Juifs et Arabes : les frères ennemis

Le jour et la nuit ?

Le conflit israélo-arabe en est à son premier demi-siècle. Selon toute vraisemblance, le voilà bien parti pour un second, une nouvelle guerre de Cent Ans, en somme, après celle qui a opposé les Français et les Anglais au Moyen Âge.

Pour y mieux voir, présentons d’abord les chiffres actuels de la population concernée :
Israël : 7.026.000 habitants
dont 5.813.000 juifs
et 1.213.000 Arabes et Druzes.

3.700.500 Palestiniens vivent t en Cisjordanie et à Gaza
3.940.000 hors de la Palestine : [1].
Ainsi, on constate que la diaspora est plus nombreuse que la population demeurée en Palestine.
On sera également surpris d’apprendre que les États-Unis, ce pays tellement honni par les Arabes, abritent 200.000 Palestiniens.

Il importe de noter que 1.259.813 réfugiés palestiniens vivent dans des camps en Jordanie, en Syrie, au Liban, en Cisjordanie et à Gaza avec l’assistance des institutions internationales.

L’Égypte [2] et la Jordanie, [3], ont reconnu l’État d’Israël.
La Syrie, le Liban et l’Irak ne le reconnaissent pas. [4].
La différence n’est pas seulement numérique. Elle est surtout politique et psychologique. Quand un juif atteint un haut niveau intellectuel, il émigre volontiers en Israël qui l’accueille les bras ouverts. En revanche, l’Arabe de haut niveau fuit sa patrie pour chercher fortune aux États-Unis ou en Europe, quitte à y subir des humiliations, de toute façon moins graves que celles de son pays d’origine. Tant il est vrai que certains pays arabes sont des repoussoirs d’élites.

Que pouvons-nous en penser nous, Kabyles, qui ne sommes pas impliqués ? A cet effet, un rappel historique s’impose.

Les Arabes, tout comme les Juifs, sont des peuples sémites, des cousins frères de race en quelque sorte. Les uns et les autres, originaires du Proche-Orient, auraient pu cohabiter en paix. Mais voilà, leurs religions diffèrent. Au lieu d’une seule religion, Dieu en aurait révélé deux. Il a d’abord désigné Moïse comme prophète. Quelques siècles plus tard, il s’est ravisé pour des raisons qui nous échappent et a chargé Mahomet de transmettre aux hommes une autre religion quelque peu inspirée de la Bible et censée être la seule vraie. Alors, chacune des communautés concernées devient impie au regard de l’autre.

Des dizaines de siècles durant, les Juifs ont été persécutés un peu partout. Cela a commencé avec les Pharaons d’Égypte (Selon la Bible, Moïse a entraîné son peuple hors d’Égypte) puis s’est poursuivi avec la domination romaine marquée, entre autres, par la condamnation à mort de Jésus par Ponce Pilate à l’instigation de hauts dignitaires religieux juifs.

Les Juifs ont fondé d’éphémères royaumes en Judée et en Samarie mais les vicissitudes des guerres ont poussé la majorité d’entre eux à l’exode vers l’Afrique du Nord, l’Europe et les Amériques. Les Arabes en ont tué beaucoup sous les ordres de Mahomet. Les catholiques en ont grillé un grand nombre en Espagne au temps de l’Inquisition. Aux siècles récents, des pogroms (agressions et assassinats de juifs) se sont produits en Russie tsariste, en Pologne et en Algérie. Au milieu du XXe siècle, cinq millions d’entre eux ont été exterminés par les hitlériens.

Que leur reproche-t-on ? Être restés fidèles à leur religion, inventée par Moïse. Les catholiques les ont longtemps accusés de déicide (comme si Dieu, l’éternel, pouvait être occis) Les musulmans leur en veulent de ne pas s’être soumis au Coran.

Tués ; frappés ; vilipendés, méprisés pendant des siècles ; non seulement ils ont tenu bon, mais ils ont fini par édifier un État puisant dans leur pays d’origine, la Palestine.

