Feu sur le RCD

Le 29 juin 1992, l’Algérie habituée à être gouvernée par des félons et des hommes de clans perdait le seul homme d’Etat qu’elle avait connu. Principal dirigeant politique de la guerre de libération, il avait été emprisonné au lendemain de l’indépendance avant de prendre le chemin de l’exil, aussi, fallait-il que le destin le rappelle encore une fois alors que son pays était en danger. Fallait-il qu’il lui réserve des balles tirées à bout portant dans le dos par ceux la même qu’il a conduit à la reconquête de leur dignité. Rappelons-nous, c’était six mois après l’interruption du processus électoral qui allait porter le venin anti-kabyle au pouvoir. Je ne suis pas du genre à soutenir l’intrusion brutale de l’armée dans les affaires politiques, mais n’oublions pas qu’un imam d’Ain Taya prônait l’extermination des deux tiers des Kabyles pour que l’instauration d’un état théocratique soit possible. Ils ont tué Boudiaf. S’il ne fallait retenir qu’une seule chose de cette épreuve voulue indispensable au maintien du marasme, de la stagnation et de l’illusion, ça ne serait pas la foule entassée sur les trottoirs attendant le cortège funèbre afin de saluer une dernière fois le président, ni l’émotion, ni la tristesse des pauvres gens, non : ce ne serait que l’espoir qu’il a su faire naître en nous, l’espoir de voir un jour disparaître les interdits légués par les religions, le germe de la discorde et les harcèlements réciproques, l’espoir susceptible de démentir à la fois le dictât des généraux et la flambée fascisante des intégristes, l’espoir qui fait tenir debout. La grande histoire retiendra donc que c’était un homme, un homme d’à peine 30 ans de vie en Algérie et autant d’années d’exil qui signa un pacte lourd avec l’honnêteté avant de mourir. Je cite monsieur Boudiaf tout bonnement parce qu’il a été le seul chef de l’Etat qui refusait des fonctions ad honores dont l’axe se décidait dans les locaux du Ministère de la défense. Epargnons-nous l’absurdité heurtante et qui surprend, celle qui consiste à faire dire : c’était un arabe. Abrika, Ouyahia, Khalida, les Benyounes, Mohamed et Mohamedi Said, Naït Belkacem, Abdeslam, Djaffar el Afghani et tant d’autres étaient et sont kabyles. Que non, sa liquidation à été une catastrophe. Une souffrance. Notre histoire est ainsi faite, un enfer jonché de bonnes souffrances. De trahisons. Oui, notre histoire a toujours été une histoire de souffrances. Notre souffrance a été parfaite en son genre, elle nous sert en premier lieu de paradigme à un certain nombre de revendications mémorielles qui nous entraîne dans une soif de liberté sans fin, l’important, il n’y a pas d’histoire sans mémoire, le devoir de mémoire n’est pas illégitime, mieux, il est indispensable pour nous – Algériens en général et Kabyles en particulier – qui sommes en manque d’un avenir radieux… Je ne dis pas que notre intérêt est de nous replier sur nos souffrances, au contraire, prenons ces souffrances comme gage de l’avenir.

Des élections arrivent, en France et en Algérie. Dans l’hexagone, nos compatriotes binationaux devraient s’investir pleinement, dans la course à l’Elysée comme dans la bataille que nous promettent les législatives. Bouteflika les fustige car pour la plupart, ce ne sont que de simples fonctionnaires, des ouvriers, des maçons, des artisans, des saisonniers. La considération, il l’a réservée pour un binational de marque : Zinedine Zidane. Sans l’intention de manquer de respect à ce grand homme du football français, je dirais qu’il a su, involontairement, nous démontrer que notre président, sorcière entremetteuse ayant perdu la tête est tellement petit, tellement bas qu’il s’incline à chercher l’intelligence dans les pieds. Dans sa politique de ruse tout ce que la morale réprouve fait office de règle. Il somme la France de reconnaître son génocide mais se soigne au Val De Grâce. A ce propos, des circoncellions (ancêtres des GIA) à Bouteflika, en passant par les arabes, les turcs et les français, quel est l’envahisseur qui n’a pas commis des massacres ? Le berbère n’a jamais enfanté en paix.

