Je suis solidaire de Ferhat Mehenni

En démocratie, le politique doit rendre des comptes et ne pas être sacralisé, sinon c’est du totalitarisme. Nous sommes opposés au culte de la personnalité, si chère aux républiques bananières. Cela dit, les opinions divergentes enrichissent le débat et la critique permet de s’améliorer.

Mandat d’amener, menaces ou intimidations, c’est sans réserve que j’exprime ma solidarité à M. Ferhat Mehenni. Cela ne se discute pas dans ces cas précis. A ce propos, je déplore vivement le silence des partis Kabyles algérianistes qui se terrent dans une attitude de passivité condamnable.

Cela étant dit, je ne reproche pas moins ce que Ferhat avait lui-même reproché, des années durant et à juste titre, au jobard du Lac Lemann, Aït-Ahmed en l’occurrence ; à savoir, le fait de refuser de se rendre en Kabylie pour pouvoir voir sa mère, les siens et ce pays Kabyle qu’il porte dans son cœur et, éventuellement, pour affronter la justice aux ordres de cet État néphrotique.

Certains me diront qu’il ne devrait pas se livrer à cette « justice » qui le (re)mettra aussitôt dans ses geôles. Soit. Les partisans de Aït-Ahmed avançaient exactement le même argumentaire : « Il ne doit pas rentrer car s’il le faisait, il risque d’être arrêté ou d’être tué« .

Bien entendu, cet argument désuet ne tient plus la route tant est si bien qu’il a déjà eu son âge d’or et, par conséquent, ça ne convainc plus grand monde. Et pour cause, se protéger est une chose, fuir ses responsabilités en est une autre. Un citoyen lambda poursuivi pour n’importe quoi par la justice algérienne et qui, se trouvant en Europe, refuserait de retourner en Algérie, c’est compréhensible, voire nécessaire puisque dans le cas contraire, cette même justice le récupérera comme un gibier à sa descente d’avion, le jettera en tôle dans l’anonymat le plus absolu. En attendant son sort, le pauvre « soldat inconnu » affrontera ou supportera les affres de l’arbitraire seul dans sa cellule et à l’insu de tous.

En revanche, quand on se donne une destinée et une responsabilité politiques, une telle attitude relève, pour rester dans les limites de la correction, de l’erreur politique dans son expression la plus abaissante pour ne pas dire d’un narcissisme béat. Une telle dimension accompagnée d’une aura artistique et politique, exige de M. Mehenni qu’il soit à la hauteur de son ambition, en se rendant dans son pays le plus naturellement du monde.

Trois scenarii sont prévisibles dans ce cas :

1)- Il descend de l’avion à Alger ou à Bejaia, se rend par route vers Illoula Oumalou où l’attend sa mère et les siens et ce, sans aucun traquenard de la part des islamistes et des autorités algériennes qui pourront, en effet, ne pas réagir par peur de conséquences imprévisibles.

2)- Il tombe dans un guet-apens tendu par les islamistes et/ou les services algériens.

3)- M. Mehenni descend de l’avion et il est immédiatement arrêté et emprisonné.

Dans tous les cas, le risque est quelque chose d’inhérent à la fonction de responsable politique et donc à sa qualité d’homme politique et d’artiste engagé et ce n’est à pas à lui que nous l’apprendrons tant il en sait quelque chose lui qui a connu, mainte fois, ces arrestations qui, plus est, ont eu lieu à des moments encore plus délicats.

Ainsi, si Nelson Mandela avait choisi l’exil, l’apartheid serait probablement encore aux affaires en Afrique du Sud, Mandela n’aurait jamais été Prix Nobel de la Paix ni le symbole universel qu’il est aujourd’hui…

L’éventuelle arrestation de M. Ferhat Mehenni est un moyen de mettre la question de l’autonomie au cœur de l’actualité aussi bien en Kabylie qu’ailleurs. En d’autres termes, les leaders politiques les plus avisés ne tournent pas le dos aux persécutions de leurs tyrans mais, ils vont les narguer et les provoquer non sans subtilité, pour attirer l’attention des médias et de l’opinion, susciter de la compassion, de la sympathie et de l’adhésion.

Aït-Ahmed n’a rien fait en coulant des jours heureux à Lausanne depuis son évasion maquillée de la prison d’El Harrach. M. Mehenni est en phase de reprendre le « flambeau »…

Je l’invite très fraternellement à revoir sa copie et à se décider enfin à assumer pleinement son statut et son ambition.

Allas Di Tlelli

 

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