Kabyles ou Kabylâches ?

Kabylie ou Kaboulie

Il est en effet, comme le disent beaucoup d’intervenants, plus aisé d’être derrière son clavier que de vivre la réalité du terrain. Je leur concède cette appréciation et je la partage sans sourciller. Beaucoup d’entre nous savent que le malheur de la Kabylie, vient avant tout, de ses propres « héros », lesquels en vérité ne sont que de fausses révérences. Nous avons cette triste, malheureuse et fâcheuse coutume de citer les noms de ces « héros », comme si l’un de ces personnages connus nous auraient sortis de la situation inextricable de dominés, colonisés et occupés depuis 3000 ans. Arrêtons de nous congratuler et de nous masturber l’esprit.

Permettez-moi de vous dire que j’ai approché de très près et que j’ai connu un bon nombre de ces adulés, morts ou vivants. Il s’agit là des contemporains et de quelques anciens. Je puis vous affirmer que hormis leur petite gloire, tout le reste est secondaire pour eux. C’est à qui mieux-mieux de rester dans les pages de l’histoire. J’ai même fait remarquer à certains qu’ils oublient, trop facilement, qu’il existe un tribunal INCORRUPTIBLE de l’histoire. Peu leur importe ; ils sont convaincus que les Kabyles resteront, éternellement, si leur disparition n’est pas aboutie, indulgents et complaisants avec eux. Beaucoup d’entre nous connaissent la triste réalité de la Kabylie, même ceux qui vivent à l’étranger.

Alors vous allez me dire : — Qu’est-ce que tu proposes pour nous sortir de l’abîme ? Naturellement, s’il y avait une solution miracle beaucoup d’entre vous l’auraient trouvée bien avant moi.

Récemment un ticket, sur k.net, posait la question : — Où va la Kabylie ? A question simple, réponse simple. Elle va a sa libération ou a son extinction. Que doit-on faire me diriez-vous ? Je vais tenter l’ébauche d’une réponse qui vaudra ce qu’elle vaudra sans prétention aucune, d’éclairer notre lanterne. Lorsqu’un âne tombe dans un ravin avec son chargement nous nous posons la question : comment est-il tombe là-dedans ? Alors que la question pertinente est : comment allons-nous le sortir de là-dedans ?

Les nouvelles générations, dans un premier temps, doivent avant tout ne compter que sur elles-mêmes, comme ce fût le cas en 48-49 avec la crise anti-berbériste orchestrée et dirigée par ces « fameux héros » kabyles ou kabylâches, comme vous voulez, aidés de nos ennemis jurés, qui ont été les précurseurs et les meneurs de la guerre de « Libération » 54-62.

Il y eût, également, les berbéristes des années 70-80. Les vrais de vrais se sont évanouis dans la nature, non par lâcheté, mais, plus, par le refus d’abdiquer devant un nouvel occupant, encore plus coriace et plus dangereux que le précèdent, dont ils ont refusé toutes les propositions alléchantes.

Il ne m’appartient pas de citer leur nom sans leur autorisation, mais je suis convaincu que l’histoire leur rendra justice.

Quelqu’un a dit en kabyle : « Si cwit id yettek w-atas », avec un t pointé pour cwit et atas, en d’autre terme : « c’est par petites poignées qu’on peut faire un tas ». Pensons d’abord à libérer la Kabylie avant qu’elle ne devienne, définitivement, la Kaboulie, et les générations suivantes auront à suivre l’itinéraire que nos empreintes auront laissé pour songer à recouvrer l’ensemble de nos territoires, quel que soit le temps à prendre.

Insufflons aux Kabyles, dignes de ce nom, l’idée que nous sommes, viscéralement, attachés à notre liberté, et que ce qui nous est imposé, aujourd’hui, disparaitra tôt ou tard. Mieux vaut tôt que tard. Quant aux kabylâches qui s’inclinent devant leurs bourreaux, ne les incriminons pas, ne les condamnons pas ; ils sont plus à plaindre qu’à blâmer. Tentons, plutôt, de les convaincre que la seule ou les seules religions qui vaillent c’est la raison et l’humanisme. Que seules les valeurs universelles donneront un sens à notre vie.

J’essaierais, une autre fois, de revenir, plus longuement, sur cet aspect religieux hypnotisant qui fait miroiter aux faibles d’esprit une vie de rêves et d’idylles dans l’au-dessous. Le devoir du Kabyle, vrai, est de nos jours, de ne plus croire à tous ces héros négatifs qui l’ont trainé de désillusion en désillusion ; et qui l’ont mené en bateau dans un immense océan où le naufrage le guette d’un instant à l’autre.

J’insiste sur le fait que chaque génération doit se doter de ses propres et dignes meneurs, convaincue que l’on ne trouve pas du neuf chez un antiquaire !…

A un Français qui, un jour, me posait la question récurrente : — D’où venez-vous ? J’ai répondu que mon seul et unique espoir est de voir la Kabyle libre, débarrassée de ses démons, où j’irais vivre en mangeant des feuilles d’oliviers que de rester à me goinfrer avec du caviar à Paris.

Je vous rassure que le caviar ne me dit rien, et qu’il ne s’agit là que d’une image.

Un Kabyle qui est né dans la misère et qui finit, en « cravachant » dur, dans une petite aisance ne pense qu’à une chose ; c’est comment aider les siens à s’en sortir pour leur rendre leur dignité.

C’est dans la franche kabylité que j’ai élevé mes enfants, en France, auxquels j’ai toujours appris à penser par eux-mêmes et que nul Dieu ou « PROPHITE », qui n’existent que dans la tête de celui qui y croit, ne leurs imposerons leur dogme.

Si nous étions une majorité, des -IMEGRAN- immigrés à agir de la sorte nous pourrions, dès lors, entrevoir une sortie de l’abime dont j’ai parlé plus haut ; naturellement, avec la volonté des nôtres, sur place, de briser les chaines qui attachent les cerveaux. Je vous rassure, les enfants des IMEGRAN kabyles ne sont pas, dans leur majorité, emportés par la vague obscurantiste soutenue, alimentée et encouragée par les pouvoirs publics français. Même ici en France, nous sommes condamnés à faire de la résistance au quotidien.

Quoi qu’il en soit, il appartient aux Kabyles, où qu’ils vivent, de relever le défi et de contrecarrer cette épidémie mortelle qui nous menace.

Quelques jours avant le mois de la faim de l’année 2010, une campagne de publicité, à grands frais, affichait, partout, « fièrement hallal ». En passant devant l’un de ces panneaux d’une agressivité affligeante, mon dernier fils de 11ans me regarde et me dit : « fièrement cochon ».

La sonnette d’alarme est tirée.

ARUY

Article déjà publié le 08/09/2011

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