Heureux séjour dans la régence d’Alger

I- Anecdote au pays champion de l’islam

Pour avoir prescrit de la morphine à une princesse saoudienne qui souffrait du dos à la suite d’un accident (d’auto, de chameau ?) un médecin égyptien, le docteur Raouf el Arabi, âgé de 53 ans, a été condamné en 1ère instance à 750 coups de fouet et 7 ans de prison par un tribunal saoudien. Se jugeant injustement condamné, le malheureux a fait appel. Sa peine a été portée à 1.500 coups de fouet et 15 ans de prison. Il recevra 10 à 15 coups de fouet par semaine pendant 15 ans. S’il recevait les 1.500 coups en une seule journée, il en mourrait et la justice saoudienne serait frustrée. Cet événement ne date pas du premier siècle de l’hégire mais de l’année en cours (2008.) Il est vrai que la condamnation au fouet s’applique encore dans ce beau pays, en pleine conformité avec le Coran. En effet, selon la sourate La lumière, verset 2 « Flagellez le fornicateur et la fornicatrice de cent coups de fouet chacun. Par respect pour la religion d’Allah, ne vous laissez pas émouvoir de pitié pour eux. Qu’un groupe de croyants soit témoin du châtiment. » (Rappelons que le Coran est présenté comme la parole d’Allah, universelle et permanente.)

II- Des juges islamiquement corrects

On m’objectera que cela ne risque pas de se produire en Algérie. Dans notre pays d’islamisation rampante, quoique sonore et visible, les juges ne vont pas si loin pour l’instant. A Biskra, l’un d’eux a condamné à 4 ans de prison chacun des citoyens surpris à transgresser le ramadan. Il n’a pas été relevé de ses fonctions pour abus de pouvoir mais les condamnés ont été acquittés en appel. A la prison d’El Harrach, une détenue a été condamnée à 6 ans de prison pour avoir laissé tomber dans un seau d’eau un exemplaire du Coran (blanchiment de texte sacré ?) Elle a été acquittée en appel mais le juge de 1ère instance n’a même pas été sanctionné.

Selon le quotidien Liberté, dans un reportage relatif aux résidences universitaires, il est courant de voir des étudiants s’entasser à 5 dans une chambre de 10 m² (par comparaison, les cellules de la prison de Serkadji à Alger abritent 3 détenus pour la même superficie.) Il faudrait construire de nouvelles et nombreuses cités universitaires mais cela ne semble pas une priorité pour le gouvernement algérien. En revanche, le chantier de la nouvelle mosquée vient d’être lancé. Elle sera l’une des plus grandes du monde et coûtera des milliards de dollars.Retour ligne automatique
Existe-t-il un lien entre les informations ci-dessus ? Je laisse aux internautes le soin de le trouver.

III- Un vent (brûlant) de liberté

La foire internationale d’Alger s’est tenue du 28 octobre au 5 novembre mais la censure a sévi une fois de plus. Le stand des éditions INAS avait été fermé l’an passé à cause du livre de M. Benchicou ; les Geôles d’Alger. Cette année, un livre du même auteur « Le journal d’un homme libre » a été saisi dans les locaux de l’imprimerie. (Un homme libre ! où donc se croit-il, M. Benchicou ? Le dernier livre de Boualem Sansal, Le village de l’Allemand est interdit. Pour couronner le tout, le directeur de la Bibliothèque nationale a été relevé de ses fonctions pour avoir reçu le poète syrien Adonis, jugé iconoclaste. On ne peut s’empêcher d’évoquer la célèbre tirade de Beaumarchais dans Le mariage de Figaro :

« Ne pouvant avilir l’esprit, on se venge en le maltraitant… j’écris sur la valeur de l’argent… sitôt je vois, du fond d’un fiacre, baisser pour moi le pont d’un château fort à l’entrée duquel je laissai l’espérance et la liberté… Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de 4 jours, si légers sur le mal qu’ils ordonnent… je lui dirais que les sottises imprimées n’ont d’importance qu’au lieux où l’on en gêne le cours, que sans la liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge flatteur et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits… et comme il faut diner quoiqu’on ne soit plus en prison, je taille ma plume… on me dit qu’il s’est établi dans Madrid un système sur la liberté de la presse et que, pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l’autorité, ni du culte, ni de la critique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement sous l’inspection de deux ou trois censeurs… »

Ces extraits du Mariage de Figaro, joué dès 1784 à la veille de la grande Révolution française de 1789, enflammaient les gens de ma génération, nous qui refusions de vivre sous le régime colonial. Nous étions loin d’imaginer que la censure sévirait dans une Algérie qui aurait si chèrement payé son indépendance. Faut-il donc croire que toujours et partout les détenteurs du pouvoir sont des étrangleurs de la liberté ? S’est-on demandé pourquoi des auteurs talentueux, si nombreux depuis l’indépendance, préfèrent se faire éditer en France ? S’imagine-t-on que l’attrait de meilleures conditions matérielles soit la principale cause de la fuite des cerveaux ?

