Henri Genevois, une passion kabyle 1913-1978

Parmi les chercheurs missionnaires qui ont donné leurs lettres de noblesse à l’ethnographie culturelle dans le domaine kabyle, Henri Genevois occupe une place particulière.
Il apprit l’arabe dialectal de Tunisie comme il emploiera toute son énergie à maîtriser le kabyle de Grande Kabylie sous la conduite d’un autre berbérisant de valeur, à savoir le père Jean-Marie Dallet (1909-1972), auteur du “Dictionnaire français-kabylie”.

Henri Genevois était convaincu que l’étude d’une société et de la culture dans laquelle elle se meut ne pouvait se faire que par le moyen de langue d’expression de cette même société. Dans un esprit d’humilité peu commun, il pensait qu’il ne pouvait servir que de “rapporteur” ou de hiérogrammate de l’Antiquité, et que l’étude et la synthèse des textes transcrits de sa main devaient échoir à d’autres spécialistes de l’anthropologie cultuelle.
Henri Genevois marqua de son empreinte la série des “Fichiers de documentation berbère” de Fort-National, fonds documentaire dans lequel étaient consignées toutes les recherches ethnographiques de l’époque liées au domaine berbère.

Il est né le 8 juillet 1913 à Bourg-en-Bresse. Il fit ses études de théologie en Tunisie ; il les acheva en 1942 et entra alors dans la Société des Pères Blancs. Nommé cette même année en Grande Kabylie, il y passa toute sa vie, à l’exception des deux dernières années : une grave maladie de coeur le ramena en France. Il est décédé à Pau le 20 janvier 1978.

Il s’intéressa très tôt aux langues parlées, aux dialectes pour lesquels il avait, sans aucun doute, attrait et facilité ; aussi bien l’arabe dialectal rural du centre nord tunisien où il résida un temps que, bientôt après, au dialecte kabyle de Grande kabyle qu’il étudia de près. mais il ne voulut jamais être linguiste, encore moins lexicologue. Il attendait de la connaissance précise de ces dialectes qu’ils lui soient l’outil de contact avec les habitants du pays où il vivait ; mais il sut fort bien se servir de cet outil, en noter les données spontanées, orales, qu’il relevait avec précision. Il appartenait à une petite équipe dirigée par le Père J.M. Dallet qui avait résolu de n’étudier un peuple, ses traditions, son Histoire, l’expression de sa culture, que par le moyen direct de sa langue maternelle. Il fut un vrai chercheur du document de base. Il n’était d’ailleurs pas un homme à thèses ou à systèmes ; ni non plus un homme de synthèse. Il se voulait modeste et exact documentaliste, au service des spécialistes ethnologues ou de ceux qui n’ont pas les moyens personnels de ce contact long, patient, avec la réalité vivante.

C’est pourquoi il se trouva lui-même bien servi par la parution régulière de la modeste publication du Fichier de Documentation Berbère assurée pendant vingt cinq ans par le regretté J.M. Dallet. Il avait là le moyen pratique de faire sortir et de diffuser le résultat de ses collectes. C’est pour lui rendre hommage et justice à la fois que j’écrivis dans la Notice que je consacrais au Père J.M. Dallet en 1972, à son oeuvre de linguiste et d’éditeur les lignes suivantes : « Mon compte rendu serait bien incomplet si je ne mentionnais l’apport si considérable que le Père H. Genevois a assuré au Fichier de très bonne heure et de plus en plus, au point de mériter vers les dernières contributions concernent spécialement l’ethnographie, la psychologie sociale, avec plusieurs monographies de villages. Elles ont pris place dans les volumes de la collection dite des Publications du Fichier ».

Voici dans l’ordre chronologique de parution, les titres de publications de H. Genevois. La première série, la plus importante, est faite de la contribution de l’auteur au F.D.B., édité à partir de 1946 : il s’agit, ordinairement, de monographies de 80 pages de texte, kabyle le plus souvent, et de sa traduction, annotée, parfois illustrée. Il poussa plus loin la rédaction de deux études qu’il avait présentées en articles successifs au F.D.B. Deux volumes en sont sortis, difficiles à trouver aujourd’hui : ce sont deux monographies consacrées chacune à un village kabyle. Leurs références viennent sous le II, sans rappel des articles moins complets qui en avaient été l’ébauche. Une dernière série, III, présente les titres d’autres études parues hors du F.D.B., et particulièrement son dernier travail qu’il n’aura pas vu imprimé :

I- Au F.D.B. (Fichier de Documentation Berbère) devenu en 1973 : Fichier Périodique – Fort- National (Alger).

