Entre espoir et kabylité Illilten, cette contrée kabyle

D’une misère à l’autre

Les innombrables difficultés contre lesquelles les At Yellilten font face, quotidiennement, avec courage et abnégation sont insupportables. Située en plein cœur de la Kabylie, At Yellilten (Illilten) est à 70 km au sud-est de Tizi-Ouzou, à 80 km de Vgayet. Elle surplombe At Wizgan, côtoie Akbou, et tutoie le ciel. Au flanc du Djurdjura, elle en tire sa force et son courage. Elle est la 2e commune révolutionnaire à l’échelle du département de Tizi-Ouzou, après Illulen Umalu. Le nombre de martyrs qu’elle a enregistré durant la guerre de Libération dépasse de très loin, et ce sont des chiffres officiels, celui de toute l’Oranie.

Elle était Kabyle, elle l’est et elle veut le rester. Ses enfants, malgré la misère du sol qu’ils occupent, s’accrochent à elle. Qui de toutes les régions de cet ingrat pays, qu’est l’Algérie mérite cette appellation At Yellilten (ceux de la liberté). Une liberté qu’ils payent rubis sur l’ongle. De leur attachement à la kabylité, ils occupent le cœur de cette région. Elle est ses battements, son nerf et son âme. Loin de toute politique officielle, les At Yellilten se sont émancipés d’abord en empruntant le chemin de l’exil. C’est l’une des rares régions de Kabylie a enregistrer la 5e génération d’immigrés. Ensuite, comme tous les autres Kabyles, les At Yellilten apprivoisent la nature qui les accueille. Ils sont montagnards par excellence. Ils gardent jalousement leur être. Il le protège. Leur arme n’est autre que leur attachement à la terre kabyle. Foncièrement laïcs, sincèrement digne, aucune politique étrangère n’a eu effet sur eux. Ils perpétuent ce que les aïeux ont légué, mais en adoptant une avancée pour se heurter au monde moderne. La jonction paraît comme un mariage heureux entre le vieux et le nouveau. Sans pervertir leur âme, ils se sont engagés d’abord dans le travail, ensuite dans les études. Elle est l’une des régions de Kabylie qui compte le plus grand nombre de diplômés et d’étudiants. 11 villages forment cette tribu que les sbires de général Randon n’ont pu soumettre que vers la fin du mois de juin 1857, elle est tombée bien après les autres régions, elle était la dernière à se soumettre.

Tizit, la gardienne à la frontière ouest, Tawrirt Amrous, l’accompagnatrice, Ighfilène, la rebelle au nord, Azrou, l’indomptable au centre, Tawrirt Iheddadène, l’impératrice au nord, Zoubga, la belle à l’est, At Sider, la sage au centre, At Aissa Ouyahia, la somptueuse, toujours au centre, At Adellah, la travailleuse, au nord-est, Tifilkout, l’artiste et Taghzout la clairvoyante au sud.

Loin des bruits officiels

Elle est restée incognito. Loin des zooms des caméras du régime, loin des tintamarres de l’Algérie officielle, loin des écrits d’El Moudjahid, elle s’émancipe. Elle se prend en charge. L’État voyou qui s’est greffé dés 1962 sur la Révolution n’est présent qu’à travers un bureau de poste, une brigade de policiers communaux et encore… La mairie n’est pas son prolongement, elle a refusé d’y être, elle qui comptabilise les défections d’un État contesté et contestable.

L’eau, l’une des préoccupations majeures du régime n’arrose pas Illilten. C’est de la montagne, le majestueux Djurdjura, que coule les sources qui l’alimentent. Ce sont les citoyens de la commune qui ont pris en charge les travaux de transfert, de distribution et d’entretien des réseaux. Cette prise en charge rappelle que les At Yellilten concrétisent leur rêve de s’émanciper d’un assistanat qui n’a jamais été leur socle de vie. De la sueur de ses enfants, de leurs maigres moyens, elle en a fait son identité. Une identité chèrement acquise ; Tilleli, la liberté !

Elle ne s’offusque pas quant on l’étouffe. Quand elle suffoque, l’air de la montagne qui la protège la ressuscite, l’anime et la secoue pour qu’elle se relève. Elle donne l’exemple d’une contrée kabyle libre et libérée. Comme le Djurdjura, elle garde jalousement son trésor ; sa liberté et son émancipation des jougs. Son islam est modéré, sa vision est kabyle, sa langue est préservée. Elle refuse les ablutions des morts parce qu’elle aime la vie. Elle pleure la mort de ses enfants parce qu’elle vit de leur existence. Elle en a fait ses joies. Elle récuse le malheur que charrie la bénédiction officielle, elle en préfère la misère pour rester digne et debout. Elle rejette la soumission. Ses trésors ; les At Yellilten !

Solidaire et fraternelle

De son malheur, elle en a fait l’expression de la solidarité. La boue que sa montagne déverse ressoude ses rangs. Elle sort de l’anonymat qui la frappe et pleure, mais elle reste digne. Elle ne se plie pas, elle ne larmoie pas contre son destin. Un destin qu’elle a choisi pour survivre. Elle survit et elle refuse d’être un pont. Elle est la jonction entre les cœurs. Elle les réunit, elle les caresse de beauté et de douceur. Elle leur rappelle qu’elle aime la montagne, même si, celle-là vomit l’oubli qui la frappe. Le malheur qu’elle endure la renforce, la rend apte et la consolide. Ce qu’elle vit n’est qu’un test. Elle saura le dépasser. Elle montrera, encore une fois, le chemin de sa liberté, pour peu que les autres la suivent… vers un lendemain meilleur !

Amnay Ait Ifilkou
Citoyen de la commune d’At Yellilten


Nous remercions Omar Ben Medour pour ces vidéos

 

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