Évolution des langues : La langue romane

Un siècle avant notre ère ; la majeure partie des Gaulois (les Celtes entre la Garonne et la Seine, les Belges de la Seine à l’Escaut) parlaient le celtique. Seuls les Aquitains (entre ma Garonne et les Pyrénées) avaient un idiome particulier, l’ibère, ancêtre probable du basque. on parlait aussi déjà le latin dans la Province Romaine [1] qui avait été fondée de 124 à 118 avant J.-C. sur les bords de la Méditerranée, et dont les principales villes étaient Aix, Arles, Nîmes et Narbonne. On parlait même le grec dans quelques cités commerçantes du littoral, depuis longtemps colonisées par les Grecs (Marseille, [2] Antibes, Nice, Agde, Port-Vendres). La conquête de Jules César (58-51 av. J.-C.) répandit très vite à travers toute la Gaule l’usage du latin, qui supplanta peu à peu le celtique.

Les Romains n’eurent d’ailleurs nullement recours à la violence pour imposer leur langue aux Gaulois ; l’ascendant de leur civilisation supérieure, la multiplicité des relations militaires, commerciales, judiciaires et administratives, l’ambition d’arriver aux charges publiques, et le caractère gaulois lui-même avec sa mobilité naturelle, son instinct imitateur et son goûts de la nouveauté, tout favorisa la rapide expansion du latin en Gaule.

A partir du IIIe siècle l’Église, rompant avec ses attaches grecques, adopta le latin comme langue officielle et en consacra ainsi l’autorité. A sa diffusion contribuent également les écoles qui se fondent (à Marseille, la grande ville universitaire, la ville aux trois langues, comme l’appelait Varron [3] : à Autun, sous la direction du rhéteur Eumène : [4] à Bordeaux, Lyon, Besançon, Reims…) Jusqu’au IVe siècle la Gaule fournit à Rome des avocats (Domitis Afer, Julius Africanus, Marcus Afer, Julius Secondus) et des poètes (Terentius Varro, Cornelius Gallus, Valérius Cato). A partir du IVe on compte en Gaule même des écrivains latins (Ausone, [5] au IVe siècle : Rutilus Claudius Namatianus, [6] au Ve siècle). Et c’est encore en latin que sont écrites les rares œuvres de la période mérovingienne (telles que l’Historia Francorum de Grégoire de Tours [7] et la Chronique dite de Frédégaire, [8] aux VIe et VIIe siècles) et celles de la période carolingienne, qui vit la renaissance de Charlemagne avec des théologiens comme Alcuin (mort en 804), Théodulfe et des historiens comme Eginhard, l’auteur de la fameuse Vie de Charles, au IXe siècle).

C’est ainsi que du latin décomposé est née une langue nouvelle, le roman. Voici les plus anciens témoignages qui en font mention : en 659 saint Mummolin est nommé évêque de Noyon parce qu’il parlait à la fois le teutonique et le roman ; au VIIIe siècle les conciles de Tours et de Reims (813), d’Orléans (851) ordonnent aux prêtres de prêcher en roman.

P.-S.

À suivre…

Notes

[1D’où le nom de province, (provincia romana) resté à ce pays

[2Fondée par les Phocéens vers l’an 600 avant notre ère

[3Varron (Publius Terentius Varro Atacinus), poète épique romain (82-37 av. J.-C.), d’Atace (c’est le nom ancien de la rivière de l’Aude), dans la province de Narbonne. Il reprit le sujet des Argonautiques, traité par le poète alexandrin Apollonius de Rhodes, et, sans traduire absolument, s’inspira beaucoup du modèle, qu’il passe pour avoir parfois surpassé. On sait que son oeuvre fut grandement estimée par Ovide, Properce et Stace.

[4Rhéteur romain du IIIe siècle, né vers 260 à Autun, mort vers 311.

Il professa l’éloquence dans sa ville natale et fut secrétaire de Constance Chlore et de Maximien Hercule. Chargé de diriger les écoles d’Autun qui se relevait de ses ruines provoquées par le sac infligé par les empereurs gaulois, il prononça vers 298 un discours Pro restaurandis scholis (Pour la restauration des écoles), le plus important de ses écrits. Constance-Chlore, avait vivement engagé la noblesse des Gaules à venir s’installer à Autun. Nous possédons une lettre de ce prince priant Eumène d’enseigner la rhétorique et lui assignant 600 mille écus de gratification. Somme colossale qui démontre l’importance de la matière enseignée, l’état de la profession et l’importance de ce professeur.

Il reste de lui quatre panégyriques, dont celui de Constance (vers 296) que l’on trouve dans la collection des latiègyriciveteres (Paris, 1643) et qui ont été traduits par l’abbé Jean-Baptiste Landriot, 1854.

[5Ausone ou Decius ou Decimus Magnus Ausonius, né en Aquitaine soit à Bazas (Gironde) soit à Burdigala (actuelle Bordeaux) en 309/310 et mort en 394/395 après Jésus-Christ dans la villa paternelle située dans le vignoble bordelais entre Langon et La Réole où il s’est retiré à la mort de son protecteur Gratien, est un professeur et conseiller politique du Bas-Empire romain. Son père, Jules Ausone (287-377), était médecin, préfet d’Illyrie et archiatre de Valentinien Ier. Sa mère Attusa Lucana Sabina était la fille du sénateur Attusius Lucanacus Talisius.

Ausone est surtout renommé par son statut littéraire : poète de langue latine, ce fin lettré du Bas Empire occidental est l’auteur de vingt livres en latin. Mais la littérature française le tient pour le premier représentant d’une longue tradition, celle des lettres latines de France et de l’usage du latin moderne dans ce pays jusqu’à nos jours.

[6Rutilius Claudius Namatianus appartient à une riche famille de propriétaires terriens originaire de Gaule (certainement de Toulouse) où il passe son enfance. De culture classique, il est nommé préfet de Rome en 414 après avoir été Comes sacrarum largitionum et Quaestor sacri Palatii. Comme le montrent les allusions à ses amis, dans son poème De Reditu suo, il fait partie d’un milieu de hauts fonctionnaires lettrés.

[7Grégoire de Tours, ou Georgius Florentius Gregorius (Georges Florent Grégoire), né à Urbs Arverna (aujourd’hui Clermont-Ferrand) naquit à Clermont en Auvergne le 30 novembre 538 (ou 539) et mort à Tours en 594, fut évêque de Tours, historien de l’Église, des Francs et de l’Auvergne.

[8La Chronique de Frédégaire est l’un des rares documents écrits qui fondent notre connaissance de l’histoire des Mérovingiens.

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