Le Moyen Orient a été colonisé par les Turcs pendant des siècles. Les Anglais ont pris le relais au début du XXe siècle, par mandat de la Société des Nations après la défaite de la Turquie en 1919. A cette époque, la Palestine était peuplée de Juifs et d’Arabes qui vivaient en mauvaise intelligence. Les années trente et quarante ont été marquées par des révoltes contre les Anglais. Pragmatiques, d’aucuns diraient intelligents, ces derniers quittèrent un territoire qui ne leur rapportait que des ennuis.

En 1947, une décision de l’Assemblée générale des Nations unies ordonna le partage du territoire palestinien entre deux États, l’un juif (Israël) l’autre arabe. Les Juifs l’acceptèrent avec empressement. Après maintes péripéties, de nombreux juifs venus d’Europe rejoignirent les leurs, déjà présents en Palestine et mirent sur pied l’État d’Israël.

En revanche, les Arabes, opposés à la décision des Nations unies, tentèrent en 1948 d’éliminer le nouvel État par les armes, avec l’aide de la Jordanie. Ils furent vaincus. De nombreux Arabes s’exilèrent, certains de leur propre gré, d’autres sous la contrainte des Israéliens.

En octobre 1956, en réaction à la nationalisation du canal de Suez par le raïs égyptien Nasser, Anglais, Français et Israéliens attaquèrent l’Égypte. Ce pays fut sauvé grâce à une injonction de la Russie.

Par la suite, un bras de fer s’est engagé entre l’État israélien qui voulait survivre et les pays arabes (Égypte, Syrie, Jordanie, Irak, Liban) qui voulaient le détruire. La guerre éclata en juin 1967. Les armées arabes furent vaincues en 6 jours (ce conflit continue à être appelé la guerre des Six Jours). Vainqueur, Israël a agrandi son territoire en occupant le Sinaï, la Cisjordanie ; le Golan syrien et une partie du Sud Liban.

En octobre 1973, une attaque de l’armée égyptienne surprit les troupes israéliennes et les fit reculer mais celles-ci reprirent le dessus et avancèrent vers Le Caire. Les Nations unies imposèrent un cessez-le-feu. Quelques années plus tard l’Égypte conclut la paix avec Israël et récupéra le Sinaï. Le président égyptien Anouar Sadate, artisan de cette paix, sera assassiné par des extrémistes.

Ayant acquis la certitude de l’incapacité des pays arabes à vaincre Israël, les Palestiniens ont opté pour la guérilla en Cisjordanie, sous la conduite de feu Yasser Arafat (OLP) et d’autres chefs. Des milliers de civils s’étaient réfugiés en Jordanie. Craignant pour son trône, le roi de ce petit pays s’est livré à un massacre de Palestiniens (épisode sanglant dit septembre noir.) La direction de l’OLP s’était installée au Liban où des milliers de réfugiés palestiniens se terraient dans des camps, vivant de l’assistance internationale.

Les Libanais sont eux-mêmes divisés. Une fraction installée dans le Sud Liban se mit à collaborer avec Israël et se livra à des massacres de réfugiés palestiniens dans les camps de Sabra et de Chatila. À cette époque, les télévisions faisaient entendre les vains appels au secours adressés aux pays arabes par des femmes palestiniennes qui vivaient dans ces camps.

A ce propos, il faut souligner le fait que la solidarité arabe s’est surtout exprimée en paroles. A longueur de journée, les radios arabes déversaient des flots d’imprécations contre ce qu’ils appelaient non pas Israël mais l’entité sioniste. En maintes villes d’Europe, des pro-palestiniens tenaient des discours violents contre les Israéliens et accordaient un soutien verbal sans faille à leurs frères palestiniens. (Notons que leur indignation était sélective en ce sens qu’ils n’ont jamais dénoncé les assassinats ordonnés par des gouvernements arabes contre leurs propres citoyens, en Algérie par exemple en octobre 1988 et avril 2001).