Boudiaf a été tué. Derrière chaque grand homme, il y a une femme dit-on, c’est peut-être vrai, mais il y a aussi des traîtres. Çà c’est sûr ! C’est justement l’infiltration de ces derniers que semble endurer le dur labeur du FFS et du RCD. Mais parlons d’abord, d’abord de Boutef avec son FLN islamisé et Ouyahia avec le RND conservateur.
L’affrontement de ces monstres aliénées – l’un par la haine et son besoin de repentance envers sa langue et sa religion, l’autre par sa prédisposition à sauvegarder coûte que coûte les intérêts des généraux – ne doit pas nous leurrer, car en vérité il y a pas d’affrontement d’idées. Ouyahia exhibe en surface un aspect exactement conforme à celui de Boutef, quoique recouvert d’une couche de courtoisie qui fait défaut à l’autre. Mais, les deux jouent avec virtuosité de la duplicité régissant les petites sociétés claniques.

Reconnaissons au DRS sa qualité de designer, il sait réfléchir à chaque période sur le type d’agent à faire monter sur le podium. Voilà que l’on apprend qu’un pôle républicain s’est fait autour de Réda Malek. Un pôle aux concepts mytho-tauromachiques portés par des aigris pris dans un tourbillon de délires les yeux tournés désespérément vers l’image infidèle de leurs petites personnes. Il s’agit de rire des travers et névroses qu’ils entretiennent. Passons sur le fait qu’ils ne sont pas encore unis que chaque groupuscule essaie de tirer la coalition à son avantage. La dépêche de Kabylie soutient que Benyounes est la personnalité importante du microscopique regroupement et Réda Malek dévoile que celui-ci et son obligé Abrika veulent téter de son sein la virilité qui leur manque. Ils se lancent déjà dans des procès ad hominem, ceux qui ne les rejoignent pas mangent dans la main du pouvoir, qu’ils disent. Quand la modestie flanche, l’outrecuidance se confirme. Un véritable dédale, ces accusations sont faites d’une part, par un Molotov Algérien qui 50 ans durant assumait fièrement le rôle d’idiot utile que les Staline Algériens lui avait si tranquillement attribué, et répétées d’autre part, par un manufacturé qui est au DRS ce que la montre est au poignet. Il se recharge aux mouvements du RCD par énergie cinétique. Toute sa littérature depuis qu’il a été viré de son parti est un essai virulent contre ceux qui mettent en cause le responsable de la stagnation sociale. A coté de ses frémissements, paradoxalement protégé par l’armure de son honneur fichu, il étale sur l’écran son ignorance, sa suffisance, en un mot sa servilité.

Arvah a tafat, La dépêche annonce avec arrogance  » le pôle républicain ANR-UDR-MDS, auraient de quoi nourrir de réelles espérances quant aux suffrages, qui s’exprimeraient en leur faveur« . Ce cortège de dupes s’est fourré le doigt dans l’œil, ce qui souffle sur son fier sommet, c’est du vent. Parions que sa quête d’une identité imaginée façonne une solidarité à l’avance déchue. Ce pseudo pôle n’est en fait qu’une fantaisie bouffonne, un canular. Ainsi va ce système qui enfante des hydres aux milles chemises. Ces héritiers résiduels d’une rhétorique créer par le couple Bouteflika-Toufik n’ont que de l’anti Sadi-Aït Ahmed en commun. Mais bien sur, à l’approche des élections les agents dormants dans le FFS et le RCD se réveillent. A chacun, une tache particulière, la démission tapageuse et médiatisée, le mensonge, la magouille, la désinformation, le grignotage des mots sur le fonctionnement organique de leurs partis et j’en passe. Résultat, le FFS ne va pas aux élections. Reste le RCD. Va t-il réussir à dresser les infiltrés dans ses rangs ou finir par les empailler ? En tout cas ses militants ont déjà mis la vigilance à contribution. Ils ont su éviter le chantage qui travestit l’égoïsme en vertu, la démission en sagesse, la lâcheté en lucidité. Et tout le monde est d’avis avec l’ancienne vedette du journal télévisé, M. Hachemi Souami : passons aux choses sérieuses. Et c’est responsable et sérieux de voir le dirigeant de la liste RCD en France, le Dr Rafik Hassani se donner sans perdre haleine à combattre ceux qui pensent que la liberté des peuples se négocie.

Lyes Khodja.

P.S. Parce que l’opinion s’est à peine émue du déroulement du procès dit Khalifa, dans lequel Abdelghani Bouteflika devait être cité. Parce que le pouvoir cherche à mettre à l’épreuve la justice de manière encore une fois à la domestiquer, parce que le régime se caractérise par l’aventure, l’absence de projet social, la corruption et le renforcement arbitraire de l’administration et de la police, je spécifie encore ma solidarité à Yahia Bouam, le Sacco de Fréha, condamné à tort par une justice aveugle. Si l’époque est aux héros elle est aussi aux victimes « Hypocrite kabyle, mon semblable, mon frère ».

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*