Jaky, Gourdel, les islamistes et moi

Très souvent à la fin d’une journée de travail je sors prendre l’air. Dix heures devant l’ordi, c’est beaucoup. L’avenue Daumesnil est aussi triste que la A6. On y trouve beaucoup de bistrots tenus par des chinois, vides, et dont les devantures sont couvertes des gains obtenus par les uns et les autres. On se demande qui a joué, puisque les établissements sont vides. Quelque part, avenue Daumesnil, il subsiste un bistrot, tenu par des Auvergnats. Le dernier. Le garçon, Jaky, est très débonnaire, la soixantaine, toujours habillé en blanc immaculé, petit, yeux bleus, il passe sa journée à astiquer le zinc en cuivre du bistrot. Jaky ne tolère pas la moindre empreinte sur son comptoir, ni le moindre éclat de cacahuètes. Il a horreur de ça. Il brique. Il astique. Il est d’une gentillesse extrême, il passe des heures à défendre Bardot car elle lui rappelle qu’il était avec elle jeune et beau. Avant-hier, je suis passé au kiosque, j’ai acheté le Monde (je m’en excuse) et le Canard. Je me suis mis à l’angle comme toujours et je me suis plongé dans la lecture de mon journal. J’ai relu avec plaisir la critique de « Hôtel de l’Europe » par Parquet qui dit ceci « applaudissons Jacques Weber, qui déclame avec fougue ce texte atterrant : seul un grand acteur est capable de pareil exploit« . Je riais. Il était 20 heures. Tout le monde regardait le journal sauf moi. Soudain, j’ai entendu Jaky crier

« Mais c’est pas vrai, c’est des animaux, ils sont en train de nous bouffer, ce soir, si je tombe sur un Algérien, je vous jure que l’écraserai de bon cœur, et s’il y ’en a un qui rentre dans mon bar je lui en mets une entre les deux yeux, ça leur apprendra. Mais c’est pas vrai ».

Un des clients dit à Jaky :
— Mais Jaky tu déconnes, tu dis ça parce que t’as jamais eu d’Algérien dans ton bar.
Jackie astique son bar, dévisage ses clients et dit :
— C’est vrai, y a jamais eu d’Algériens dans mon bar.
Sans quitter mon journal des yeux je lui dis :
— Jaky il y a moi.
Il s’arrête d’astiquer le zinc. Il est troublé. Il se rapproche de moi. Regarde mes journaux et me dit :
— Mais non, vous vous foutez de ma gueule, vous lisez le canard et le Monde, et vous me dites que vous êtes Algérien ? Vous vous foutez de ma gueule. Allez c’est ma tournée, j’aime bien les bonnes blagues…

Mohamed Kacimi

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