J’ai lu “La religion de ma mère”

De Karim Akouche

Au réveil, je me suis fait du café et j’ai commencé à lire La religion de ma mère de Karim Akouche. Je n’ai pas pu lâcher le livre avant de l’avoir terminé. Après l’avoir fermé je suis allée me servir un deuxième café avec dans la tête les paysages et le vécu du héros. J’ai été transportée dans la vie de Mirak. J’ai senti, vécu et partagé ses émotions, ses joies, ses peines et ses souffrances. J’ai pleuré sa mère comme si c’était la mienne. J’ai eu mal lorsqu’il avait mal, j’ai eu faim, lorsqu’il avait faim. J’étais Mirak, je suis Mirak. Mirak va m’accompagner toute la journée.

Le livre est bien écrit et facile à lire. Les phrases sont courtes et fusent comme des étincelles ou éclatent tel le bouquet final d’un feu d’artifice. Je vous le recommande vivement.

Geneviève Harland

Extrait de La Religion de ma mère :

« Où est ta langue, ma mère ? Je l’ai cherchée dans les charniers, dans les monuments, sur le fronton des édifices, dans les labyrinthes des administrations, dans les couloirs des hôpitaux, dans les actes de naissance, sur les ordonnances, sur les bancs des écoles, sur les panneaux de signalisation, dans les rivières, dans l’argile, dans le vent, sur les routes, partout, en vain. Je n’y ai trouvé que la langue des autres. Ils disent que tu parles un jargon. Avec ta langue on ne peut pas acheter de pain. Ils m’ont demandé de me taire, j’ai crié. Ils m’ont accusé de diviser la nation, j’ai fait mes valises. J’ai fui. Ah, les bigots ! Ah, les tartuffes ! »

« Je sue. Ma chemise est mouillée. Le sel me brûle la chair. Mon sous-vêtement me gratte. La poussière me colle à la peau. Le soleil cogne. Le goudron fond. C’est le printemps des amourettes cachées et des causes incertaines. Les cœurs bouillonnent. A la fac, on se réunit et on se chamaille. On aiguise les dictons et on célèbre les héros morts. Toujours le souvenir. Toujours les larmes. Toujours la tyrannie. Le Kabyle ne pense pas dans sa langue, il y pleure. Ah, cette course aux larmes! Ah, ce monopole de la douleur ! »

  • Broché: 176 pages
  • Editeur : Ecriture (4 octobre 2017)
  • Collection : Littérature française
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2359052667
  • ISBN-13: 978-2359052664
  • Dimensions du produit: 14 x 1,7 x 22,5 cm
  • Prix : 16 €

Biographie de l’auteur :

Karim Akouche, né en 1978 en Kabylie, est poète, romancier et dramaturge. Etabli au Québec depuis 2008, il est l’auteur, entre autres, de Allah au pays des enfants perdus (Dialogue Nord-Sud et Frantz Fanon) et de J’épouserai le Petit Prince (Dialogue Nord-Sud et Frantz Fanon). Il est également Chroniqueur pour le Huffington Post et collaborateur à plusieurs journaux, dont Marianne, La Croix, Jeune Afrique, Le Devoir, La Presse, Le Journal de Montréal, El Watan, Liberté. Il a subi la censure suite à la parution de ce livre en Algérie : ses conférences ont été interdites par les autorités et, suite à des menaces, a dû quitter l’Algérie. Il a pris part à des rencontres littéraires aux Etats-Unis, au Canada, en Haïti, France, Belgique, Espagne, Allemagne, au Proche-Orient…

Texte de la quatrième de couverture :

« Ma mère priait Dieu avec ses gestes. C’est avec ses mots qu’elle célébrait l’esprit des ancêtres. Sa Mecque, c’était sa terre. Ses prophètes, c’étaient ses enfants. Je me rappelle ce qu’elle a répondu à mon frère lorsqu’il lui a fait remarquer qu’elle priait dans la direction opposée à La Mecque :
― Je prépare le couscous, je surveille la marmite.

En me voyant m’initier à la prière, accroupi, mon front touchant le sol, elle a gloussé de ma naïveté :

― Va jouer avec tes copains ! Dieu n’a inventé la prière que pour les croulants. C’est pour qu’ils obtiennent leur ticket vers le paradis.
J’ai plié le tapis et rangé le Coran.
Si tous les Algériens avaient entendu le conseil de ma mère, ils auraient épargné à leur pays une décennie de sang et de folie.
Je ne suis d’aucune religion. Je suis de la religion de ma mère. »