Iriez-vous danser sur la tombe de ceux que vous aimez ?

Si Lounès Matoub pouvait chanter…

Onze ans, voila onze ans que Lounès Matoub a été assassiné. Ses meurtriers courent toujours. Ils sont libres comme l’air. En Algérie on a le droit de tuer, impunément, les Kabyles sans être inquiétés. Surtout si le Kabyle en question, barde de son état, jongle avec les mots pour éveiller les consciences. Personne n’a été, à ce jour, arrêté, jugé ou condamné.

Qui n’a pas commencé à réfléchir en écoutant Lounès ? Réfléchir aux sens profond des paroles de ses chansons ou en l’écoutant parler ?

Qui n’a pas pris conscience, en l’écoutant, que les Kabyles sont considérés comme des sous-hommes par le gouvernement algérien, qui nous fait l’affront de rien faire pour arrêter les commanditaires de l’attentat ? Mais le gouvernement peut-il être à la fois accusé et juge ? Ne rêvons pas ! Ceux qui savent combien Lounès était dangereux pour le pouvoir algérien, comprendront que jamais personne ne sera condamné pour son assassinat.

Comment voulez-vous que ses proches puissent faire le deuil en n’assistant pas au procès de ceux qui ont sauvagement tué, le réveilleur de conscience ? Le meneur ? Celui qui a toujours eu le courage de ses opinions en dénonçant le chancre islamique ? Celui qui a toujours fait preuve d’humilité. Celui qui n’était préoccupé que par le devenir des Kabyles ?

Normalement, si on peut parler de normalité, il serait bien que les Kabyles fassent en sorte que le 25 juin devienne une journée de deuil national.

Mais le crime est payant en Algérie, l’assassinat de Lounès restera impuni puisque nous ne sommes pas capables de nous réunir pour manifester notre courroux en allumant, par exemple des bougies le 25 juin, sur le parvis des Droits de l’homme à Paris, ou dans d’autres lieux en fonction des villes où demeurent et vivent des Kabyles. Mais que nenni, depuis le 25 juin 1998 et ce pour des raisons qui dépassent l’entendement, des festivités sont systématiquement organisées !

Aux alentours du 25 juin, de chaque année, depuis 11 ans, l’assassinat de Lounès Matoub est fêté, nous avons bien écrit fêté à travers toute la France. Des associations se créent, dans un but mercantile, et organisent des galas en arguant qu’elles veulent « rendre hommage à Lounès Matoub ». Une chanteuse, qui n’a plus de succès, organisent un gala au Zénith de Paris, profitant de « l’hommage à Matoub Lounès » pour remonter sur scène…

Nous comprendrions que les Kabyles fêtent et organisent des galas, des chants, des danses, des “youyoyteries” pour fêter la mort de Boumediene.

Nous n’acceptons pas, le comportement ubuesque de certains politiques kabyles, de certaines associations, de certaine chanteuse oubliée… pour mieux se réjouir de la mort de celui qui leur faisait de l’ombre et qui continuent de leur en faire. Nous ne pouvons pas cautionner ceux qui du vivant de Lounès Matoub, ont tout fait pour le démolir. Ceux qui l’ont combattu, diffamé, insulté, roulé dans la boue et qui maintenant jouissent de sa mort.

Que ces associations, chanteurs, chanteuse, politiques, organisent, louent le stade de France, pour de réjouir de la mort de Mohamed Boukherouba. Retour ligne manuel
Qu’ils organisent même des festivals de plusieurs semaines pour fêter la mort de Ben Bella, de Bouteflika, de Ouyahia ou d’autres ministres qui ont participé, sans rien dire ou donner leur démission, au massacre des jeunes kabyles, à l’arabisation et à l’islamisation au pas de charge de la Kabyles, à la déculturation des Kabyles…

Mais que cesse cette mascarade et que l’on arrête de danser en oubliant pourquoi et pour qui Lounès a été torturé, enlevé et assassiné.

Nous dénonçons ceux qui bénéficient de sa mort alors qu’ils abhorraient Lounès. Ceux qui ont profité de sa faiblesse, alors qu’il avait été blessé par un gendarme algérien, pour répandre des rumeurs diffamantes et qui maintenant exploitent sa liquidation de manières diverses et variées. Ceux qui vont à la radio ou à la télé, afin de se faire voir ou entendre, pour redorer leur blason. Ceux qui ont le culot de parler, de souvenirs qu’ils n’ont pas, de celui dont l’assassinat les réjouit, et ce sans une once de honte. Car s’ils devaient parler de ce qu’ils pensent vraiment, de leurs souvenirs réels cela ne leur permettraient pas d’avoir tous les fans de Lounès courir pour les écouter.

Lorsque l’on sait combien la diffamation est chère au cœur des dirigeants des pays totalitaires, lorsque l’on sait que ceux qui se disent être les opposants du pouvoir algérien font exactement la même chose, nous ne trouvons pas les mots pour dire notre colère.

Il faut que cela cesse, il faut arrêter de chanter, de danser, de se remuer le popotin, de « youyouter » en oubliant que Lounès a donné sa vie pour les Kabyles et la Kabylie.

On pleure pour ce qui nous chagrine, ce qui nous accable, ce qui nous afflige, ce qui nous attriste. On chante, on rit, on danse et on fête ce qui nous fait plaisir, nous rend heureux, nous enchante.

Remuez-vous les méninges, réfléchissez avant de cautionner l’infamie.

Iriez-vous chanter et danser sur la tombe de ceux que vous aimez ?

 

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