Hommage à Matoub Lounès

L’enfant frondeur de la Kabylie victime du pouvoir islamophile

Il y a un peu plus de onze ans aujourd’hui que Matoub Lounès payait de sa vie un engagement inconditionnel envers une langue, une région et une culture qu’il n’a jamais reniées. Chanteur et musicien émérite, il a su allier le verbe et le rythme pour les mettre au service d’une cause qu’il a défendue jusqu’au bout, quitte à lui sacrifier sa vie.

Ses prises de position impitoyables envers le pouvoir en place qui s’acharne vaille que vaille, aujourd’hui encore et soumettre une Kabylie fière et rebelle lui ont finalement coûté la vie.

C’est qu’en Algérie, il ne fait pas bon critiquer l’islam. En vertu du fameux article 144 bis du Code Pénal, on peut y perdre sa liberté et se retrouver derrière les barreaux juste pour avoir osé dénigrer publiquement (ou même en privé s’il plaisait à deux témoins d’aller vous dénoncer aux autorités) l’islam, son prophète ou un quelconque aspect de la religion musulmane. C’est une audace pour laquelle on peut même mourir.

Cela est arrivé à Matoub Lounès, l’icône légendaire de la chanson kabyle engagée, un homme qui s’est insurgé pendant toute sa carrière contre l’arabisation et l’islamisation effrénée de la Kabylie.

Le 25 juin 1998, Matoub Lounès est assassiné sur la route menant de Tizi Ouzou à Ath Douala en Kabylie à quelques kilomètres de son village natal. Cet assassinat, qui relève en fait de l’exécution, est officiellement attribué au GIA. L’assassinat de Matoub Lounès avait été revendiquée à l’époque par Hassan Hattab qui avait qualifié le chanteur d’ennemi de Dieu..
En réalité, le doute subsiste sur les véritables commanditaires de ce meurtre dont les dessous n’ont jamais été élucidés.

L’opinion publique soupçonne le Pouvoir d’être l’instigateur de la mort de Matoub Lounès, ce qui n’absout en rien les terroristes islamistes qui ont été chargés de la sale besogne. C’est d’ailleurs un fait notoire aujourd’hui que Hassan Hattab, dissident du GIA promu chef du GSPC et désormais repenti bénéficie des bonnes grâces du Pouvoir algérien.

Mais même mort, Matoub continue de hanter le pouvoir et de galvaniser les foules. Adulé par des dizaines de milliers de fans, la commémoration de sa mort draine chaque année des foules nombreuses. De nombreuses stèles ont été érigées à sa mémoire à travers toute la Kabylie tandis que sa maison, devant laquelle se trouve sa sépulture, est devenue est un lieu de pèlerinage incontournable.

Je ne suis pas obligé d’être musulman

Dans un pays où la religion musulmane est une tare congénitale dont chaque citoyen est inéluctablement affublé à la naissance, Matoub Lounès aimait répéter : « Je ne suis pas obligé d’être musulman ». Une façon élégante de s’insurger contre la constitution algérienne qui fait fi du libre arbitre en imposant à tout à chacun une religion qu’on lui interdit d’abjurer. Dans une chanson datant de 1983, Matoub Lounès remet en cause le fatalisme de ceux qui se complaisent dans la pratique béate d’un islam mortifère. Usant avec art du second degré, en maître avéré de l’ironie et de la métaphore, il revisite à sa façon une des formules préférées des musulmans : « Allah akbar »Retour ligne automatique
Nous vous proposons ici une version sous-titrée en français de cette chanson où Matoub nargue avec courage ceux qui se sont laissé endormir par la religion qui a mené l’Algérie au bord du gouffre.

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