Entretien avec Mohend A. Bessaoud (II)

Sans Agraw Imazighen…

Il serait trop long de parler des difficultés que nous avons rencontrées, les jeunes et moi, dans la diffusion de nos tracts et nos bulletins, donc de nos idées. Insultés souvent, menacés parfois, nous fumes obligés d’ignorer les provocations, proférées trop souvent par des kabyles aux yeux desquels nous passions pour des « diviseurs », donc des « traitres ». Et en ce qui me concerne, des menaces de mort ne me furent pas épargnées. Savez-vous, par exemple, que j’ai été condamné à mort par le FFS en 1968. Mr Aït Ahmed l’a, lui-même, avoué, par Boumediene à divers reprises, et notamment en 1969 ; en 1970 par Krim Belkacem et en 1977 par Hassane Aneggaru, qui se dit encore le roi du Maroc.

« Pourquoi M. Aït Ahmed et Krim Belkazcem adoptèrent-ils cette position » ? diriez-vous. Tout bonnement parce qu’ils étaient convaincus que l’Académie Berbère empêchait développement de leurs partis respectifs. Sur quoi, ils n’avaient pas tort. Ce furent d’anciens militants et sympathisants de l’Académie Berbère qui permirent à M. Aït Ahmed d’émerger de l’isolement où il se trouvait.

En conclusion, n’en déplaise à certains auteurs qui oublient volontairement que le berbérisme est mort en 1956 et enseveli en 1962, sans Agraw Imazighèn (Académie Berbère) ils seraient aujourd’hui citoyens d’un pays qui ne serait plus le leur.

Azar : Qu’elle est la grande manifestation de l’Académie Berbère en France alors que L’Amicale des Algériens en Europe était omniprésente ?

M. A. Bessaoud  : Les chanteurs kabyles peuvent aujourd’hui se produire librement sans être l’objet d’une attaque de la part de l’Amicale. Ils ignorent cependant que çà n’a pas toujours été ainsi.

Tenez, en 1969 par exemple, parce que l’Amicale ne faisait aucune place à nos chants dans les galas qu’elle organisait, nous décidâmes d’en organiser un avec des chanteurs typiquement kabyles. Aussitôt branle-bas de combat au siège de l’Amicale ainsi que du consulat et même de l’Ambassade. Ils convoquèrent un à un les chanteurs que nous avions réunis sur notre affiche pour leur dire qu’ils participaient, sans le savoir peut-être, à une entreprise de division.

« L’Académie Berbère, leur dit-on en outre, est crée par la C.I.A. en accord avec Israël ». On leur ajouta que « les pères blancs et les pieds noirs n’étaient pas étrangers non plus à cette création ».

Bref, « chanter c’était trahir le pays ». Comme j’avais offert de grosse sommes d’argent à ces joueurs de guitares et de tam-tam, ils persistèrent dans leur attitude. Alors l’Amicale changea de tactique. Ses militants nous déchirèrent en effet presque toutes les affiches (1200) que nous avions collées dans les cafés et dépêcha, le jour du gala, plus d’un millier de ces militants pour dissuader les nôtres de venir. Tous les boulevards, de St Michel aux Gobelins en passant par st Germain étaient occupés par eux et des groupe de six ou sept arrêtaient les gens et tentaient de les menacer en cas où… Rien n’y fit. Car le gala fut un immense succès. Ce qui amena l’Amicale, soucieuse de gagner du « fric », à organiser des galas dans les principales villes de France, et avec des chanteurs kabyles, s’il vous plait. Ce qui lui valut mes félicitations et une féroce « engueulade » de Kaïd Ahmed.

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