Kabylie : Quelle alternative pour sortir du statu quo ?

Quelle voie pour une Kabylie autonome ? (IV et fin)

Et l’autonomie de la Kabylie dans tout cela ?

Serait-ce à l’interstice entre ces deux notions ou concepts de type d’État que se trouverait la voie toute tracée qui mènera vers un statut de large autonomie de la Kabylie, ou existe-t-il d’autres chemins afin d’y parvenir ?

Dans le contexte de la réalité du système algérien, à la fois, institutionnel et politique, il devient difficile de répondre à cette interrogation. Toute la matrice qui le fonde se trouve aux antipodes d’une pensée politique libératrice des entités minoritaires qui s’y trouvent. Il convient de rappeler, à cet égard, qu’au-delà des spéculations politiques tous azimuts dont use le régime algérien pour offrir à l’opinion publique mondiale un autre visage que le sien, sa réalité est connue de tous ceux et celles qui ne veulent pas faire preuve de cécité. Celle-ci (réalité), est négatrice de tout ce qui s’inscrit en dehors de cette matrice à laquelle il est fait allusion, c’est-à-dire l’arabité et l’islamité qui repose sur trois pieds qui n’en font qu’un : l’islam, la langue arabe et la « oumma ».

C’est poursuivre une chimère que d’imaginer que la solution viendrait du problème. Autrement dit croire en une offre du régime algérien pour consacrer un avenir serein et pérenne pour le destin du peuple kabyle est synonyme d’un suicide pour ce même régime, tant cette idée novatrice de l’autonomie de la Kabylie et, peut-être, d’autres régions qui lui emboîteront le pas, le mine et le menace au plus profond de ses fondement. Ainsi, toute nouveauté politique relève pour lui du domaine de la menace de son essence-même.

Quelle alternative pour sortir du statu quo ?

Pour apporter une réponse à cette question il convient d’abord d’établir un état des lieux de la situation que vit la Kabylie dans sa marche vers l’autonomie. Le constat doit résulter d’un travail collectif que devront entreprendre tous ceux qui partagent cet objectif pour mieux appréhender la suite. Certes des acteurs sur le terrain travaillent ou essaient de faire pour l’atteindre. Il reste que les résultats sont, à ce jour, en deçà de l’énergie et des sacrifices consentis.

Aujourd’hui nous sommes face à deux facteurs bloquants, même s’ils ne sont pas de la même nature. L’un est exogène l’autre endogène.

Le régime algérien et la nature qui le caractérise empêche toute émergence d’une logique politique que la sienne. Comme disait feu Tahar DJAOUT dans son roman « L’invention du désert », le texte – allusion au texte coranique – ne tolère que lui-même. De la même manière le système algérien n’admet que sa seule réalité. En se prévalant d’une double légitimité, l’une céleste (l’islam) et l’autre terrestre (la révolution du 1er novembre 1954) son seul lien avec les autres est un rapport de soumission à sa doctrine dogmatique. Il devient, ainsi, difficile de concevoir une approche pacifique pour la résolution des conflits, notamment, quand le rapport de force est en sa faveur.

Même s’il est exclu de les mettre sur le pied d’égalité, tant leur nature et leurs objectifs les opposent l’un à l’autre, force est d’admettre que la proclamation du GPK […] dans les conditions que tout le monde connait en a surpris et continue de surprendre plus d’un et qu’il complique, momentanément, la situation plus qu’il ne l’arrange.

Il est, malgré tout, permis d’espérer que ce dernier (le GPK) – pour peu que le climat de confiance revienne et s’installe de nouveau entre les acteurs politiques kabyles – pourra être dépassé en donnant naissance à un instrument consensuel pour la promotion de ce statut de large autonomie pour notre région.

Vouloir construire un avenir pour le peuple kabyle implique de se soumettre à un examen de conscience qui permettra à tout un chacun de nous de prendre conscience des erreurs commises pour s’interroger sur le rôle qui devrait être le sien dans la nouvelle entreprise d’édification de cette entité kabyle que chaque citoyen et citoyenne kabyles rêvent de voir de leur vivant.

Le MAK, avec d’autres militants autonomistes, à l’instar de Salem CHAKER et de toutes celles et tous ceux qui ont contribué par leurs idées et actions à la promotion et à la défense de l’autonomie de notre région, a brisé le tabou en portant, malgré les difficultés et les risques prévisibles, cette revendication juste mais périlleuse.

Il n’a pas pu, ou su éviter les erreurs qui le placent aujourd’hui dans une zone de turbulence qu’il mettra du temps à traverser s’il ne change pas sa vision. Sur lui et tout ce qui le sous-tend pèse une double responsabilité, celle de faire, au mieux, un saut qualitatif pour cette cause et, au pire, la retarder pour ne pas dire la compromettre. Pour cela le prix à « payer » n’est pas difficile à évaluer. Il s’agit tout simplement d’admettre, au-delà des mérites qui lui reviennent, qu’il n’est pas le dépositaire du destin des Kabyles même s’il a contribué à en faire une réalité tangible. Il est venu le temps, pour tous, de transcender nos divergences et de se mettre en mouvement afin de tracer une voie irréversible pour la Kabylie et son peuple.

Dans cette mise en perspective avenir qui nous est commun, les prochaines étapes à franchir sur cette voie autonomiste doivent résulter d’un travail en commun et toute décision qui engage ce même avenir commun doit être estampillée du sceau d’un consensus le plus large possible. Comme ses créatures de la savane, nous devrions intégrer dans notre patrimoine génétique l’instinct grégaire qui nous fait tant défaut et qui synonyme de notre survie.

C’est à un vaste chantier que nous sommes appelés. Retroussons nos manches et mettons-nous au travail.

Par Ahcène Belkacemi

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