Journal d’un ramasseur d’olives solitaire

Il est 8h03 et mes paupières s’ouvrent comme un vieux rideau d’un magasin fermé pendant des décennies. Il ne manque plus que le grincement et les excréments de pigeons sur la bordure. Ma main droite dépasse légèrement de la couverture et je sursaute en croyant avoir dormi avec une tribu de Massai. Mes mains écorchées, noircies par les olives, érodées par le manche de la hache ressemblent au premier gâteau d’une adolescente : plus de fissures que de gâteau.

Je me lève avec la peur de me gratter quelque part et même partout car mes mains ne sont plus clémentes, cela serait un bain de sang. Certaines parties de mon corps ont même refusé de se lever avec moi, j’ai dû les supplier de m’accompagner hors du lit pour mes besoins vitaux. En ouvrant la porte de ma cuisine qui donne sur le jardin, j’entends les coqs chanter et les poules râler car ils ont faim. Les coqs me chantent : « inaa dine n’vavak , tejidagh i-char ! » (inaa dine vavak, on a faim ) et les poules plus modérées me montrent la clé de leurs culs en me disant sournoisement : « acced izzan macci timlaline ! » (Tu mangeras de la merde au lieu d’œufs). La facette la plus difficile dans la diplomatie : c’est de la faire à moitié éveillé. Quand on pense qu’il suffit d’une bonne nuit de sommeil pour régler le problème entre les juifs et les Palestiniens. Je leur jette quelques graines d’orge et de maïs et ils semblent me pardonner. J’entendis les serrures tourner pour les poules et les coqs me chantèrent une ballade québécoise : « je ne sais pas où aller et je ne sais pas d’où je viens… » Et vous connaissez le reste de la chanson.

En me regardant dans le miroir, j’avais l’impression d’ouvrir la porte à un ramoneur. Cela m’a pris quelques minutes pour réaliser que je n’avais pas de cheminée. Mon chat Moosh fait 700 grammes de franchise, il m’affiche toujours son mécontentement en léchant ses testicules et me regardant dans les yeux en disant : « regarde ce que je peux faire ! Garde ta bouffe, je garde mes testicules ! ». Après cela, il tourne sa queue comme un lasso et commence à pisser sur le géranium juste pour m’emmerder, car il sait que je n’aime pas l’odeur de la pisse de chat sur le géranium. Mon chat et moi, nous sommes au milieu des procédures d’un divorce. Au premier jugement, le juge lui a accordé la maison et moi, j’ai eu droit à sa soucoupe de lait. J’ai fait appel.

Bon, je vais relâcher Shebba et aller ramasser ces olives…

Hmimi O’Vrahem

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