Kafka tefka 25

« Je préfère faire le rien seul, faire rien ensemble c’est trop ennuyeux. C’est même criminel ». Il doit avoir un adage comme ça, il faut le chercher ou se contenter de celui-ci.

Je trempe ma mélancolie dans du vin comme un biscuit dans du café au lait, même si cela ne rassasie de rien, même si cela donne sur un abime qui invite mon âme infirme à un désastre, pour valser et fredonner toute une éternité, et n’avoir autre à faire que témoigner de ce quotidien sans horaires.

Je me réveille souvent dans le flou du soir quand les flocons de nuit commencent à tacher les surfaces, avec un cerveau farci de lames froides, et des yeux abimés s’ouvrant sur une murette corrompue par la fumée. Chaque jour que Dieu fait je m’essaye à la mort, mais je finis toujours par me déballer de sous des cadavres de bières pour ensuite commencer à m’entraîner à déboutonner ma peau qui pue le moisi… Sous mes poils, des bestioles légifèrent, et fondent une nation avec toutes les institutions nécessaires, et moi je sens le besoin de continuellement crier, pourtant je ne crie jamais ! Je n’ai jamais appris à avoir pitié de moi-même. Cela devait s’apprendre, j’en suis certain.

Les fenêtres s’allument une après l’autre d’une manière chaotique, mais j’ai fini par trouver la fonction qui définit ce jeu de lumière, il fallait m’occuper un peu et comprendre que ce pays est un crime commis par un amateur. On peut aller renifler et sentir le meurtre dans des maternités, on peut aussi aller apprendre à vivre dans des cimetières, aller s’instruire chez le barbier du coin, aller dans un café observer le bonheur sur les visages de ceux qui regardent un match de football à la télé, mais surtout aller réfléchir ailleurs, n’importe où loin d’ici.

Parfois une fille s’affiche à une fenêtre, elle se déshabille, se caresse, se fait belle avant d’aller dormir. Je me demande toujours à quoi une fille comme ça peut rêver ! Je me demande aussi souvent, si elle a du flair pour les abimés, pour ceux qui même lorsqu’ils meurent personne n’en profite. C’est une fille jolie, je l’avais vue une fois devant moi en me réveillant :

— Prends une douche, tu auras le sentiment de renaître, me dit-elle. Et je me suis demandé si j’avais l’air de quelqu’un qui voulait renaître ! une naissance c’était déjà un peu trop pour moi.

Beaucoup de choses à aimer dans une jolie fille, cependant comme si la médiocrité était dans le ciment, deux personnes de sexe masculin s’ajoutent à la scène, la fille s’éclipse, et les deux se prennent pour Spinoza sur le mauvais trottoir, sous le mauvais éclairage, et avec le mauvais vocabulaire.

L’un est un grand consommateur de chrétienté. Puisse le seigneur Jésus demeurer pain et vin. L’autre un dégueuleur de coran. L’un dans l’autre ce serait parfait ou du moins calme. Avoir l’âme de Jésus et une libido de Mahomet, et une bite de Rocco Siffredi si ce n’est pas trop demander au régisseur de ce bordel. Voilà donc comment en faire un homme accompli. Et qu’on en parle plus. Dieu merci, dans ce pays on n’a pas à associer Moïse à l’équation.

Une petite philosophie vient de germer sur ce trottoir : Le ressentiment de gagner dans le tragique, ou perdre dans le tragique, au moins vivre dans le tragique. C’est toujours vouloir vivre mieux. Dieu dit : « Sois » et « c’est »… c’est l’ennui.

Pour ma part, je ne prends jamais la vie au sérieux, sinon elle finirait par me prendre au sérieux, et là, je serais baisé, jamais je ne serais de taille avec le raisonnable de l’existence. Un timide Jazz s’échappe de l’un des appartements, une grasse mélodie, « Le Jazz ne réchauffe pas » me dis-je sans m’entendre. J’ai faim, et je ne sais m’aimer que comme j’aime ces gens à qui il ne reste plus rien à aimer.

Ahmed Yahia Messaoud

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