Esclavage en islam

Conquêtes musulmanes et esclavage

Les premières conquêtes musulmanes permirent aux Arabes de faire un grand nombre de prisonniers qui étaient, soit exécutés, soit réduits à l’esclavage. Cet esprit esclavagiste se nourrissait amplement de la discrimination raciale propre à certaines tribus arabes.

Les Arabes ont massivement pratiqué la traite humaine. L’expansion musulmane précédait, partout, l’ouverture des comptoirs d’esclaves: les Arabes possédaient des esclaves blancs de l’empire byzantin et de toute l’Europe centrale. Des comptoirs arabes d’esclaves existaient aussi en Asie, dans les Indes, en Indonésie, en Malaisie, et même jusqu’en Chine.

Lorsque l’islam fut repoussé d’Espagne, les musulmans se retournèrent vers l’Afrique noire, Cette nouvelle expansion causera, du XIe au XIXe siècle, bien avant la traite négrière européenne, un afflux massif d’esclaves noirs en direction de l’Afrique du Nord et de l’Arabie bien que cette dernière région pratiquait déjà, depuis des siècles, l’esclavage des peuples noirs d’Égypte et d’Afrique centrale et orientale. Jusqu’au XIXe siècle, plus d’un habitant sur vingt d’une ville comme le Caire était un esclave.

Muhammad ibn Hamid (1839-1900 ?), plus connu sous le nom de Tippou Tip, reste l’un des plus grands esclavagistes musulmans connus. Ce Swahili arabisé, né à Zanzibar, fit de cette pratique sa principale activité à côté d’autres activités annexes, telle la commercialisation de l’ivoire vers l’Europe, avec environ 1.000 éléphants exterminés pendant sa période d’activité. Tippou Tip alimenta pendant plus de vingt ans (1870-1890) les plantations de Zanzibar, ainsi que les marchés d’Oman de captifs d’Afrique centrale et de l’Est qui étaient ensuite disséminés vers les Indes et dans tout le Golfe arabo-persique. Ils sont ainsi des millions de Noirs qui ont été forcés de quitter les côtes d’Afrique de l’est pour aller servir d’esclaves en Arabie (plus de 1.200.000 personnes entre le XVIIIe et le XIXe siècle, selon Murray Gordon[1], dans L’Esclavage dans le monde arabe, VIIe-XXe siècles).

La plupart du temps, l’islam réservait, partout, en Afrique du Nord, en Arabie, en Andalousie, etc. un sort horrible à ces captifs issus des batailles victorieuses et des trafics commerciaux. Mal soignés, ils étaient soumis à de nombreux traitements inhumains et dégradants. Ils servaient de monnaie d’échange et d’assurance voyage aux pèlerins à la Mecque ou lorsqu’ils voulaient payer leur séjour. Ils servaient à grossir les effectifs des armées où ils étaient placés en premières lignes lors des combats. Des travaux champêtres harassants leurs étaient imposés dans des palmeraies ainsi que le transport de lourds fardeaux dans des zones inaccessibles au chameau. Mal nourris, les esclaves domestiques subissaient de nombreux sévices corporels. Lorsqu’ils ne mouraient pas d’épuisement, c’était le plus souvent à cause de maladies dues à ces maltraitances qu’ils trépassaient. En 1805, toute une caravane de 2.000 esclaves africains, épuisés, crèvera de soif sur la route Teghazza-Tombouctou. Les femmes étaient utilisées comme concubines ou esclaves sexuelles. Les plus belles passaient souvent de maître en maître pour satisfaire les besoins sexuels de ceux-ci. Leur condition ne s’améliorait souvent que lorsqu’elles portaient dans leurs entrailles un enfant du maître, et encore dans le cas où ce dernier consentait à le reconnaître.

L’esclavage des femmes reste encore, de nos jours, une triste réalité, dans des pays du Golfe arabo-persique où des femmes, pour la plupart originaires des pays d’Afrique et d’Asie, se voient confisquer leur passeport. Elles y sont réduites en état d’esclaves domestiques et sexuelles, et sont même souvent éliminées en sourdine.

A suivre…

Geneviève Harland

[1] Dictionnaire d’Histoire et Civilisations africaines, Bernard Nantet, Larousse-Bordas/HER, Paris, 1999.