Femme kabyle, quelle liberté ?

La non-liberté de la femme kabyle

Élevées dans une société phallocratique où les femmes sont le point de mire des hommes, les femmes kabyles sont toujours victimes de la culture patriarcale qui procure aux hommes un sentiment grisant de domination.

A tous ceux qui pensent que la liberté de la femme kabyle consiste à se fondre dans le moule que la société, la morale et la bienséance ont façonné pour elle !

Un droit coutumier des plus forts, des plus rigoureux prévaut en Kabylie. Et les femmes adhèrent à cette société patriarcale. Les femmes kabyles, telles que certains feignent à les montrer sur les réseaux sociaux sur le net, sont loin d’être émancipées. Pis, en dépit de tentative, toute en théorie, de libération par des associations et mouvements féminins voire féministes, elles sont conditionnées à être soumises et perpétuent l’asservissement de leurs semblables.

Femmes actives ou d’intérieur, elles sont accablées par les tâches ménagères. Certains nous montreront jubilants des femmes libres qui travaillent en dehors du foyer. Signe de liberté ? Que dire de cela quand le double de leurs activités journalières les attend à la maison ? Sans compter que les femmes ont de tout temps travaillé en extérieur (travaux des champs, bizarrement non considérés comme du travail). Signe de liberté quand par ailleurs, avec lesdits salaires, elle participe corps et poches aux charges de la maison sans qu’elle n’ait liberté sur la façon dont elle gère son argent ?

Elle devra rendre des comptes sur ses dépenses à son mari et belle-famille, aussi doctoresse qu’elle fût.

Véritables bêtes de somme, elles ne se soucient nullement d’apprendre à se défendre. Abruties, aliénées, elles rêvent que la politique des hommes les épargnera sous le vain prétexte qu’elles sont mères, épouses, sœurs ou filles de tels ou tels !

La femme n’est jamais respectée pour ce qu’elle est, mais parce que c’est la fille de telle famille (pour « la barbe » de tel ou tel) ! La mentalité du pays veut des surhommes ! Irgazen ! Celui qui ne surveille pas sa sœur et sa mère, celui qui ne lève pas la voix sur sa femme n’est pas un homme !

Avec une opinion pareille, comment comptons-nous bâtir une société ?

Cette jalousie des hommes envers les femmes (sans doute ne sont-ils pas contents de leur sexe ?) se traduit également dans cette volonté systématique de rabaisser la femme en public. Elle est facilement traitée de « putain’’ sur la place publique, dans les rues et ce, dès qu’elle essaie d’ouvrir ses yeux pour voir clair et réclamer ses droits en tant que femme.

Autre exemple, bien des familles, de nos jours, continuent à s’offusquer à l’idée de voir une petite fille naître dans le foyer. Et vous parlez de liberté ?

A en voir, la nouvelle mode qui fait de nos femmes des corbeaux dont on voit à peine les yeux. C’est fou comme un visage, un regard ou une main est sexuellement explicite. La religion rajoute à l’hégémonie masculine et au droit coutumier plus de férocité. Out la liberté d’action, out.

Au final, l’émancipation de la femme est intrinsèquement liée à la perte de ses moyens de séduction, un vieil adage féminin dit « A wi yeddren ad imɣureɣ, anida ddiɣ ad qqimeɣ ! »[1]. La femme est donc réduite à sa matière ! Sans omettre de rappeler qu’elle n’a pas droit à sa part d’héritage. Comme c’est dommage, elle lui aurait sans doute été bénéfique pour s’assumer financièrement, voire permettre sa survie le cas échéant ?

Quid de celles qui se retrouvent seules pour une raison ou une autre ? Seraient-elles vouées à la mendicité ? Ou à d’autres métiers que la société ne tolère pas ?

Ḥemmel-iyi kan d nekkini
S taḍsa neɣ s imeṭṭi
Ḥemmel-iyi kan d nekkini
Di tidderwect neɣ di trusi
Ḥemmel-iyi kan d nekkini
Ad cerkeɣ yid-k tikti
Ḥemmel-iyi kan d nekkini
Ad ɛedleɣ yid-k tikli
Ass-a teẓriḍ d acu-yi
Ur lliɣ d tagella-nni
Tetten deg ussu d imensi !

Aime-moi telle je suis
Dans la joie ou dans les larmes
Aime-moi telle je suis
Dans la folie ou dans la raison
Aime-moi telle je suis
Ensemble, nous cultiverons l’idée
Aime-moi telle je suis
Nous marcherons à l’unisson
Tu sais bien qui je suis
Je ne suis pas seulement le met
Dont tu te repais le soir dans ton lit !

Djidji Nait

Notes

[1] « Vivre jusque vieillir, pour où que j’aille avoir mon mot à dire (dans la société, dans mon foyer) »

 

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