J’ai assisté à une prière pour faire venir la pluie

Un jour j’ai assisté (de loin) à une immense prière « de la pluie » conduite par un imam de ma connaissance au beau milieu d’une belle plaine de Sétif.

En 1991, la sécheresse sévissait depuis des mois. Les prieurs ont mis les bouchées doubles.

Au crépuscule, une petite brise daigna passer par dessus les Babors et souffler doucement sur la ville. Le saint imam, quelques collègues et moi nous-sommes attablés devant une glace « créponi« . Tous me détestaient cordialement, mais ils restaient toujours polis et politiquement corrects. Après tout, je suis Kabyle et ils ne s’attendaient à aucune bigoterie de ma part.

On parlait de la réussite de la salat el istisqa qui avait rassemblé au moins 500 fidèles.
J’ai alors posé une série de questions au saint homme.

— Dites-moi, si Limam, pourquoi cette prière ?
— Pour qu’il pleuve. Tu ne vois pas l’état des pousses de blé et d’orge ? à peine sorties du sol, elles jaunissent déjà.
— Et ça marche, cette prière ?
— Oui, quand les participants sont nombreux et de bonne foi. Un seul hypocrite (mounafiq) et ça foire.
— Si ça marche pour la pluie, ça doit marcher pour autre chose, non ?
— c’est-à-dire ?
— Ben, au lieu de prier pour que la pluie tombe, attendre la moisson, le battage et tout le reste, vous auriez pu prier pour qu’il tombe directement des averses de grains de blé et d’orge. Y a qu’à mettre des bâches sur le sol un peu partout et attendre…
— Hahahaha !
— Ben c’est vous-même qui me répétez qu’Allah et tout puissant, omniscient, omnipotent et peut tout (aala koulli chey’in qadiroun). Donc il peut faire tomber des grains de blé si on fait correctement la prière et de bonne foi.

D’ailleurs, pendant qu’on y est, on pourrait prier pour qu’il tombe des billets de banque. On achètera ce qu’on veut à manger. Yen a marre du couscous et de la kesra (aγrum). [1]

— Tu es un mécréant, mon ami, et tu finiras dans la djahannama. [2]
— On n’y est pas déjà, avec toute cette sécheresse ?

Finalement il a plu quelques gouttes 23 jours plus tard. Trop tard.
Quelques hypocrites s’étaient peut-être glissés dans les rangs de prieurs honnêtes. Le maire et ses adjoints (FIS) de la ville, peut être ?

Arilès

Notes

[1pain

[2fournaise ou Enfer

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