Il y a 50 ans l’Algérie prenait le mauvais tournant

En début de semaine fin juillet 1962 (après le dimanche 22 plus exactement, ironie et presque aussi dimanche de la semaine jours pour jours après 50 ans) le groupe dit de Tlemcen par son porte-parole Ahmed Boumendjel avait annoncé que Ahmed Ben Bella, et ceux qui se sont ralliés à lui, avait créé un « bureau politique chargé de prendre en main les destinées de l’Algérie ». Il faut dire que Ben Bella, assoiffé de pouvoir, avait rejoint son fief “l’Oranie” une semaine après la déclaration de l’indépendance, par une entrée triomphale à Oran après s’être rendu en Égypte le 27 juin pour une visite qu’il avait faite à celui qu’il admirait tant, et surtout à celui qui lui avait promis de le supporter, le colonel Gamel Abdel Nacer.

Ce bureau politique de monsieur Ahmed Ben Bella, comprenait lui-même comme « Le chef », ainsi que ses compagnons de cellule : Aït Ahmed, Boudiaf, Bitat, Khider, Mohammedi Saïd et Hadj Ben Alla. Trois jours auparavant le président égyptien Gamel Abdel Nacer, le roi Idriss de Libye et même le président Sékou Touré du Mali avaient tous offert leurs bons services pour des médiations entre ce groupe de Tlemcen créé par Ben Bella, qui voulait prendre le pouvoir, et celui d’Alger, c’est-à-dire le GPRA qui venait juste de s’installer à Alger comme prévu par les accords d’Évian.

A noter toutefois que deux de ses compagnons de prison, Boudiaf et Ait-Ahmed avaient refusé l’offre de faire parti de ce bureau politique. Tous deux se sont retirés en Kabylie (à Tizi-Ouzou plus exactement) le lendemain de l’annonce et décidèrent de s’opposer à leurs camarades de détention et tous ceux qui les ont suivis, les accusant ouvertement de prendre le pouvoir illégalement en voulant imposer une dictature arabo-musulmane à tout le nouveau pays comme Ben Bella l’avait bien chanté, très haut, par 3 trois fois quelques mois auparavant à sa descente d’avion à Tunis, un certain 14 Avril. Ces deux anciens compagnons de prison avaient bien raison comme l’a bien montré l’Histoire !

Les choses passèrent à la deuxième vitesse quand le mercredi 25 juillet, les chefs de la wilaya II rejoignirent le camp des partisans de Ben Bella et vont prendre pars surprise le contrôle de la ville de Constantine où il y a eu les premiers morts de l’après-guerre tandis de Boudiaf appelait les Algériens à s’organiser pour « faire échec au coup de force ».

A cela suivit une grande parade militaire le vendredi 27 avec défilé pour la première fois d’armes lourdes “dites des armées de frontières” (sous commandement de Boumedienne qui avait rejoint Tlemcen), à Tiaret, précisément dans cette troisième grande ville de son fief pour accueillir Ben Bella et les quelques membres de son bureau politique qui ont fait le déplacement avec lui.

Il y a eu après toutes ces tournées et préparatifs jusqu’au lundi 30 juillet avec cette fameuse conférence de presse d’Ahmed Ben Bella à Oran avec sa réponse, sans ambigüité, de ses intentions, à un journaliste français au sujet d’une éventuelle rupture des négociations avec ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui, en disant mot pour mot :

« Si ses opposants venaient à ne pas être d’accord avec lui, il prendrait ses responsabilités » annonçant clairement ses intentions à l’égard de ceux qui lui résisteraient principalement les gens de la wilaya III, bien entendu tous “ces” Kabyles.

Oh ! En cette fin de mois de juillet 1962, avec cette autre page de l’histoire à ne pas oublier pour tous ceux nés en Algérie alors dite “française” et surtout nous les Kabyles qui avions tant sacrifié pour l’indépendance, après juste ce petit goût d’une paix et d’une tranquillité d’à peine 2 semaines et surtout pour tous ceux qui avaient survécu aux 7 ans de cette guerre.

Qui aurait dit qu’en cette fin de juillet 1962 le premier coup de glas de l’Algérie algérienne avait sonné ? comme l’ont montré les événements qui ont suivi après l’installation progressive de la dictature “arabo-islamiste” de ce groupe du FLN avec les autres malheurs de la “post-indépendance” pour tout le pays a commencer par les nôtres. Nous les Kabyles qui avions en fait commencé a créer cette division interne en trois catégories de citoyens avec :

— ceux qui ont suivi cette alternative de l’adjudant de Marnia fait “grand Héros  » de la révolution par la presse française, avec tous ses dirigeants voulant être au pouvoir alléchés par les gains faciles,
— ceux qui trop fatigués, résignés et qui n’aspiraient qu’à la paix après 7 ans de guerre et de souffrances,
— et enfin ceux qui respectaient la démocratie, restant dans la légalité, demeurés fidèles au GPRA qui même si non élu, avaient au moins le mérite d’avoir réussi a négocier la fin de la guerre avec l’indépendance de ce pays nommé Algérie où tous ceux qui y étaient nés devaient être libres et égaux !

Qu’ajouter de plus au sujet de cette fin de Juillet 1962 si ce n’est que pour beaucoup de jeunes kabyles comme moi, juste sortis de l’adolescence de se voir dans l’obligation de se préparer à une mobilisation imminente pour la plupart, (déjà en cours dans des villages de certaines régions) afin de prendre les armes sous les ordres des combattants de la willaya III qui avaient survécu à la guerre et qui se sont opposés à ce coup de force contre le groupe comprenant les membres dits “d’Oujda“ !

En cette de semaine de juillet 1962 alors que parmi la presse française, certains journaux étaient déjà prêts a mettre en grand, en tête d’affiche et à la une “Katanga en Algérie“, cette sécession que certains voulaient et qui n’arriva pas, justement a cause de cette “division en trois” des Kabyles que nous traînons encore toutes et tous depuis 50 ans avec ceux taxés à l’époque de “régionalistes“ qui ne voulaient pourtant que rester libres et surtout de ne pas se soumettre, quitte a choisir l’exil !

Le triumvirat Ben Bella, Boumediene, Khider contrôlant le gouvernement, l’armée et le FLN, parti unique. Les bases du pouvoir étaient formées et allaient faire le reste :

« Établir la dictature arabo-islamiste, tuer dans l’œuf la nouvelle Algérie algérienne qui devait pourtant bien être vraiment démocratique, libre et laïque ».

Souvenirs… souvenirs… souvenirs…!

Kabylement, votre

Ǝ-Miƨƨ Ṁuḥend Ṻjaεƒer

 

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