Au Kenya la perruque fait polémique

Au Kenya, est née une intrigante polémique autour d’un objet que l’on pourrait penser anodin : la perruque.

Celle-ci, blanche ou blonde mais toujours poudrée, héritage de la colonisation britannique, est toujours portée par les juges et les avocats kényans, plus d’un quart de siècle après l’indépendance.

Et c’est ce petit milieu judiciaire de Nairobi qui se déchire depuis le 19 octobre, date à laquelle le nouveau « Chief justice », président de la cour suprême, plus haute autorité du système judiciaire du pays, a décidé de prêter serment coiffé d’une perruque poudrée. Son prédécesseur refusait lui de la porter.

Les avocats la portent courte, sur le haut de la tête, et les juges « full bottomed », c’est-à-dire tombante jusqu’aux épaules.

Pour les uns, c’est un insupportable héritage colonial anachronique et ridicule, pour les autres c’est un symbole d’autorité et de justice.

Héritage de la colonisation voire objet raciste

La perruque poudrée, la « wig », est un héritage de la colonisation britannique. La tradition date du XVIIe siècle

Ses opposants trouvent donc la perruque totalement anachronique et même ridicule. Au Kenya, où il fait tout de même moins froid qu’à Londres ou Liverpool, la perruque donne chaud, notamment, dans les déserts ou dans les régions tropicales du pays.
Ici, les perruques sont souvent mal ajustées. Elles ne sont pas faites sur mesure, elles glissent sur le côté de la tête. On ne peut pas dire que ce soit très élégant.

D’autres y voient un objet raciste. La perruque est fabriquée en crin de cheval, blanc ou blond, ondulé, donnant une apparence très éloignée des cheveux kényans, afro ou bouclés. « C’est comme si on portait un masque de blanc« , confie un opposant à la perruque.

Enfin, il y a aussi le coût d’une perruque. Au Kenya, il faut compter environ  400 euros, mais jusqu’à plusieurs milliers d’euros pour en acheter une de premier cri faite sur mesure. Un peu cher pour un anachronisme.

Le retour de la perruque

Pourtant, depuis plusieurs années, la perruque avait perdu des plumes – ou plutôt des poils.

En 2011, l’ancien « Chief justice « , Willy Mutunga, avait refusé de la porter. Il avait publié une circulaire la rendant optionnelle pour les avocats et les magistrats. Il avait également rendu optionnels les grosses robes rouges, les rubans et les cols blancs, tout aussi pompeux et coloniaux. Le but était de moderniser la justice.

Mais, malgré tout cela, la perruque n’a pas disparue. Et elle est même revenue en force

Un symbole d’autorité et de justice

Pour beaucoup de Kényans, la perruque poudrée est restée un symbole d’autorité et de justice. Un symbole porté dans plusieurs autres pays du Commonwealth en Afrique, comme le Zimbabwe, le Nigéria ou la Sierra Leone.

Si vous allez à la prestation de serment des avocats du barreau de Nairobi, vous verrez que pas un n’aura oublié sa perruque.

Il existe pourtant une réflexion au Kenya pour tenter de trouver d’autres symboles d’autorités. Mais la diversité culturelle du pays rend les choses difficiles. Le Kenya compte 42 tribus, et chacune a ses propres symboles :  le bâton du chef, les peaux d’animaux, les poils de singe, ou le chasse mouche, qui était utilisé par le premier président, Jomo Kenyatta.

Or le pays est marqué par des tensions ethniques fortes. En 2007, les violences après les élections avaient causé la mort de 1 200 personnes. Alors personne, n’a vraiment  envie d’ouvrir la boîte de pandore.

Garder la perruque, si on peut dire, cela vaut toujours mieux que se crêper le chignon.

Bruno Meyerfeld franceinfo

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