Enfance violée, nul n’en a jamais rien su ?

J’avais pas 10 ans. Je ne sais plus exactement où ni comment. Je ne savais pas exactement ce qui se passait. Je ressentais juste l’angoisse et la moiteur de l’instant.

Juste la peur, la douleur puis l’écœurement. Une main sur ma bouche pour empêcher que je hurle.

Une main qui appartenait à un visage qui m’était grandement commun. Je le voyais constamment. Un oncle, un cousin, un homme de la famille.

Il faut dire que cela faisait quelques années que les attouchements avaient commencés. Je ne comprenais pas bien mais sentais bien ma gêne, son émoi puis ma honte qui ne m’a jamais quitté.
Je m’asseyais sur ses genoux, il m’embrassait dans le cou, m’offrait des bouteilles de Selecto, m’emmenait aux champs, ar tejmaɛt mais aussi parfois au souk.

J’étais un homme, je devais connaître le fonctionnement du village et de notre société. Du haut de mes quelques années et de mes trois pommes, je découvrais toute sa perversité.

Je me souviens de la première fois. L’image vivace de la douleur ne me quitte pas et l’horreur de ce sang me poursuit. Je le hais, je le crains, le regard des gens me fait mal. Il me fait mal car je sens que tout le monde sait mais personne ne dit rien.

Il m’a volé mon enfance à coups de viols répétés dans la pénombre d’une grange, dans les herbes hautes d’un champ et derrière les jalousies d’une chambre. Peut être qu’il m’aimait, je le pensais très fort. Cela me permettait de voir autrement la torture de l’instant, je savais que c’était sale mais je me croyais important. Puis je finissais par me dire que c’était peut être sa façon d’aimer. Il m’offrait des cadeaux, des lunettes, des cassettes des chemisettes, mazette !

Nul n’en a jamais rien su ?
Je le haïssais et me haïssais tout autant de cet esclavage sexuel qui durait.
Un jour, la force physique de résister. Une fois, deux fois, dix fois. Tout cela hypocritement. Je continuais à le saluer, à le respecter. Il était mon aîné, mon oncle, mon cousin. J’ai vite adopté l’attitude du grand frère protecteur, qui surveillait ses cadets pour les empêcher de se retrouver dans ce type de relations. Situation inextricable.

Les mots sont absents, les regards lourds de sens. Ma haine croît de jour en jour, je vais finir par le tuer. Surtout avec cette manie qu’il a de me prendre par l’épaule pour me parler. Sa main, miroir de mes angoisses les plus reculées, je la hais, si je pouvais, je la broierais.

J’ai grandi, mal dans mon corps, obsédé par les souvenirs de ces instants. Dans tous les visages d’hommes, je cherchais à comprendre les pourquoi du comment, la norme de l’insensé.

Les femmes en même temps que m’attirer me révulsaient. Si elles n’étaient pas si inaccessibles, me serais-je fait violer des années durant ?

Les pauvres, elles aussi sont victimes d’une société rétrograde, frustrée et persuadée d’être dans le vrai. Religion ou autre opinion de nous-mêmes, nous sommes le visage même de la maladie qui nous tue à petit feu, sans que l’on ne réagisse. Où est donc la valeur suprême qu’on s’octroie à tout va ?

Nous sommes valeureux, nesɛa tirrugza, paraît-il ? Mais nous cédons à la folie schizophrène dès lors qu’il s’agit de sexualité, pédophilie, zoophilie, tout y passe !

A lḥif-nneɣ, nous sommes tous des assassins à laisser ce type de faits dans l’ombre, se pérenniser.

Un jour, j’en ai eu assez, cet environnement poisseux, cette hypocrisie ambiante, mes envies de meurtre ont eu raison de ma force mentale. Je voulais partir. Puisque l’Algérie ne me laissait pas quitter le pays, j’ai décidé de quitter mon corps.

J’en ai eu fini avec la vie. Et même d’ailleurs, je vois et subis encore cette hypocrisie : supputations sur les causes de ma disparition, office faite sur ma dépouille à contre cœur, bourreau qui continue sa vie en se cherchant d’autres proies. Puisque le suicide est interdit en islam, je vivrai en paix dans les flammes de l’enfer !

Tayirat

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