En 1982 Israël porta la guerre au Liban pour y détruire l’OLP. Echec. La direction de l’OLP se réfugia à Tunis.

A la longue et sous la pression de l’occident, l’OLP finit par comprendre qu’elle ne pourrait jamais détruire l’État d’Israël. De leur côté les Israéliens se rendirent compte qu’il fallait accepter la création d’un État palestinien. Ce furent les accords de Camp David.

Une autorité palestinienne présidée par Arafat s’installa en Cisjordanie. Itshak Rabbin fut assassiné par un extrémiste israélien. Le gouvernement d’Ariel Sharon continua à autoriser la création de colonies israéliennes en Cisjordanie. Des Palestiniens poursuivirent leurs attentats suicides contre les Israéliens, le plus souvent civils. Les forces d’Israël accentuaient la répression qui tuait aussi des civils. Ce cycle infernal semblait impossible à interrompre.

En juillet 2006 deux soldats israéliens furent enlevés par le Hezbollah (le parti d’Allah) maître du Sud Liban. Israël riposta en attaquant le Liban, surtout par des bombardements aériens.Retour ligne automatique
L’intervention des Nations unies imposa un cessez-le-feu.

A ce stade, le problème se complique davantage. Une dimension religieuse s’est surajoutée à l’aspect nationaliste du conflit. Le parti Hamas arrive à convaincre les Palestiniens que la solution islamique mettra fin à leur misère. En même temps ; il dénonce la corruption des dirigeants du Fatah.et l’emporte aux dernières élections législatives. Dans son programme, la destruction de l’État d’Israël. De son côté, le président iranien se propose de détruire cet État.

A présent les Palestiniens sont divisés. D’un côté, Mahmoud Abbas, soutenu par le Fatah, voudrait bien conclure la paix avec Israël. Le Hamas, maître de Gaza, ne reconnaît pas l’autorité de Mahmoud Abbas et continue à lancer des roquettes sur les Israéliens. Ces derniers réagissent fermant la frontière entre la Cisjordanie et Gaza. Privés de carburant et d’électricité, les habitants de Gaza ont démoli les obstacles élevés par les Égyptiens entre cette région et l’Égypte et se sont introduits de force dans ce pays pour se ravitailler en produits de première nécessité.

La solution est d’abord entre les mains du Hamas. Que ce parti renonce à détruire Israël, cesse ses tirs de roquettes, reconnaisse l’autorité de Mahmoud Abbas et aille se joindre aux négociateurs. De son côté, qu’Israël cesse de créer des implantations en Cisjordanie et de fermer les points d’accès à Gaza. Hélas, nous sommes dans un domaine où la passion religieuse fausse la capacité de raisonner. La solution ne pourra venir que de la victoire ou de l’un des protagonistes.

Reste l’utilisation de l’arme atomique par l’Iran le jour où il viendrait à en disposer. Israël possède cette arme et n’hésiterait pas à s’en servir. Le problème serait résolu par l’anéantissement des parties en conflit et des dégâts collatéraux car les nuages radio actifs se passent de passeport. En définitive les deux États, le palestinien et l’israélien doivent coexister pacifiquement, n’en déplaise aux irresponsables arabes et parfois kabyles qui se sentent plus nationalistes que les Palestiniens et plus musulmans que l’islam.

Laissons-les s’étouffer de leur rage impuissante. Quant à nous, Kabyles, les souffrances, les problèmes de notre patrie nous interpellent, nous suffisent amplement.

Hocine Benhamza

Notes

[1(Jordanie : 2.300.000 Syrie : 465.000 Liban : 430.000 Irak : 50.000 Chili : 320.000 Égypte ; 65.000 États-Unis : 200.000 Europe : 70.000 Brésil ; 40.000 à 60.000

[2peuplée de 78.887.007 habitants

[3peuplée de 5.153.378 habitants

[4] La Syrie peuplée de 19.043.000 habitants
le Liban peuplé de 3.826.018 habitants
et l’Irak avec une population de 26.783.383 habitants
(soit un total de 49.652.401)

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