Être romantique… c’est le lieu ou vous habitez

Être romantique, ce n’est pas une attitude envers la vie et surtout les femmes, mais le lieu de résidence. J’habite dans une chambre de bonne, on l’appelle chambre de bonne, mais c’est seulement un prétexte pour vous faire payer le loyer pour un placard. C’est au sixième étage, elle n’a pas de fenêtres, mais une lucarne en forme d’hublot. J’ai une vue sur le toit de la gare de l’est. Je suis au courant de tous les horaires des trains. D’ailleurs, même sur mon pyjama est écrit SNCF. J’ai l’impression de travailler pour eux sans pour autant être rémunéré… bref, ce n’est pas là le problème, mais cela n’empêche pas que je me sens exploité. Mes romances sont toujours ponctuées par un train qui entre ou qui sort. Les cris de mes « je t’aime » sont toujours étouffés par des annonces des trains en retard et mes « je te veux… » noyés par le derniers appel à l’embarquement. Nos orgasmes sont toujours orchestrés par des bruits de freins brusques. Inéluctablement, après une année, j’ai développé une perversion : je faisais l’amour habillé en chef de gare.

Je suis arrivé d’Algérie il y a 9 ans. J’avais ramené avec moi une valise des années 50, 2000 Dinars, 5 paquets de Hoggar et un cahier de poésie. J’étais surpris de trouver que la France utilisait le franc, j’ai été donc franc-chement déçu. Heureusement qu’un antiquaire a eu la gentillesse de m’acheter la valise pour 350 francs. J’ai échangé les 2000 Dinars par une couverture et j’ai utilisé mes Hoggar pour couper mes faims. Quand j’étais en Algérie, j’ai toujours rêvé de rencontrer une femme qui m’aimerait pour mon odeur de paysan et mon regard de chien égaré. En arrivant, je me suis aperçu qu’on m’avait menti sur la vie parisienne et les femmes qui y habitent. Elles aiment l’odeur de chiens et n’ont aucune sympathie pour les paysans égarés.

Les Parisiennes ne sont pas aussi simples : elles vous offrent le premier regard par curiosité et le deuxième par mépris. Je n’avais jamais rencontré de femmes qui fumaient. Dans mon pays même la chique leur était interdite. Comme tout homme kabyle, coucher avec une femme qui chique est une fantaisie… il n’y a rien de plus romantique qu’une femme qui chique et crache avant de vous rejoindre au lit.

Je passais souvent mon temps à les regarder fumer, dans les bars, les jardins publics et surtout les gares. Les femmes fument plus quand elles sont heureuses que malheureuses. Dans mes observations, je pouvais toujours dire l’état d’esprit des femmes ; c’était à la façon dont elles écrasaient leur cigarette. Certaines les caressent en les posant dans le cendrier, d’autres les écrasent du pied comme si elles leur avaient manqué de respect ou leur avaient fait une mauvaise remarque sur leur rouge à lèvres.

La première fille que j’ai connue à Paris était poissonnière. Je l’ai rencontré en achetant un demi kilo de sardines, et elle avait eu la gentillesse de me donner une recette pour les faire cuire et gratuitement. Je n’ai pas osé lui dire que je savais déjà. Une poêle, de l’huile et une baguette et le tour est joué. Après quelques échanges. Elle m’avoua qu’elle était Portugaise et je lui ai proposé de lui offrir un verre, pas parce qu’elle était Portugaise mais pour la remercier pour la recette que je connaissais déjà. Le reste est dans les oubliettes. Elle avait un charme exceptionnel et un sourire à vous vendre du dauphin à la place du thon. J’ai toujours aimé l’odeur de poisson et le sentir sur la poitrine d’une femme était un privilège. Quoi qu’elle fasse, l’odeur lui était collée comme une seconde nature… c’était le cas de dire, que je la sentais venir. Maria, c’était son prénom, il doit l’être toujours d’ailleurs, était une fille agréable et douce. Je ne sais pas si cela est arrivé à certains d’entre vous, je parle aux hommes bien sur, mais la première fois que j’ai couché avec elle, j’étais surpris de voir une femme avec autant de poils. Elle avait des poils autour des mamelons comme une figue de barbarie et entre ses seins une vingtaine de poils. Une dizaine penchait à gauche et l’autre dizaine essayait de les retenir. Elle avait les jambes comme un champ de blé mal coupé. Quand on faisait l’amour, et avec la sueur, je me grattais de partout. Je croyais que c’était un effet normal dû à l’activité sexuelle.

Il faut dire que je n’avais quasiment aucune expérience sexuelle. La première femme de ma vie était une prostituée de Sétif. Je n’ai jamais pu avoir un orgasme à cause des 200 dinars que j’ai payé, c’était l’argent de mon retour de Annaba à Bejaia. Et l’idée de faire Annaba-Bejaia dans un camion de SONACOM n’avait pas pour effet de générer un orgasme.

Maria et moi étions très proches, d’ailleurs on partageait le même rasoir. Je peux dire fièrement que je n’ai jamais manqué de poissons durant notre relation. Je l’aimais de tout mon cœur et même aujourd’hui, je ne peux manger des sardines sans avoir une pensée pour elle ; et des sardines, j’en mange presque deux fois par an.

Je vais aller me coucher, il se fait tard et le dernier train vient juste de rentrer…

Hmimi O’Vrahem

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