Fermeture de l’université de Tizi-Ouzou

Le Printemps berbère par les documents (5)

Le cinquième et dernier document est un article de L’Humanité, journal du Parti communiste français, favorable au régime. Le papier rapporte un discours du colonel Chadli, président de la République algérienne, qui s’exprime pour la première fois sur les événements. C’est le 17 avril, lendemain de la grève générale observée par toute la Kabylie, que choisit le colonel Chadli pour évoquer la crise. Il le fit dans un discours prononcé à la clôture d’un séminaire sur la planification au Palais des nations. Nous étions un petit groupe à avoir écouté son intervention, retransmise à la radio, dans une salle de classe du CUTO. Je me souviens de la gravité du visage du camarade arabisant qui nous en avait traduit la teneur. Le colonel annonçait sa détermination à nous « combattre par tous les moyens ». Ce n’était plus quelques étudiants égarés qui étaient mis en cause, mais une région. Il concluait ses mises en gardes, ses menaces par cette insulte à l’endroit des berbéristes kabyles : « nous avons frappé le colonialisme à la tête, et voilà qu’il remue la queue. »

L’assaut des forces de sécurité à tous les foyers de contestation n’était plus qu’une question de temps. Il fut donné le 20 avril 1980 au petit matin.

Hend Sadi

Des éléments réactionnaires tentent d’exploiter la tension en Kabylie

De notre envoyée spéciale :
FRANÇOISE GERMAIN-ROBIN

Le calme régnait lundi matin à Tizi-Ouzou, chef lieu de la Grande Kabylie, après les incidents qui s’étaient produits dimanche à la suite de la fermeture provisoire de l’université.

Après l’annonce de l’entrée de la police dans les locaux universitaires et dans l’hôpital – où le personnel s’était solidarisé avec les étudiants – quelques heurts sans gravité s’étaient produits.

Le bureau politique du FLN et le conseil des ministres se sont réunis dimanche pour examiner la situation en Kabylie. Ils se sont prononcés pour « la fermeté face à toutes les manœuvres du colonialisme et de ses agents » et pour « normaliser la situation de l’université de Tizi-Ouzou ».
La semaine dernière, le ministre de l’enseignement supérieur s’était rendu à Tizi-Ouzou pour discuter avec les étudiants de leurs revendications qui concernaient essentiellement la sauvegarde et le développement de la langue et de la culture berbères. Il en avait reconnu le bien fondé et affirmé que le dossier de la culture populaire serait traité en temps utile par le Comité central du FLN.

Jeudi le président Chadli avait évoqué, à son tour, le problème au cours d’un discours retransmis à la télévision.

« L’examen du dossier de la culture doit obéir aux mêmes méthodes utilisées pour les autres dossiers, avait dit le chef de l’État. Nous ne permettrons pas que des questions nationales soient débattues dans la rue de façon anarchique qui compliquerait encore les choses au lieu de les résoudre… Le patrimoine populaire est un acquis national historique du peuple tout entier et non à une partie ou à un groupe. En vertu des responsabilités qui m’ont été confiées, je proclame qu’il n’y aura pas de surenchère de tout ce qui est de nature à porter atteinte, de près ou de loin, à l’unité nationale. Nous combattrons par tous les moyens toute tentative à porter atteinte à l’unité nationale, quels que soient les slogans. »

Aussi sincères que puissent apparaître les étudiants et enseignants de Tizi-Ouzou dans leurs intentions qui sont uniquement, disent-ils, d’obtenir la revalorisation de la langue berbère et une plus grande possibilité d’expression, il est certain que des éléments aux intentions moins pures ont tenté de l’utiliser. Le fait que des tracts aient circulé où des opposants en exil se saisissent du problème pour multiplier des déclarations hostiles au régime algérien, que la presse de droite en France ait jeté de l’huile sur le feu, est considéré en Algérie, en Algérie, comme significatif d’une volonté qui ne désarme pas de saisir toutes les occasions pour tenter de déstabiliser l’Algérie. Pour les responsables algériens, il est également significatif que cette agitation se produise à un moment où l’Algérie se trouve aux prises avec ses deux principaux clients, la France et les États-Unis, sur la question du gaz.

« À chacune de nos revendications, a dit le président Chadli, des complots et des pressions se font jour. Nous avons frappé le colonialisme à la tête et voilà qu’il remue la queue. »

L’Humanité, mardi 22 avril 1980

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