans une optique universaliste. Yasmine n’avait que 22 ans. On a arrêté brusquement sa vie et son œuvre qui prenait de l’envergure et qui promettait énormément au point de susciter probablement des peurs chez les tenants de la « régression »…

J’ai eu l’insigne honneur de la connaître ; la portée de sa pensée était beaucoup plus âgée que son âge biologique. Son extraordinaire dynamisme, son intelligence hors du commun, son incroyable lucidité, son envie inégalable de tout savoir, de tout connaître, son impressionnant humanisme, sa spontanéité et sa communication fluide, chaleureuse et amicale… tout en Yasmine imposait le respect, l’admiration et la sympathie.

Cette jeune polyglotte que le Royaume Uni allait adopter comme sa nouvelle princesse, tant son aura commençait à s’y propager, est donc partie à la fleur de l’âge, en compagnie de sa sœur Sabrina, laissant des parents et des frères dans une situation que les mots, tous les mots, semblent incapables de décrire, laissant l’art et la culture orphelins de leurs artistes, laissant un engagement militant tout juste entamé, laissant des admirateurs en deuil et le royaume sans ses princesses.

Au-delà du devoir de justice qui est tenue d’arrêter, et les exécutants et les commanditaires, de cet acte ignoble et lâche, Yasmine et Sabrina Larbi-Cherif continueront de guider les pas des hommes et des femmes, épris de justice, d’égalité et de liberté, de part le monde.

Yasmine et Sabrina viennent d’accéder à l’immortalité. Leurs parents devront survivre à une telle douleur en puisant dans la fierté d’avoir eu des filles de cette envergure.

Allas Di Tlelli

22 septembre 2008

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