Inasliyen au festival international de Ziryab (Irak)

Azul de Babylone

Le mythique groupe pop-rock kabyle Inasliyen continue, quarante années après sa naissance durant les seventies, d’envoûter aux quatre coins de la planète. Après le Québec au printemps dernier, les « Pink Floyd » d’Afrique du Nord, comme aiment à les surnommer leurs innombrables fans, toute génération confondue, viennent de subjuguer au Festival international de Ziryab qui s’est tenu du 27 septembre au 08 octobre dernier à… Bagdad, en Irak ! Le seul représentant de tout le sous-continent nord-africain à ce festival de musique internationale qui a vu la participation d’artistes venus de Finlande, de Norvège, de France, de Grèce, du Kurdistan, d’Espagne et de bien d’autres pays, a puisé dans son riche répertoire entièrement voué à la lutte pour les causes justes dont la revendication identitaire, les droits humains, le devoir de mémoire, la justice sociale, l’égalité et les libertés ne sont pas des moindres.

Avec une maîtrise hors du commun qui assortit admirablement des sonorités du terroir kabyle et nord-africain avec la pop-rock-funk qu’ils affectionnent plus particulièrement, Inasliyen ont laissé pantois les présents dans cette contrée irakienne inhospitalière par les temps qui courent. Et pour cause, ce festival, premier du genre, organisé, s’il vous plait, dans un pays en proie à une guerre asymétrique des plus meurtrière, n’a pas dissuadé Rabah et ses amis d’aller offrir un moment d’évasion et de la joie en répondant spontanément à l’invitation qui leur a été faite par les organisateurs. Il faut signaler que le groupe, fidèle à ses principes, n’a pas reçu la moindre contrepartie financière hormis la prise en charge relative au déplacement et au séjour du groupe qui s’est résumée à quelques jours passés entre la scène du festival et leur chambre d’hôtel tant il était recommandé à tous les artistes participants de ne pas s’aventurer en dehors de ces sites, Bagdad étant, en permanence, le théâtre d’attentats et autres.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, à cette situation inédite, une fâcheuse grippe était venue s’installer dans le corps du chanteur Rabah et ce, dès son arrivée en Irak. Cela ne l’a pas empêché d’honorer son engagement en produisant une prestation de haute voltige qui aura donné des frissons à une assistance charmée qui n’a aucunement remarqué les frissons fiévreux qui secouaient Rabah, malade et éreinté mais paraissant épanoui dans son élément. Le professionnalisme, porté, le temps d’une prestation majestueuse, au firmament, doit une sacrée chandelle à la légende Inasliyen.

D’aucuns n’en revenaient pas de découvrir un groupe hors du commun tant la beauté des œuvres était digne des monstres sacrés de la pop-rock que le monde ait connu, quand d’autres, chose inattendue, écarquillaient les yeux devant des Nord-Africains chantant dans une langue autre que l’arabe à laquelle ils s’attendaient !

Ce passage historique en terre irakienne déchirée par la guerre, consolide l’image d’un groupe qui ne lésine ni sur les moyens ni sur les méthodes pour assumer pleinement le courage et l’engagement militant sans faille qui traverse de bout en bout l’œuvre atypique d’Inasliyen. Il aura indéniablement conféré une dimension planétaire à leur génie artistique et à la langue kabyle qui véhicule essentiellement leur poésie empreinte de lyrisme, traversée de paraboles et se déclinant dans un ton résolument contestataire.

Ainsi, Tilufa [1], Tayri umedyaz [2], Anarag (Concitoyen), Axanav [3], Ilmezyen [4], Tilelli [5]… sont autant de chefs-d’œuvre qui ont résonné en plein Bagdad et qui ont subjugué et rasséréné un monde plongé dans la guerre et son horreur. Loin des pousseurs de chansonnettes et des meddahs de basse-cour qui ont troqué leurs idéaux pour quelques dinars de plus, les alchimistes du verbe et musiciens émérites d’Inasliyen ont su préservé leur réputation comme au temps de « Tafsut umazigh », refusant de sombrer dans la médiocrité et l’escobarderie. Comme en 1986, lorsqu’ils ont été invités par Graeme Allwright pour constituer son orchestre lors de sa tournée en Algérie, mission accomplie avec brio puisque l’auteur-compositeur néo-zélandais en avait été émerveillé, Inasliyen viennent de marquer d’une autre pierre blanche la chanson kabyle en particulier et celle d’expression tamazight en général. En attendant d’autres produits de la même sève et frappés, comme à l’accoutumé, du sceau de l’intemporalité, Inasliyen vous disent : « Azul de Babylone  ! »

Allas Di Tlelli

 

Bonne écoute :

Notes

[1] (Evénements)

[2] (Amour du poète)

[3] (Traitre)

[4] (Hymne à la jeunesse)

[5] (Liberté)

 

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