1947 – Calendrier lunaire musulman. 8 p.

1950
– Les Anges. 4 p.
– Dieu (notions populaires). 16 p.
– L’Au-delà à préparer. 4 p.
– Lmulud. 3 p.

1951 – Le Conte de l’Ogre : texte et traduction. 13 p.

1952 – Sidna Musa et l’homme heureux. 2 p.

1953 – Aliments. 18 p.

1955
– L’Habitation kabyle : At Mangellat. Bibliographie. Texte kabyle. Glossaire. 35 p.
– Ayt Embarek. Notes d’enquête linguistique berbère sur un village des Beni Smaïl (Kerrata. Sétif – Algérie). 83 p.

1958 – Djema-Saharidj. 79 p.

1962 – La Famille. Contribution à l’étude ethnographique du Maghreb. Texte et traduction. 62 p.

1963
– 350 Énigmes kabyles. Contribution à l’étude ethnographique de l’Afrique du Nord. Énigmes populaires de la Grande Kabylie. Texte et traduction. 90 p.
– Le corps humain : les mots, les expressions. 71 p.
– Taqsit Ledyur (La légende des oiseaux) et les sentences sapientiales dans la littérature populaire. 71 p.

1964 – Valeur du sang. Rites et pratiques à intention sacrificielle. 90 p.

1965
– Le Sage Bou Amrane, Loqman Kabyle. Texte kabyle et traduction. 128 p.
– Vues sur l’Au delà. 105 p. + une table.

1966 – Éducation familiale en Kabylie. Contribution à l’étude ethnographique du Maghreb. 73 p.

1967
– Sut adu. La laine et le rituel des tisseuses. 100 p.
– Légende d’un Saint : Chikh Mohand ou Lhossine. Contribution à l’étude de la vie religieuse. 87 p.

1968
– Superstition, recours des femmes kabyles. Contribution à l’étude du sentiment religieux et de ses déviations. 101 p.
– Un pèlerinage à la tombe de Chikh Mohand ou Lhossine. Contribution à l’étude du sentiment religieux . publiée en 1967. 105 p.
– Superstition, recours des femmes kabyles. II. 100 p.

1969 – La femme kabyle. Les travaux et les jours. Texte et traduction. 85 p.

1970 – Ay isem e’zizen, a yemma. la mère. Texte et traduction. 77 p.

1971 – At yanni. Les Benni Yenni. Essai monographique. Éléments historiques et folkloriques pour servir à l’étude secteur de Kabylie. Texte et traduction. 83 p.

1972 – La terre, pour le Kabyle : ses bienfaits, ses mystères. Texte et traduction. 63 p.

1973 – Djebel Bissa. Prospections à travers un parler inexploré du Nord-Chélif, en collaboration avec P. Reesink. 82 p.

1974 – Légende des Rois de Koukou : Sidi Amer Ou-elQadi, Sidi Hend le Tunisien. 84 p.

1975 – Le Calendrier agricole et sa composition. 48 p.

II – Études publiées dans la série : Publications du F.D.B. (Fort-National – Alger)

1962 – Un village kabyle : Tawrirt n At Mangellat. Notes d’Histoire et de folklore (texte et traduction). 250 p.

1972 – Un village kabyle : Taguemount Azouz des B. Mahmoud. Notes d’Histoire et de folklore (texte et traduction). 200 p.

III. Autres publications

– A propos d’une inscription funéraire : Djemaa Saharidj, in Libyca, Archéologie-Epigraphie, t. III, pp. 373-374.

– Cosmogonie (kabylie), in : Encyclopédie berbère, édition provisoire (diffusion restreinte). Cahier n. 2. s.d. (1971 ?). 6 p. dactylographiées.

– Un rite d’obtention de la pluie : « La financée d’Anzar », in Actes du Deuxième Congrès International d’Etude des Cultures de la Méditerranée Occidentale II (Malte, juin 1976). S.N.E.D., Alger 1978, pp. 393 à 401. Texte kabyle et traduction française.

Jacques Lanfry

 

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