France : une identité malmenée

Si le concept d’identité garde un caractère dangereux renvoyant aux frasques rhétoriques de certains extrémistes, son abandon aux mains de l’extrême-droite l’est encore plus. C’est pourquoi, il est plus qu’urgent de se réapproprier ce repère et de lui donner une définition et un contenu conforme à la réalité actuelle du pays. Terre d’accueil et de brassage, la France doit aujourd’hui digérer la transformation de son paysage socio-culturel et redéfinir un nouveau pacte citoyen et un lien nouveau entre les citoyens et la république. S’il n’est évidemment pas question de toucher aux valeurs universelles véhiculées par la République, permettre à chacun de se sentir français tout en respectant les origines diverses des individus est l’équation à résoudre, le risque étant de sombrer dans le communautarisme.

Être français aujourd’hui, c’est adhérer à un système de valeurs érigeant les notions de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité au rang de principes intangibles et accepter, dans ses différences, de s’inscrire dans un cheminement historique qui prend ses sources au fin fond de l’histoire de France et du monde. C’est adopter comme outil de communication la langue française et s’en servir pour tous ses actes quotidiens. Quiconque ne reconnaît pas ces exigences doit être fermement rappelé à l’ordre.

La montée des communautarismes, ou chacun se définit en fonction de ses particularités (religion, sexe, ethnie, région, orientation sexuelle, quartier…) illustre à quel point l’habit de la citoyenneté française tend de plus en plus à rester au placard, souillé par l’extrême droite. Cet étouffement de la citoyenneté à une conséquence majeure : réduire au maximum la conscience politique de citoyens déjà réduits au rang de simples consommateurs, y compris de politique…

L’accession au second tour de l’élection présidentielle du leader du front national aura au moins eu un mérite décisif : reconscientiser des citoyens ramollis par le ronron routinier d’une démocratie par définition fragile et amorcer un retour du civisme, donc de la citoyenneté.

Cependant, la vraie leçon à tirer du 21 avril 2002 n’est pas celle dont nous bassine les politiques et les médias, à savoir le péril fasciste, épouvantail servant surtout à éluder les vraies questions, ou le trop grand nombre de candidats, phénomène lié à la non représentativité des citoyens par la classe politique traditionnelle. Non, la vraie question que pose la présence de M. Le Pen au second tour est la suivante : qu’est-ce qu’être français aujourd’hui ?

Si la gauche, prisonnière de son idéologie post-soixante-huitarde et de ses prises de position érigeant en victimes tous ceux qui, pour une raison ou une autre, considèrent la république française au mieux avec méfiance, au pire avec défiance, semble vouloir timidement aborder cette question, sans heurter ses électeurs « bobos » ou selon la formule de Liliane Messika « BIMI » (bien intentionnés, mal informés), n’aimant le patriotisme que lorsqu’il s’exprime dans des contrées exotiques, la droite semble vouloir prendre cette question à bras-le-corps. De la réponse qui sera apportée à cette question dépend, non seulement le nom du futur vainqueur de l’élection mais également le score que réalisera Le Pen pour son baroud d’honneur électoral.

L’échec de la diabolisation du front national doit conduire à une réorientation de la stratégie de lutte contre l’extrême droite. Être diabolisé par un système à bout de souffle, c’est le meilleur argument apporté dans l’escarcelle frontiste. Il convient donc, face aux arguments souvent simplistes des lepénistes, d’opposer des arguments forts et sans complexes en ne cherchant pas à fuir le débat en poussant des cris d’orfraie.

Par ailleurs, l’irruption dans le débat politique d’associations communautaristes (notamment islamistes) et violemment francophobes, du style « les indigènes de la république », au discours indigent et anti-républicain, faisant de l’état français un état colonial sur son propre territoire contribue à alourdir le climat et à faire obstacle à l’avènement d’une France réconciliée avec elle-même et avec ses habitants. Usant jusqu’à la corde du créneau victimaire et invoquant la mémoire de gens qui les conchie (les résistants aux colonialismes, ceux qui se battent, pas ceux qui pleurnichent), ils n’hésitent pas, tout en insultant la démocratie et ses valeurs de tolérance, à défendre les agissements invraisemblables des islamistes. Avec les « indigènes de la République », vous avez donc le droit de voiler et lapider les femmes, de massacrer des innocents et de menacer quiconque s’exprime librement… le vrai danger étant l’Occident !

Enfin, comment ne pas parler de l’hypothèse électoral qui s’annonce ? En effet, la gauche songerait à investir, en Seine-Saint-Denis, l’ineffable leader du MRAP : Mouloud Aounit ! La diversité de la France enfin prise en compte ? Que nenni ! Mouloud Aounit, pourfendeur de la laïcité, de la liberté d’expression, défenseur de l’islamisme, trainant en justice quiconque tape dans la fourmilière de ses convictions crasseuses serait chargé par la gauche compréhensive, celle qui, au nom du relativisme culturel, accepte la polygamie et le voile, de draguer l’électorat musulman du département rouge. Voilà comment, par des actes symboliques, on circonscrit une catégorie de français à ses origines. Faut-il compter sur la gauche pour l’intégration ? En tout état de cause, un nombre de plus en plus élevé de français issus de l’immigration nord-africaine se tourne vers la droite voire… l’extrême droite !

La classe politique continue de considérer les français originaires d’Afrique du Nord comme une communauté homogène ayant pour ciment l’islam… La discrimination dont ils sont victimes est liée à leur marginalisation sociale et identitaire, elle même liée au refus de la classe politique de les considérer comme des citoyens à part entière. C’est pourquoi ils veulent être considérés comme des français avant tout et veulent que la classe politique s’adresse aux citoyens qu’ils sont. Mais la gauche refus obstinément. Elle va leur envoyer des gens comme Mouloud Aounit, qui va leur parler d’islam, de respect des différences, de liberté religieuse. La France ? Elle attendra…

Par Arezki Bakir et Nafa Kirèche qui sont sont membres du collectif « Tous Français »

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