Le salon du livre a fermé ses portes. La censure n’a pas soulevé de fortes vagues dans une opinion anesthésiée.

IV- regard sur la crise mondiale

Pour le moment, la crise financière mondiale n’inquiète pas beaucoup les Algériens. Les réserves en dollars sont encore importantes. Nos milliardaires verront leurs placements à l’étranger perdre une partie de leur valeur mais il leur en restera toujours assez. Les harragas affronteront toujours le risque au pire de noyade, au minimum de refoulement. On continuera à déplorer un suicide par-ci, un meurtre par les intégristes musulmans par-là, à voir un bidonville détruit quelque part, remplacé aussitôt ailleurs par un autre. Retour ligne automatique
Et la majorité de ce peuple où les moins de 26 ans constituent la moitié de la population continuera à subir le chômage, la crise du logement, les privations, les frustrations.

Que les grandes entreprises capitalistes soient ou non victimes de la récession, elles ne se bousculeront pas pour des investissements productifs aussi longtemps qu’y dureront les lourdeurs bureaucratiques.

V- Le tracassin chronique

Au fait, pourquoi s’inquiéter de problèmes internationaux. A chacun de mes séjours en Algérie, je suis confronté à de nouvelles contrariétés. C’est ainsi que je me suis présenté à la BADR (Banque de l’Agriculture et du développement rural) pour demander l’allocation annuelle de change à laquelle la loi me donne droit. On m’oppose un refus et on me conseille de m’adresser à la Société générale, tout près de là. J’y vais. On m’a fait le change mais l’opération a duré une heure.

Ma facture de téléphone est datée du 13 septembre. Le dernier délai pour le paiement est le 4 octobre, sous peine de coupure de la ligne. La facture me parvient le 26 octobre. Je la paye au guichet de la poste. Je signale le retard à l’employée. Elle dit que c’est assez courant. J’appelle le service central pour demander de ne pas couper la ligne. On me répond de ne pas m’inquiéter, on ne coupera pas.

Je reçois de la Trésorerie générale une lettre me demandant de fournir un certificat de vie avant le 25 novembre. Datée du 2 octobre, elle me parvient le 28 octobre soit 26 jours plus tard pour une distance de 15 km.

Je demande un certificat de vie à un guichet de la mairie de Kouba. L’employée exige le livret de famille de mes parents. J’en demande le motif. C’est pour voir le nom de ma mère. J’explique à l’employée que je lui demande d’attester que l’individu qui est en face d’elle, et lui présente sa carte d’identité, est vivant. J’ajoute que je ne détiens pas le livret de famille de mes parents, tous les deux décédés. Ce document se trouve quelque part en Kabylie chez mon frère aîné. Elle m’établit le document demandé en y inscrivant mes seuls nom et prénom, ce qui est suffisant.

A la poste de Kouba, pour retirer de l’’argent des chèques postaux, il m’a fallu deux heures à cause des pannes intermittentes de l’ordinateur.Retour ligne automatique
Je dois déposer une réclamation à la direction des impôts de la wilaya d’Alger pour demander l’annulation d’une double imposition. Un employé des Impôts m’a conseillé de ne pas envoyer le dossier par la poste. Il faut le déposer au bureau d’ordre du service concerné et faire signer un accusé de réception sur le double de la demande afin de prouver que le dossier est bien parvenu au service concerné. Ce dernier est au centre ville, l’opération m’a pris toute une matinée.

On se plaignait de la longue durée d’acheminement du courrier entre l’Algérie et la France. Voilà que la poste ne maîtrise même pas le transport des lettres dans la même ville d’Algérie. Faudra-t-il recourir à une assistance étrangère comme pour la construction de logements ou la distribution de l’eau ?

Amère conclusion

Une recommandation aux candidats à un séjour temporaire en Algérie : se munir d’une bonne dose de neuroleptiques et plaindre les compatriotes condamnés à y vivre en permanence. Ou bien rêver d’un avenir meilleur maintenant que le président de la République peut l’être à vie.

Hocine Benhamza

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